La commune de Louzes. (Éd
2. Ce nom avait été choisi, parce que son linp:e était marqué P. P. CPrince de Polignac).
3l6 SOUVENIRS DU COMTE DE SEMALLÉ.
tranquillité publique, la nouvelle municipalité lui avait confié les pouvoirs les plus étendus. A ce moment, il se fit du bruit dans la rue, et je crus à une émeute organisée par cet homme. Je tirai brusquement mes pistolets et je le sommai de rester sans bouger jusqu'à ce que je fusse sorti. M'"® d'Hauteville et la maîtresse d'hôtel s' étant élancées entre lui et moi, il me fut facile de m'esquiver. En réalité, il n'y avait à la porte et sur le cours que quelques individus, attirés plus par la curiosité que par la malveillance. Je dus me retirer chez ma sœur, tant la nuit était noire. Le lendemain matin, je retournai à Saint- Paterne.
On y était fort inquiet de mon sort. M. de Polignac, au lieu de se coucher, était resté toute la nuit avec son hôte sur la route. Je demandai à M. de Saint-Paterne un guide pour me conduire à Semallé, en traversant la Sarthe à Gourteilles. Mon intention était de passer par Séez, Argentan et Gaen, en m'arrêtant dans mes propriétés de Brieux et d'Epaney, où je pouvais séjourner sans éveiller de soupçons. De Gaen, je serais allé à la Délivrande embarquer M. de Polignac pour l'Angleterre.
A Semallé, nous apprîmes au presbytère, par des fermiers revenant du marché, qu'on avait poursuivi des voyageurs inconnus passant par Gourteilles et qu'on avait saisi leur portemanteau dans une auberge auprès du pont. G'était notre propre portemanteau, que notre guide, fatigué de le porter, y avait déposé provisoirement. L'idée me vint aussitôt que l'homme que j'avais rudoyé la veille à Alençon avait fait courir à notre recherche et avait sans doute découvert mon nom. Ge qui est certain, c'est qu'un jeune homme que j'envoyai à Gourteilles y fut saisi et emmené en prison. Voyant le danger, je changeai de plan, et au lieu d'aller à Gaen, je décidai de me rendre dans la
CHARLES X ET M. DE POLIGNAC. 3l7
Manche, à Ducey, dans une terre dont j'avais fait récemment l'acquisition.
Nous conduisîmes M. de Polignac chez l'oncle du curé de Semallé, curé lui-même à Livaie, dans la forêt d'Écouves. Ce bon curé nous donna à déjeuner et nous fournit un guide et un cheval pour aller chez MM. de Bâmont, qui demeuraient à six lieues de là, sur la route de Domfront. Gomme nous n'avions qu'un seul cheval, nous le montions tour à tour. La chaleur étant extrême, nous prîmes un instant de repos dans la forêt. A ce moment, M. de Polignac avait un air si distrait, que je partis d'un éclat de rire. — « Eh bien! s'écria-t-il, je ne vois pas ce qu'il y a de risible dans notre affaire, surtout dans la mienne. Je suis préoccupé de papiers très importants, que j'ai laissés en quittant le ministère des affaires étrangères. » C'étaient, en effet, les papiers relatifs à la demande d'intervention en Espagne i.
Partout la population était sur pied et armée pour se garder des incendiaires qui parcouraient, disait-on, le pays. Nous entendions même des coups de feu. Un des MM. de Bâmont vint donc nous reconnaître avant de nous laisser entrer au château. Ils nous firent préparer à souper. Gomme je me disais chargé de commissions pour Charles X, qui avait pris la route de la Basse-Normandie, ils me donnèrent leurs deux chevaux avec un guide à pied, le seul homme sur lequel ils croyaient pouvoir compter. Nous passâmes ainsi à Bagnolles et arrivâmes de très grand matin à Domfront. Je ne fis que traverser cette ville et m'abstins d'aller voir le sous-préfet, royaliste très bien pensant, de peur de le compromettre. Connaissant bien la grande route, j'envoyai mon guide nous rejoindre chez M. du