‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 73 sur 85 · FORMATION D'UN CORPS FRANC · texte numérisé non relu

FORMATION D'UN CORPS FRANC

» officier en retraite pour choisir les jeunes gens qui » désireront servir dans ce corps.

» Il serait à désirer que votre choix tombât sur une » personne qui voulût elle-même en faire partie en » qualité d'officier.

» Dans tous les cas, vous verrez, par la circulaire » qui précède mon arrêté, que c'est à la sous-préfecture » que s'adresseront d'abord les individus qui désirent » servir dans le corps franc. Après qu'ils vous auront » justifié de leur moralité, vous ferez prendre leurs » nom, prénom, âge, taille, profession et domicile, » et vous en dresserez un état qui sera mentionné » par l'officier que vous aurez désigné, ou celui que » M. Delongval pourra envoyer au chef-lieu de votre » arrondissement.

» Vous voudrez bien me rendre compte des pro- » grès de cette opération d'ici au 12 juin courant. »

Alors que tout mon temps était employé à faire surgir encore du sol de mon département, et comme par miracle, des hommes, des chevaux et de l'argent, le moindre de mes soucis n'était pas d'étoufi'er dans leur germe, ou de contenir les ferments de rébellion qui commençaient à se manifester en présence de mesures qui, si elles intéressaient un grand nombre de citoyens, montraient aux autres l'inquiétude et les dangers avec lesquels le gouvernement était aux prises.

Une sourde agitation était entretenue et propagée par des personnes dévouées au parti royaliste, au moyen de proclamations et d'écrits que l'on ne craignait pas d'adresser même aux fonctionnaires, et aux administrateurs.

Plusieurs de ces agents se montraient même déjà manifestemment hostiles, et il devint indispensable de pourvoir au remplacement de certains d'entre eux.

Au ministre de la Police.

Melun, le 7 mai 1815.

« J'ai l'honneur de prévenir Votre Excellence que » le S'' Mon in, garde du corps, a écrit de Gand à une » personne de Melun que 900,000 hommes devaient » entrer en France et que tous les partisans de Bona- » parte seraient assassinés, qu'il priait cette per- » sonne de répandre cette nouvelle et qu'il fallait » qu'on engageât le peuple à se tenir tranquille et à » ne pas se mêler des événements.

» Il m'est aussi revenu que le S'" Monin se dégui- » sait souvent en porte-balles pour semer de pareilles » nouvelles sur la frontière.

» Je fais surveiller ici la personne qui a reçu cette » lettre. Votre Excellence prendra sans doute des » mesures pour faire soigneusement visiter tous les » paquets qui passeront en France. »

Au même.

Melun, le 18 mai 1815.

« Par sa lettre du 12 courant, Votre Excellence me » demande le nom de la personne à qui le nommé » Monin, garde du corps, a écrit de Gand pour lui » donner des nouvelles alarmantes et l'engager à les » répandre.

» Elle désire aussi savoir par quel bureau de poste » la lettre a été expédiée.

» Les renseignements que j'ai transmis à Votre » Excellence me furent donnés par un garde natio- » nal, qui ne voulut point me désigner la personne à » qui la lettre était parvenue, quoique je l'eusse plu- » sieurs fois engagé à me la nommer confidentielle- » ment.

» Ce garde national étant parti avec son bataillon, » je regrette qu'il ne soit plus possible de faire une » tentative pour obtenir les indications que désire » Votre Excellence. »

Au même.

« Par une lettre du 15 courant, Votre Excellence » m'annonce qu'elle est informée que des hommes, li- » cenciés de la maison militaire du roi, sont cachés en » assez grand nombre dans divers châteaux de mon » département, et surtout dans les environs de Mëaux. » Elle ajoute que ces militaires paraissent avoir con- » serve leurs chevaux et leurs armes.

» M. le capitaine de la gendarmerie de mon dépar- » ment a été chargé par M. le duc de Rovigo de faire » effectuer la remise des armes et des chevaux que » posséderaient ces militaires.

» Je lui ai moi-même donné des instructions par- » ticulières pour la complète exécution de cette opé- » ration.

» Je serais donc étonné qtie les individus qui font » l'objet de la lettre de Votre Excellence eussent » échappé aux recherches et à la vigilance de la gen- » darmerie.

