‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 40 sur 60 · LA TERREUR · texte numérisé non relu

LA TERREUR

pour subvenir à la vie de chaque jour. Leurs fils cadets, mes oncles, s'engagèrent à l'armée de Gondé ; puis, passant par l'Angleterre, ils gagnèrent l'ouest de la France, où ils prirent du service sous les ordres du comte Louis de Frotté. Charles y reçut une balle qui lui brisa la clavicule ; quant à l'intrépide Martial, il fut un des héros de cette guerre et y fit des prodiges de valeur. On l'appelait le « balafré, » parce qu'un coup de sabre lui avait fendu le nez quand il servait aux hussards de Ghoiseul.

Il était connu par sa bravoure et aussi par son bon cœur. Un jour qu'il commandait, en l'absence de Frotté, un jeune homme fut pris rôdant autour du camp, près de Vire. Les soldats voulaient le fusiller. Mon oncle, frappé de son air calme, lui dit : « Crie vive le Roi ! et je te fais grâce. » Le bleu cria : «Vive la république! — Eh bien, reprit mon oncle, crie vive Dieu ou vive le diable ! vive le Roi ou vive la république ! et va-t'en. » Le pauvre prisonnier crut qu'on se moquait de lui ; mais voyant que mon oncle Martial lui répétait de s'en aller, il poussa le cri de : « Vive le Roi ! » s'enrôla sous ses ordres, et l'accompagna partout. — En 1798, Frotté était retourné en Angleterre ; on espérait que le parti militaire mettrait un terme aux crimes de la Terreur ; il régnait une sorte d'accalmie. Mon oncle Martial se retirait alors près de la Haye-Piquenot, chez une de ses cousines, M""^ de Bamaresq, dont le mari avait émigré en Angleterre. On a dit qu'une liaison trop tendre contribuait à le retenir auprès d'elle. Il fut arrêté sur la dénonciation d'une boulangère I, surprise de la quantité de pain qui se consommait dans la maison. M'"^ de Bamaresq perdit la tête en voyant approcher la police ; on dit même qu'elle se jeta sur Mar-

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