‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 41 sur 60 · I. Voir La Sicotière, L. de Frotté, t. II, p. aoi et s · texte numérisé non relu

I. Voir La Sicotière, L. de Frotté, t. II, p. aoi et s

tial à corps perdu et l'empêcha de se défendre. Avec lui on saisit son aide de camp, le jeune Auguste Le Breton, porteur de la correspondance de Frotté, et deux agents royalistes, MM. Emery et Bernard. La nouvelle de son arrestation causa une véritable agitation dans la ville de Gaen : on voulait y faire un mauvais parti à la boulangère. Martial fut condamné à mort et fusillé dans les fossés du château, le 7 vendémiaire an VIL Ses camarades et son frère Charles avaient promis beaucoup d'argent pour le sauver ; mais les précautions prises par le commandant de la place paralysèrent tous leurs efforts. Quant à son frère aîné, le comte de Grancey, à la nouvelle de cette arrestation, il était parti de Bourgogne à franc étrier, mais ne put arriver que quelques heures après l'exécution.

IL — LE 3i MARS 1814.

Ce fameux 1814 ! Cette époque de si grands changements! Cette Restauration, si ardemment désirée par les royalistes, et qui, contre leurs vœux, a eu pour principal souci de sanctionner l'état de choses créé par vingt années de révolution et de tyrannie ! L'avais-je assez désirée ! Avec quel bonheur je l'avais acclamée ! Quelle n'avait pas été alors mon indignation, en entendant une personne arrivée de Londres me dire, d'un ton compatissant et prophétique : « Bon Dieu ! Madame, on ne revient pas d'une exaltation semblable à la vôtre sans qu'il en coûte beaucoup, et vous ne pouvez pas manquer d'en revenir. Souvenez-vous que les Bourbons ne peuvent rentrer en France que pour la perte du pays. »

Enfin, nous voilà donc aux premiers jours de 1814. M. de Semallé était parti à la recherche d'un prince de la

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maison de Bourbon, et moi, j'avais promis de ne pas quitter Paris et d'y attendre l'arrivée d'un bijou qui devait nous servir de signal. Tous les royalistes affluaient chez moi. On y venait la nuit comme le jour ; chacun m'amenait un parent, un ami, qui devait, disait-on, se rendre utile au dernier moment.

J'étais inscrite sur les listes de Savary comme la plus implacable adversaire de Napoléon, et comme rassemblant chez moi tous les mécontents : néanmoins, je n'étais pas eff*rayée pour moi-même. Mon cœur n'était agité que par la pensée des dangers que courait, loin de moi, celui que je savais n'en redouter aucun pour sa personne ; que je savais capable de tout entreprendre pour atteindre le but qu'il s'était proposé. Chose extraordinaire, ce fut par l'entremise d'un des agents de l'ambassade à Ghâtillon que je reçus des nouvelles de M. de Semallé. Ce fut aussi après avoir passé par les mains d'un fonctionnaire de l'Empire que la breloque, destinée à nous servir de signal, fut remise entre des mains royalistes. M. de Mortfontaine, qui l'avait reçue, vint me l'apporter. Mais ne me trouvant pas, il se rendit chez le royaliste qui avait refusé de la recevoir, et qui, plus terrifié encore qu'à l'arrivée du courrier Lavoisier, la prit et la brisa dans un mortier, comme s'il craignait que ce bijou ne déposât contre lui. J'ai beaucoup regretté cette petite tête de nègre.

Enfin M. de Semallé arriva le 17 mars, sans autre passeport français que les pouvoirs de Monsieur. Je le trouvai très changé. La fatigue et l'inquiétude l'avaient rendu malade. Il me raconta qu'il avait vu le comte d'Artois à Vesoul, et était revenu parce qu'il savait qu'il devait y avoir à Paris un agent de ce prince, muni de pleins pouvoirs. — « Que la femme de cet homme est heureuse! » m'écriai-je. — Cet élan l'enchanta ; car il avait d'abord

craint de m'inquiéter en m' apprenant la mission dont il s'était chargé. Il me confia alors que j'étais cette heureuse femme, et j'en éprouvai le plus grand plaisir.

Gomme la police se doutait de quelque chose, M. de Semallé ne pouvait faire un pas sans être suivi par des agents; ce qui ne l'empêcha pas de préparer, par des moyens de toutes sortes, le mouvement qu'il voulait opérer à Paris avant l'entrée des alliés. Dès le 19, il fit connaître ses pouvoirs à M. de Sèze et à toutes les personnes sur lesquelles il croyait pouvoir compter.

Marie-Louise fit la sottise de quitter Paris avec son fils. Une femme d'un autre caractère, qui se fût rendue au-devant de son père et lui eût demandé sa médiation auprès des souverains, eût, je le crois, bien dérangé nos projets. Mais il était écrit qu'ils devaient s'accomplir.