» Mais, pour m'en assurer, je vais renouveler » mes instructions au capitaine, en le chargeant de » vérifier l'exactitude des renseignements parvenus à » Votre Excellence.

» Je m'empresserai d'avoir l'honneur de lui en » faire connaître le résultat. »

Au souH' préfet de Melun.

Le 19 mai 1815.

« Monsieur, je vous prie de vérifier avec beaucoup » de soin l'exactitude des faits contenus dans la note » ci -jointe concernant les S'^ Caron, de Belder et Me- » 1er de la commune d'Ozouer-la-Ferrière.

» Si les renseignements que vous aurez obtenus ne » leur sont pas favorables, vous les ferez soigneuse- » ment surveiller. Vous vous attacherez surtout à » découvrir si le S"" Caron colporte des libelles.

» Je vous serai obligé de me rendre compte du ré- » sultat lepluspromptement possible. »

Au ministre de la Police.

Melun, le 23 mai 1815.

« L 'ex-lieutenant général Briche, au sujet duquel » Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le » 24 mai, vient de se présenter devant moi.

» Il m'a fait connaître qu'il y a environ quinze » jours, il s'était rendu chez moi et chez le géné- » rai Lecasseur, commandant le département, mais » qu'au moment où il s'y est présenté nous étions ab- » sentsl'un et l'autre. Il a ajouté que, n'ayant pas pu » trouver un local pour lui et sa famille, il a loué une » maison à Dammarie, commune que l'on pourrait

» considérer comme un des .faubourgs de Melun puis- » ({u'elle n'en est éloignée que d'un quart de lieue.

» Ce général parait s'être fixé dans cette commune » avec son épouse et ses enfants.

» Je ne vois pas d'inconvénient, Monseigneur, à ce » qu'il continue d'y liabiter. Je le place en consé- » quence sous la surveillance de l'autorité locale, » conformément aux ordres de l'Empereur.

» Je me ferai rendre compte de la conduite de M. » liriche et si elle méritait de fixer votre attention » j'en ferais sur-le-champ un rapport à Votre Excel- » lence. »

Au même.

(( Votre Excellence est sans doute instruite que l'on » met à la poste de Paris, à l'adresse des fonction- » naires du département de toutes les classes , des » proclamations semblables à celles ci -jointes.

» Je n'ai pas besoin de dire à Votre Excellence que » la plupart des fonctionnaires me les adressent et les » couvrent du plus profond de leur mépris. »

Au sous-préfet de Provins.

Le 28 mai 1815.

« J'ai reçu, monsieur, tous les pamphlets et toutes » les proclamations jointes à votre lettre du 25. Je » les connaissais déjà tous, parce que de pareils en- » vois se font dans tous nos chefs-lieux.

» J'espère que ces misérables écrits auront produit » le même effet que dans les autres arrondissements, » c'est-à-dire le plus profond mépris.

» J'en ai rendu compte au ministre de la Police. » Continuez à surveiller et à m'instruire de tout ce » que vous apprendrez. »

A M. Thierry, maire de M élan.

Le 11 mai 1815.

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur » de m'écrire le l'^'" Mai, et par laquelle vous m'exposez » que vous exerciez depuis quinze ans les fonctions » de maire de Melun, que vous aviez toujours cherché » à mériter l'estime et la confiance de vos concitoyens, » que les circonstances difficiles qui se sont multi- » pliées depuis quatre années ont tellement absorbé » votre temps pour les affaires publiques que vous » vous êtes aperçu que vos affaires privées en souf- » fraient notablement.

» Enfin, vous me consultez pour savoir si vous ne » pourriez pas réclamer auprès de M. le commissaire » votre retraite que vous croyez avoir bien méritée.

» Je n'ai pas répondu plus tôt à votre lettre, Mon- » sieur, parce que j'attendais de jour en jour M. le » commissaire et que je désirais conférer avec lui au » sujet de votre demande.

» M. le comte de Sussy, sous les yeux de qui je l'ai » mise hier, a jugé, d'après vos longs services, qu'il » était bien naturel que vous vous reposiez et sur- » tout que vous vous occupiez de vos affaires person- » nelles dont les affaires publiques ont dû vous dis- » traire. Cédant aussi à vos observations, je lui ai pro- » posé d'accéder à vos désirs et de vous faire remplacer » dans les fonctions de maire de la ville de Melun.

