ROYALISTES SOUS LE CONSULAT ET L EMPIRE. II
Montmorency, qui était dame d'honneur de Joséphine et passait pour avoir grand crédit auprès de Napoléon.
Selon le désir de M. de Marsé, je trouvai moyen d'assister aux séances de la commission militaire : elles me firent une très vive impression. Le matelot fut sublime d'énergie, et montra une véritable éloquence. « On me reproche, dit-il, de ne pas avoir vu que c'étaient des conspirateurs qui se servaient de moi contre la patrie: j'aurais dû le comprendre au prix très élevé qu'on m'offrait. Mais il y avait des dangers à courir, et la manière dont notre voyage s'est terminé le prouve. Je n'ai que mon état pour faire vivre ma femme et mes enfants, et je n'avais garde de refuser l'occasion d'apporter un peu d'aisance dans mon ménage. Est-ce sur des gens comme vous qu'il me fallait compter pour nourrir ma famille? Qui prendra soin d'elle, quand vous m'aurez tué? » Mais on voulait faire un exemple, et le matelot fut condamné à mort, comme les quatre principaux accusés.
Je me hâtai d'en informer M. de Goyon de Marsé, qui courut avec moi chez Chateaubriand, dont la réputation était alors à son comble, et l'engagea à s'adresser à l'Empereur pour lui demander immédiatement une audience. M. de Chateaubriand écrivit devant moi. Sa lettre fut remise à Napoléon par M""® de Montmorency, en présence de Joséphine : l'Empereur assura qu'il répondrait à M. de Chateaubriand. Ce soir-là, Berthier donnait une fête à l'Empereur et à l'Impératrice.
Pendant les débats de la commission militaire, j'avais reconnu, dans le capitaine rapporteur, un des officiers qui fréquentaient la maison du général de Tilly, quand il commandait les neuf départements réunis. Je le suppliai de mettre le moins de diligence possible dans l'exécution du jugement, et lui confiai que nous faisions des dé-
marches dont nous espérions beaucoup. Cet officier, avec un empressement qui faisait honneur à son bon cœur, me promit d'entrer dans nos vues i.
Vers les cinq heures du soir, M. de Chateaubriand, qui donnait l'hospitalité à M™^ de Goyon, la femme du condamné, n'ayant pas encore reçu de l'Empereur la réponse annoncée, me dit : « Cet homme est vindicatif. Il ne me pardonnera pas la démission que j'ai donnée, lorsqu'il a fait assassiner le duc d'Enghien. »
Sur les sept heures, je me rendis à l'hôtel des relations extérieures, et fis demander M'"" de Matignon et de Montmorency. Elles m'affirmèrent positivement que l'Empereur leur avait promis, de la meilleure grâce possible, d'accorder une audience à M. de Chateaubriand. Je revins porter ces paroles d'espérance à la rue Saint- Florentin, où demeurait l'écrivain, et de là j'allai chez le capitaine rapporteur le mettre au courant de la démarche que je venais de faire.
Vers les dix heures, je retournai au ministère des relations extérieures sur le boulevard ; mais l'Empereur en était parti avec toutes les personnes de sa suite. En rentrant chez M. de Chateaubriand, je rencontrai le domestique du capitaine rapporteur, venu pour me prier de passer chez son maître. Le capitaine m'apprit qu'il venait de recevoir à l'instant, du ministre de la guerre, l'ordre de faire exécuter, au soleil levant, MM. Armand de Chateaubriand, de Goyon et le matelot. Un sursis était accordé à MM. de Boisé-Lucas père et fils. Je communiquai cette triste nouvelle à M. de Chateaubriand, qui me
I. Il demeurait rue Neuve des Petits-Champs, au coin de la place Vendôme, et Chateaubriand, rue Saint-Honoré, au coin de la rue Saint-Florentin. Pour moi, je renais de m'installer boulevard de la Madeleine, n° a-j, à la porte Saint-Honoré.