CHARLES X ET M. DE POLIGNAC
Sacre de Charles X. — Mes démarches antérieures pour servir sous le duc d'Angoulême en Espagne. — Je suis appelé comme témoin dans le procès contre Ouvrard.
Constitution du ministère Polignac. — Je suis nommé gentilhomme honoraire de la chambre du Roi. — Agitation. Incendies en Normandie. — Les élections. Le Roi me demande d'appuyer le général Coutard dans la Sarthe. — Le général échoue à Mamers; mais, au grand collège, j'obtiens sa nomination.
J'apprends, à la Gastine, que les ordonnances de i83o ont été rendues. Je me rends à Saint-Cloud, d'où le Roi m'envoie près du duc de Raguse. — Calme apparent dans Paris. — L'insurrection éclate. — Je suis envoyé en Normandie pour rappeler les régiments de la garde. — DijSicultés que j'éprouve pour revenir à Saint-GIoud, où le Roi s'est retiré. — Le Roi et sa maison arrivent au Grand-Trianon. — Charles X me charge de conduire en lieu sûr le prince de Polignac.
Sortie de Versailles avec le prince. — On nous avertit, à Rambouillet, que Chartres est insurgé. — Conflit, à la poste du Gué de Longroi, avec des courriers de l'insurrection. — Nous tournons Chartres et venons dîner près de Bellême, au château des Feugerets. — Traversée de Mamers la nuit et arrivée à la Gastine. — Incident à Alençon, où j'étais allé chercher un passeport. — Notre valise est saisie au pont de Cour teilles.— Passage à Semallé, à Livaie, chez MM. de Bâmont et du Bourgblanc. — Nous gagnons Ducey, où un habitant croit reconnaître M. de Polignac. — M°" de La Martinière et de Saint-Fargeau promettent de le faire embarquer à Saint-Jean-le-Thomas. — Arrivée du Roi à Saint-Lô. — Ses inquiétudes sur l'esprit des populations. — J'apprends, à Argentan, l'arrestation de M. de Polignac. — Attitude du nouveau sous-préfet de Mamers.
Malgré toute mon abnégation, je dois avouer que j'ai éprouvé un vif chagrin de n'avoir pas été invité au sacre de Charles X, moi, son fondé de pouvoir en i8i4, et dont,
en toutes occasions, il avait approuvé la conduite. — Gomme je n'avais rien fait solliciter, je ne témoignai mon déplaisir à personne, surtout à la cour, où j'avais beaucoup plus de jaloux que d'imitateurs. Je restai officier en demi-solde, dans l'attente de ma retraite, qui n'était pas éloignée, puisque le i^"^ juillet 181 8, conformément à l'ordonnance royale du 20 mai précédent, mes services avaient été reconnus s'élever à quinze ans un mois et dix jours, interruptions déduites, et campagnes non comprises.
Je n'avais cherché à sortir de l'effacement auquel je m'étais résigné que quand survint la guerre d'Espagne, près de deux ans avant la mort de Louis XVIII. Pensant alors qu'un officier dévoué ne serait pas de trop auprès du duc d'Angoulême, appelé à combattre la Révolution au delà des Pyrénées, j'avais écrit directement à Monsieur : « Vous connaissez, lui disais-je, mes services. Ils datent de mon enfance, et si je désire qu'ils soient remis sous les yeux de mon Roi, c'est pour obtenir la faveur de pouvoir en rendre de nouveaux dans la guerre qui se prépare. Ce n'est plus le grade, que je croyais avoir obtenu et mérité à une époque mémorable, que je réclame, mais le titre de volontaire auprès d'un fils de France.... » Cette lettre avait été remise à Monsieur par le comte de Bouille, l'un de ses aides de camp ; et Monsieur, après l'avoir lue, avait dit : « Je reconnais bien là Semallé. Je désirerais beaucoup qu'il fût auprès de mon fils, avec Noailles, qui a fait la même demande ; mais j'ai promis de ne présenter aucun officier. Qu'il s'adresse donc à mon fils, ou au duc de Bellune. »
J'étais allé trouver le général de Bordesoulle, nommé au commandement de la garde royale en Espagne, et qui, comme on l'a vu, m'avait d'assez grandes obligations. Il s'était engagé à parler personnellement au ministre de la