» Des circonstances difliciles se sont présentées dans » les dernières années de votre administration.

» Si quelques allaires il'ont pas eu le succès que » nous en attendions, je n'en dois pas moins rendre » justice aux sentiments et aux principes qui vous ani- » ment. Je connais votre attachement au gouverne - » ment, le désir que vous avez toujours eu de faire le » bien, le désintéressement avec lequel vous l'ave/ » fait, et, sous tous ces rapports, vos administrés et » vos collaborateurs vous rendent la plus grande jus- » tice. En cessant d'avoir des relations administrati- » ves avec vous, je viens manifester le désir de conser - » ver celles de société qui sont établies entre nous. »

Au sous-préfet de Coulommiers .

Le 11 mai 1815.

« Monsieur, vous devez penser combien il m'en » coûte de vous écrire la lettre ci-jointe, mais je vous » y ai dit toute ma pensée et celle de M. le comte de » Sussy.

» Mon estime et mon amitié pour vous m'ont fait » longtemps combattre le parti que nous avons cru » devoir prendre, mais enfin, placé à la tête d'un dé- » partement dans des circonstances extrêmement dif- » ficiles et qui peuvent le devenir encore, je ne puis » sacrifier des intérêts que le gouvernement m'a con- » fiés. Dans une circonstance comme celle-ci, nous » avons besoin d'hommes qui veuillent être plus rétifs » et dont les opinions soient plus prononcées. Je sais » que, quand les moments calmes seront revenus, » nous regretterons riiommesage, l'homme vertueux, » l'homme instruit, mais j'espère que l'on trouvera

» quelque occasion de l'employer dans ses goûts et se- » Ion son caractère et ses talents, et je vous en offre » même tout de suite une..

» J'apprends que le Prince architrésorier mon beau- » père est nommé grand -maître de l'Université : je » vous offre mes services auprès de lui.

» Cette partie convient entièrement à votre carac- » tère et à vos vues, et je suis persuadé que dans cette » carrière vous pourrez encore être utile à l'Etat. »

A Monsieur le sous-préfet de Coulommiers.

Melun, le 11 mai 1815.

« Monsieur, M. le commissaire extraordinaire, comte » de Sussy, s'est rendu hier dans mon département. » Son Excellence m'a parlé de plusieurs plaintes qui » lui avaient été portées contre vous; moi-même je » n'ai pas pu me dispenser de mettre sous ses yeux » celles qui m'avaient été adressées et dont copies » avaient été envoyées aux ministres.

» Ces plaintes portaient principalement sur votre )) éloignement de l'ordre de choses actuel, sur vos re- » lations avec des personnes dont l'opinion contraire » au gouvernement était bien connue, sur le défaut » d'une prompte exécution des mesures qui intéressent » le gouvernement.

» Toutes ces plaintes ont fait penser à M. le comte » de Sussy et à moi que, si, dans les circonstances » actuelles, vos sentiments et vos opinions ne vous » portaient pas vers l'ordre de choses qui existe, les » oppositions que vous apporteriez, jointes à votre » caractère, devaient nécessairement, non seulement

» entraver les all'ain's, mais désorganiser le bon esprit » qui existe dans votre arrondissement.

» Kn conséquence, l'intérêt général a déterminé M. » le comte de Sussy à opérer votre changement : je dis » votre changement parce qu'il ne s'agit point ici de » d(^stitution. Tous les administrateurs ont cessé leurs » fonctions dans ce département du jour où M. le comte » de Sussy y est arrivé. 11 a dû faire des nominations » dans l'intérêt du gouvernement. Lui et moi, con- » naissons trop vos qualités particulières et vos talents » pour ne pas vous rendre justice ; aussi, vous pouvez » compter que, s'il se présentait quelque occasion de » vous faire obtenir une place qui vous convînt, dans » laquelle il fallut moins d'activité et exercer moins » d'influence, vous nous trouverez disposés à vous » être utiles parce que, je vous le répète, vos qualités » et vos talents nous sont bien connus.

