ROYALISTES SOUS LE CONSULAT ET L EMPIRE
dit : « Je vois bien que l'Empereur veut me faire acheter la vie de mon cousin ; mais je ne désespère pas encore. » Nous restâmes toute la nuit ensemble. Chateaubriand s'était habillé en grande cérémonie pour l'audience, qu'il attendait toujours.
Sur les cinq heures du matin, pensant que M. de Goyon de Marsé pourrait avoir eu des renseignements par ses parentes, je me rendis chez lui i. Au tournant de la rue Taranne, dont la forme rappelle un peu celle d'un entonnoir, je vis déboucher, venant de l'Abbaye, par la rue Sainte-Marguerite, un piquet de gendarmerie et la charrette qui conduisait les malheureux à la mort. A cette vue, je faillis me trouver mal. Je m'arrosai le visage à la fontaine, et revins à la hâte chez M. de Chateaubriand. Celui-ci se répandit en malédictions contre « le Corse, auquel il croyait moins de cruauté. » Dans une pièce voisine, M"^^ de Goyon éclatait en sanglots.
Au milieu de cette scène de douleur, on annonça enfin un envoyé du château, qui remit à Chateaubriand une lettre d'audience, indiquée pour six heures du matin. Chateaubriand, sans se lever, et avec beaucoup de dignité, rendit le pli au messager et lui dit : « Répondez à votre maître qu'il y a une heure, j'avais une grande grâce à lui demander ; mais que maintenant il ne me reste plus qu'à pleurer. »
Nous passâmes la matinée à essayer de consoler la malheureuse M'^^ de Goyon, déplorant entre nous la légèreté des agents royalistes de Londres, qui compromettaient ainsi, sans chance de succès, des gens dévoués à la monarchie, et la monarchie elle-même ^.