‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 16 sur 60 · LE COMTE D ARTOIS A. VESOUL · texte numérisé non relu

LE COMTE D ARTOIS A. VESOUL

Lepelletier de Saint-Fargèau. - Sa fille, M»^ Lepelletier de Mortfontalne.

— Mon mariage avec M"« de Thomassin de Bienville. — Présages de la chute de Napoléon.

Lettre du comte des Cars. — Les princes quittent Hartwell. — Mon départ avec le vicomte de Virieu pour Époisses. — Tentative de mouvement royaliste à Dijon. — Lavoisier, courrier du sous-préfet d'Avallon. — Signal envoyé à Paris. — M""» de Ghastellux. — Dangers courus à Semur. — Réunion royaliste à Dijon. — Mon voyage à Vesoul avec M. de Polignac.

— Conversation avec le comte d'Artois. — Je reçois à Dijon les pouvoirs de Monsieur.

M. de Wildermeth au grand quartier général. — Il y rencontre M. de Vitrolles. — Mission de ce dernier, envoyé par Talleyrand. — Il tombe aux mains des soldats français.

Je me rends à Ghatillon. — Projet de voyage avec la princesse Radziwill.

— État des négociations des alliés avec Bonaparte.— M. Rouen transmet de mes nouvelles à Paris. — Le prince de Liechtenstein m'arrête à Auxerre.— Le général Gyulay me retient à Sens. — Nuit au château de la Brosse. — Rentrée à Paris par Fontainebleau.

Napoléon, parvenu à l'apogée de sa puissance, avait voulu conclure une union digne de sa fortune et, en 1810, il avait épousé l'archiduchesse Marie-Louise. Constatant avec douleur que les souverains étrangers eux-mêmes sacrifiaient leur propre famille à l'intérêt de leur politique, je crus dès lors que tout espoir était interdit de voir revenir la dynastie à laquelle j'étais attaché.

C'est aussi à ce moment que je me décidai à satisfaire

le vœu de mes parents qui me poussaient au mariage. J'arrivais à l'âge de trente-huit ans, et, depuis plusieurs années, les personnes qui s'intéressaient à moi m'avaient parlé d'alliances très flatteuses, mais auxquelles je ne m'étais pas arrêté. Je tenais non seulement à l'ancienneté de la famille et à l'honorabilité de la fortune, dans un moment où les biens des hospices, des églises, des émigrés et des condamnés avaient enrichi tant de monde ; mais aussi à n'épouser qu'une personne capable de s'associer sans réserve à tous mes sentiments politiques et religieux. Cette personne, je finis par la rencontrer dans les premiers jours de l'année 1810 : voici dans quelles circonstances.

J'ai parlé, au début de ces souvenirs, de M. Lepelletier de Saint-Fargeau, allié, en premières noces, à une nièce de M. Joly de Fleury, et qui, depuis, était devenu la malheureuse victime de Philippe-Egalité, dont il était l'ami intime. En effet, le jour où se décida le sort de Louis XVI, le duc d'Orléans, déjeunant chez Saint-Fargeau, lui avait exposé les résolutions prises par les diff'érents groupes de la Convention, et l'avait supplié de voter comme lui, s'il voulait sauver la vie du Roi. Saint-Fargeau s'y était engagé, et avait tenu sa promesse lorsque Égalité eut voté la mort sans sursis. Le lendemain matin, 21 janvier, comme Saint-Fargeau était allé au café de Foix, un ancien garde du corps, appelé Paris, s'était placé en face de lui : « Misérable ! lui avait-il crié, tu as « voté la mort du Roi ; tu périras le premier ! » et il lui avait plongé un poignard dans le cœur. Saint-Fargeau avait laissé une fortune immense et une fille unique. La nation s'était déclarée sa tutrice et, après avoir dissipé une bonne partie de l'héritage, l'avait mariée à un sieur de Witt, Hollandais et démocrate. Ce mariage n'avait pas

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