» Agréez, avec le regret que j'ai de perdre un colla - » borateur que j'estime, l'assurance de ma haute con- » sidération. »

A Monsieur Fera de Rouville, maire de Fontainebleau.

Melun, le 12 mai 1815.

« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez » fait Thonneur de m'écrire le 8 de ce mois, pour me » faire connaître que vous avez accepté la mairie de » Fontainebleau dans un temps calme et dans l'es- » poir de remplir vos fonctions malgré vos infirmités » et votre âge de 65 ans, mais que les mouvements » qui s'opèrent aujourd'hui demandent plus de santé, » et vous me priez d'engager M. le Commissaire ex- » traordinaire à recevoir votre démission.

» En mettant, Monsieur, votre lettre sous les yeux » du commissaire, je lui ai rappelé que vous aviez » été membre du Conseil général du département, que » j'avais toujours distingué le bon esprit qui vous ani- » mait, vos qualités personnelles et beaucoup de con- » naissances qui avaient été utiles au département : » je ne lui ai pas non plus laissé ignorer que c'était à » ma sollicitation que vous avez accepté la mairie de » Fontainebleau, mais qu'à la vérité, c'était en des » temps plus tranquilles que ceux-ci, que je concevais » que votre âge et vos infirmités vous missent dans » l'obligation de vous retirer des affaires publiques et » que je l'engageais à accéder à vos désirs.

» M. le Commissaire a consenti à vous remplacer » dans vos fonctions de maire.

» En vous donnant connaissance de cette décision, » je vous témoigne le regret de voir un collaborateur, » pour qui j'avais autant d'estime, cesser d'avoir des » relations avec moi. Je vous prie d'être toujours as- » sure de cette estime. »

.A Monsieur le comte de Sussy^ Commissaire extraordinaire.

Melun, le 16 mai 1815.

« Votre Excellence se rappellera qu'il lui a été porté » des plaintes contre les opinions de M. d'Hotelans, » directeur de la maison de détention de Melun, et » sur les propos qu'il tenait relativement à l'état de » choses actuel. Votre Excellence a paru déterminée » à ne laisser en fonctions que des hommes dévoués » au gouvernement et capables de le seconder dans

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» toutes les mesures qu'il prend et de n'entraver au- » cune de celles qu'il prescrit.

» J'ai cru devoir prendre encore des informations » sur ce directeur et le rapport ci-joint de la gendar- » merie vous fera connaître que M. d'Hotelans, étant » chargé de la direction d'une maison qui renferme 200 » condammés, il serait peut-être dangereux de le lais- » ser en place.

» Je dois cependant dire à Votre Excellence que » M. d'Hotelans, gentilhomme émigré, exerce sesfonc- » tions depuis quatre ans avec distinction, zèle etpro- » bité, et que, si Votre Excellence obtenait son change- )) ment, ayant moins d'influence dans une nouvelle » maison, il serait peut-être moins à craindre.

» Dans le cas où Votre Excellence se disposerait à » prendre un parti à ce sujet, j'ai l'honneur de lui re- » commander M. Moreau, maire de Montereau.

» Ce fonctionnaire, entièrement dévoué au gouver- » nement, a sous mes yeux, en 1813 et 1814, donné » des preuves d'un grand zèle et les pièces que Votre » Excellence trouvera ci-jointes lui prouveront qu'el- » les ont été appréciées de l'Empereur même. »

Aux ininistres de la Police et de V Intérieur.

Melun, le 26 mai 1815.

(( J'ai l'honneur d'envo\^er à Votre Excellence un ar- » rêté par lequel je suspens provisoirement de ses fonc- » tions M.Lavollée, maire de Dommartin.

» Les motifs exprimés dans cet arrêté ne sont pas » les seuls qui m'aient déterminé à prendre cette » mesure.

» M. Lavollée est maire depuis fort longtemps. De- » puis cinq ans que j'administre ce département, j'ai » eu souvent occasion de me plaindre de son admi- » nistration qui a toujours été en opposition avec les » règles administratives et les ordres de ses supé- » rieurs.

» J'ai dû plusieurs fois prendre des mesures très sé- » vères pour régulariser sa comptabilité et l'obliger à » rester dans les bornes de ses fonctions dont il sort » continuellement.

» Comme, notaire, il était agent d'affaires de Son Al- » tesse le Prince archi-chancelier.

» Lorsque les Bourbons sont revenus en France, » il a cru trouver plus d'avantage à servir cette cause.

» Il a sollicité et obtenu d'être chargé des affaires » du Prince de Condé : cette place lui valait 7000 » francs.

» Le Prince archi-chancelier lui a retiré sa con- » fiance, mais M. Lavollée s'en consola et obtint;, en- » tre autres faveurs du dernier gouvernement, la croix » de la Légion d'Honneur.

» J'ignore si c'est plutôt l'opinion que l'intérêt qui » le dirigea, mais je sais qu'aucun homme n'est plus » prononcé en faveur du retour des Bourbons que M. » Lavollée.

» Ses discours nuisent beaucoup au gouvernement » actuel par l'influence qu'il exerce dans le canton ; » influence qu'il s'est acquise par la confiance des per- » sonnages qui l'ont plusieurs fois chargé de leurs af- » faire s.

» Les trois traits ci-après vont prouver à Votre Excel-

» lence la force de cette iniluence et la nécessité de » prendre un parti à cet égard :

» 1^ Le registre des votes ouvert à la mairie ne » compte pas un nom, pas môme le sien : cependant » cette commune est une des plus peuplées, et, comme » elle est placée sur la route d'Allemagne, la con- » duite du maire n'est pas sans conséquence vis-à-vis » des voyageurs ; il n'est pas une autre des communes » de mon département qui donne cet exemple.

» 2^ L'opération de la garde nationale, qui s'est par- » faitement faite dans tout le département, s'est exé- » cutée avec beaucoup de difficulté dans tout le can- » ton, d'après ce que m'assure M. le sous-préfet de » 31 eaux :

» 3^ Lors du renouvellement des maires, celui-ci a » été réélu à la majorité absolue ;

» 4° Enfin, il a eu assez de crédit pour faire exclure )) de Dommartin un notaire qui y avait été nommé » par l'Empereur et qui pouvait lui enlever quelques- » uns des avantages qu'il retire comme notaire lui- » même. , •

» Dans toutes ces considérations, 1^ j'ai cru devoir » suspendre le sieur Lavollée ; 2^ je lui ai ordonné de » se rendre à la préfecture pour m'expliquer avec lui » sur sa conduite; 3^ je propose au gouvernement de » rétablir par décret le notaire qui avait été nommé » à Dommartin. Ce moyen balancera l'influence de » M. Lavollée ; 4^ enfin, il serait encore utile que le » gouvernement cherchât les moyens de diminuer » cette funeste influence. Je vais aussi m'en occuper » très sérieusement. »

Au ministre de la Guerre.

« C'est en effet le sieur Lavollée, maire de la com- » mune, qui dirige les manœuvres de plusieurs indi- » vidus pour exciter des troubles et détourner les mi- » litaires de leurs devoirs.

» Depuis quelque temps j'étais instruit de sa con- » duite et je le faisais surveiller soigneusement.

» Au moment où j'ai reçu la lettre que Votre Excel- » lence m'a fait l'honneur de m'écrire le 24 de ce » mois, j'avais, par un arrêté du même jour, suspendu » le sieur Lavollée de ses fonctions, d'après de nou- » veaux rapports qui me sont parvenus sur son » compte.

» Ce fonctionnaire professe ouvertement des opi- » nions tout à fait contraires au gouvernement ac- » tuel : son influence produit le plus funeste effet sur » les esprits des habitants.

» Il est le seul notaire de Dommartin depuis que, » sous le dernier gouvernement, il en a fait exclure » le second notaire qui y avait été nommé par l'Em- » pereur. Cette circonstance, le rang qu'il occupe dans » la commune augmentent encore son influence dont » il fait un usage aussi dangereux.

» J'ai proposé au gouvernement de s'occuper sé- » rieusement de faire finir cet état de choses afin de » ramener les esprits égarés dans la voie de la sou- » mission et du devoir.

» Je regarde comme un des moyens d'atteindre ce . » but celui de rétablir le second notaire de Doinmar-

» tin qui pourrait balancer l'influence du sieur Lavol- » lée.

» J'attends sur le tout des ordres supérieurs. Je » fais toujours surveiller ce qui se passe dans cette » commune et, si quelques nouveaux faits méritaient » d'être connus de Votre Excellence, je m'empresse- » rais de lui en donner connaissance. »

Au capitaine de la gendarmerie.

Melun, le 26 mai 1815.

« Je ne suis pas tranquille, monsieur, sur l'état des » esprits des habitants de la commune de Dommartin.

» Je viens de suspendre de ses fonctions M. Lavol- » lée, maire de cette commune, qui m'avait été plu- » sieurs fois signalé par les Ministres et dont je » connaissais les mauvaises dispositions contre le » gouvernement.

» Je désire vivement que vous mettiez à la tête de » cette brigade un sous-officier de gendarmerie, ferme » et sur qui vous puissiez compter, pour surveiller et » déjouer les machinations qui ont lieu pour exciter » la désertion.

» Je vous prie de me faire connaître la mesure que » vous aurez prise à ce sujet. »

Au point où nous en étions arrivés, la défiance et la délation, sa conséquence naturelle, allaient croissantes; elles se donnaient libre cours, môme à l'égard des personnalités les plus honorables et les plus méritantes du département, comme, par exemple, M. le comte de Choiseul-Praslin,

Au ministre de la Police,

Melun, le 27 mai 1815.

(( En réponse à la lettre que Votre Excellence m'a » fait l'honneur de m'écrire le 25 mai courant, au su- » jet des doutes qu'on lui donne sur les dispositions )) de M. le comte de Choiseul-Praslin, j'ai l'honneur » de lui certifier que les faits dont on l'accuse sont » tous faux.

» J'ai l'honneur de voir souvent M. le comte de » Praslin, soit comme membre du conseil général du » département, soit comme membre de la commission » de liquidation des réquisitions, enfin comme pro- » priétaire qui habite près de Melun.

» Son caractère particulier ne le porte pas à faire » aucun des actes dont on le soupçonne. Je dirai même » que je vois M. de Praslin beaucoup plus porté pour le » gouvernement actuel que pour celui de Louis XYIII.

» Ce sont les seuls renseignements que je puis don- » ner à Votre Excellence sur l'objet de la lettre qu'elle » m'a fait l'honneur de m'écrire. »

A monsieur Lefèore, chancelier de la P^ Cohorte de la Légion d'honneur,

Melun, le 28 mai 1815.

« Mon cher représentant et ami, je me rappelle que » vous m'avez recommandé particulièrement M. Massé » et que je vous avais promis de ne donner aucune » suite aux plaintes qui m'avaient été portées contre » lui.

» .l'ai bien tenu ma parole pour ce qui concerne sa » place dans les droits réunis, mais je vous avouerai » franchement que son nom m'a échappé lors de la » nouvelle composition du conseil municipal de Fon- » tainebleau et que le chef de division chargé de me » présenter ce travail a cru devoir proposer son rem- » placement, d'après les pièces qu'il avait sous les » yeux et qui m'avaient aussi échappé.

» J'éprouve bien du regret de ce contre-temps. Je » compte réparer cet oubli et faire nommer M. Massé » à la première vacance.

» J'y porte d'autant plus d'intérêt que je connais » votre amitié pour lui.

A M. Vévêque de Meàux.

Meliin, le 28 mai 1815.

« Monseigneur,

» Je vous envoie un exemplaire de la circulaire que » j'adresse aux maires nouvellement installés. Vous » y verrez les principes qui m'animent et qui m'ont » constamment dirigé.

» Je ne doute pas aussi, que, lorsque vous en aurez » l'occasion, vous n'engagiez MM. les curés à secon- » der les maires dans le bien qu'ils peuvent faire et )) dans l'exécution des lois.

» 11 m'est douloureux de ne pas pouvoir professer » ce que je conseille, mais vous en connaissez la cause » et vous savez qu'il est répugnant d'avoir de la con- » descendance pour les fous.

» Lorsque le curé Dauphin cessera, par quelque cir-

» constance que je ne ne peux pas prévoir, d'exercer, » je joindrai la pratique au précepte. »

Au ministre de la Police générale.

Melun, le 29 mai 1815.

« Monseigneur,

» Je réponds à la lettre que Votre Excellence m'a » fait l'honneur de m'écrire le 10 courant au sujet de » dénonciations qui lui ont été portées contre le maire » de Bransles, le desservant de cette commune, et le » S'" Regis-Clément Avit, horloger, qui y réside de » temps à autre.

» D'après les renseignements que je me suis procuré » il paraît certain:

» 1^ Que le S'Bernier, notaire et ex-maire de Brans- » les, est doué d'un caractère doux, tranquille et » même faible, qui le rend incapable du sentiment de » haine dont on prétend qu'il est animé contre l'Em- » pereur; que, lors de l'invasion de l'ennemi, il s'est » montré supérieur à son caractère accoutumé pour » éviter à ses concitoyens des vexations et le pillage » de lapart'des troupes étrangères; qu'ayant usé avec » ordre et éconojnie des réquisitions qu'il a été dans » le cas de frapper, il en a conservé une partie en » magasin qui a été de la plus grande ressource pour » la subsistance de la garde impériale française, pen- » dant les deux mois qu'elle est restée cantonnée dans » les environs de Ghâteau-Landon.

» Il paraît que le dénonciateur, que l'on croit con- » naître, feint d'ignorer cette circonstance pour faire

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» douter du véritable emploi des denrées mises en » magasin.

» On cite, comme auteur de la dénonciation, le S"^ » Mercier, de Hransles, homme d'un caractère vif et » emporté, et on est fondé à croire qu'elle a été dictée » par des motifs de haine provenant d'un procès pen- » dant au tribunal de Fontainebleau entre lui et le » S"^ Bernier et dont l'issue ne paraît pas devoir être » favorable à Mercier.

» On ajoute que ce même procès et des raisons d'in- » térêt privé l'animent également contre le S' Re- » gis-Glément Avit, marié à la fille de sa femme, qui » jouit en commun avec lufde différents biens ruraux, » et avec lequel le S'' Mercier se conduit d'une ma- » nière dure et inconvenante, puisqu'il va jusqu'à le » frapper. Cette conduite a forcé le S'" Avit à rési- » gner son emploi de desservant de Bransles, étant » un homme honnête, qui a exercé honorablement les » fonctions de maire et ne les a quittées que pour en- » trer dans le sacerdoce après la mort de sa femme.

» Vous voyez, Monseigneur, la source de cette dé- » nonciation, Votre Excellence sera à même d'en ap- » précier l'exactitude. »

Napoléon avait pensé que, pour que la légitimité de son retour ne pût être mise en doute et que toute opposition à son gouvernement restauré tombât dans le pays, il y aurait intérêt à ce que le peuple français y donnât son adhésion unanime. Une consultation à cet effet ayant eu lieu dans toutes les communes de France, il décida que la proclamation officielle des votes qui lui avaient été favorables serait faite dans

une grande assemblée qu'il se proposa de tenir à la fin du mois de mai et à laquelle il donna le nom de Champ de Mai.

A cette assemblée assistèrent les divers corps de l'Etat, les hommes les plus éminents venus de toutes les parties de la France et une notable partie de l'armée.

J'attendais avec impatience le jour où cette importante réunion aurait lieu. C'était d'après ce qui se passerait ce jour-là, que mon opinion devait être formée sur le sort réservé à la tentative que Napoléon avait faite en rentrant en France.

Je me disais que, s'il se présentait à l'assemblée en simple costume de général, le fer en main et un pain de munition sous le bras, que si, dans une courte allocution, il faisait comprendre à cette assemblée quelle était là position de la France en face de l'Europe, que si enfin il jurait de ne déposer les armes, de ne prendre d'autre nourriture que le pain de munition, tant que la paix ne serait pas signée, tout était sauvé. Mon désir aurait été qu'il eût déclaré que, s'il était de nouveau appelé au trône par la voix populaire, c'était pour travailler au bonheur de tous les Français et pour faire res[)ecter les lois dans toute l'étendue d'une France dont il aurait fixé les limites.

Hélas ! ce n'était qu'un rêve !

Que l'on juge de ma stupéfaction et de mon désappointement, lorsque, d'une tribune où j'étais bien placé pour tout voir, je vis arriver l'Empereur au Champ de Mai avec toute sa famille, habillés, je le dis sans la moindre hésitation, en polichinelles, vêtus de satin blanc de la tète aux pieds et couverts de

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