Le mercredi de la Passion, 3o mars, Tarmée alliée, qui avait passé la nuit aux portes de la capitale, l'attaqua de grand matin. Je fus éveillée par le canon. Que de sentiments ce bruit fit naître ou ranima dans mon cœur! M. de Semallé partit pour travailler à l'exécution de son plan ; et moi, je courus sur les boulevards, tout remplis de la fumée de la poudre. On attaquait Montmartre ; les bombes et les boulets tombaient de tous côtés. Je parcourus une partie de mon quartier, je pourrais dire comme une folle. Je n'avais nulle frayeur. Ou Paris, reconnaissant enfin ses souverains légitimes, allait se faire pardonner ses forfaits; ou Paris, coupable, allait bientôt en porter la peine : telles étaient les premières pensées qui se pressaient dans mon esprit. Cependant, vers dix heures, je réfléchis que ce jour de bataille pourrait être le dernier de ma vie, et que je ferais bien de prendre quelques précautions pour l'autre monde. J'entrai à l'église de l'Assomption, qui était déserte. Je n'y trouvai que le curé, M. de Jerphanion,

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frère du préfet de Ghaumont. Il avait l'air triste et pensif. Le calme qui régnait dans cet édifice, contrastant avec le fracas extérieur du canon qui ébranlait le dôme, me fît une grande et religieuse impression. Je sortis tranquille et heureuse, et je rentrai chez moi pour me munir d'argent. Je voulais en distribuer aux blessés, dont Paris était déjà encombré.

Je descendis la rue Saint-Honoré, et à tous les soldats que je rencontrais, j'offris un secours au nom du roi Louis XVIII. Le plus grand étonnement paraissait sur tous les visages. On me suivait sans rien dire. Parfois quelques voix s'élevaient, en m'entendant parler du Roi ; mais d'autres ne manquaient pas de répondre : « Le bien n'est-il pas toujours le bien? Peu importe au nom de qui il vienne ! » J'arrivai ainsi jusqu'à la place Vendôme, où de nombreux blessés étaient étendus sur le sol. Frappée de l'expression de douceur et de soufïrance de l'un d'eux, je l'abordai en lui présentant 20 francs. Il les refusa : « Donnez-les à un autre, répondit-il ; il me reste trop peu de temps à vivre. » Je le questionnai ; il m'apprit qu'il était du Nivernais, et que, pour la première fois, il avait été au feu le matin. Je lui dis que je voulais le soigner comme un soldat de mon Roi légitime, et que je souhaitais de pouvoir soulager ainsi tous ceux qui souffraient. La surprise des spectateurs redoublait à mes paroles ; on me regardait; on restait muet. J'aidai ce jeune homme à se lever, et nous gagnâmes la maison, où, après trois mois de soins, j'ai réussi à le guérir. Plusieurs personnes nous avaient suivis. En refermant ma porte, je leur dis : « A demain, mes amis; nous crierons tous : Vive le Roi I »

Cependant l'attaque de Paris était poussée avec vigueur. L'empereur Alexandre, voyant le grand nombre de victimes que faisait son artillerie, fît, dit-on, relever le tir,

pour épargner les assiégés. Vers trois heures après midi, une capitulation fut signée. Elle laissait aux troupes de ligne le reste de la journée pour évacuer la ville, et autorisait la garde nationale à les remplacer pour maintenir l'ordre.

Ce fut à ce moment que M. de Semallé et les personnes avec lesquelles il s'était entendu depuis le 1 8 organisèrent à grands frais ce mouvement « général et spontané, » que les alliés avaient demandé et qui devait paraître le vœu de la nation.

Au point du jour, le lendemain 3i mars, il envoya deux émissaires au quartier général des alliés, l'un au baron de KorfT, l'autre au comte de Langeron, pour les engager à favoriser la manifestation. C'est alors que j'arborai à ma fenêtre le premier drapeau blanc. La joie si inespérée de pouvoir dresser cet emblème au milieu de la capitale de l'empire de Napoléon me causa un tel saisissement, que je tremblais de tous mes membres; que je pouvais à peine articuler le premier cri de : « Vive le Roi ! » Il se fit aussitôt un attroupement sous mes fenêtres. Tout le monde s'arrêtait : le sentiment qui dominait était la surprise. Peu après, un corps de l'armée de Marmont étant venu à passer sur le boulevard pour se rendre à Versailles, des soldats virent flotter le drapeau blanc. Il y en eut qui, avec des gestes menaçants, crièrent : « Qui donc a cette audace? — C'est moi, répondis-je; et vive le roi Louis XVIII ! » — J'entendis : « Il faut brûler cette maison. — Vous n'en aurez pas le temps, répliquai-je vivement; les cosaques sont à la porte Saint-Denis. » Et ils continuèrent à passer.

Je ne rapporterai pas ici tous les détails de cette journée extraordinaire du 3i mars, qui a eu des résultats si immenses. Ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à donner

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l'élan. Enfin, il éclata, le mouvement royaliste ! Les mécontents se cachèrent. Notre parti, qui se sentait soutenu, se montra seul, et demanda à grands cris les Bourbons sur toute la ligne que devaient suivre les alliés. Les autres quartiers de Paris restaient mornes, et on y insultait aux insignes royalistes que l'on essayait d'arborer. Dans certains, la garde nationale témoigna un grand mécontentement.

Cependant, M. de Semallé se tenait sur la place Louis XV, près l'hôtel de Goislin. Il agitait un mouchoir blanc et faisait crier : « Vive le Roi ! » Survint un poste de gardes nationaux, dont le chef, en l'arrêtant, lui demanda u^ quel droit il voulait compromettre la ville de Paris et quels gages il avait à offrir à ses habitants. « Je leur offre pour garant, répondit M. de Semallé, la parole de leur Roi. » Et tirant aussitôt de sa poche les pouvoirs qu'il avait reçus de Monsieur, il les présenta aux spectateurs. On se tut. Un vieillard, chevalier de Saint-Louis, ancien officier dans l'armée de Gondé, saisissant le papier, s'écria : « C'est bien l'écriture du frère de notre Roi. Dieu a donc ramené ce bon prince parmi nous ! » Puis il rendit les pouvoirs à M. de Semallé, et lui dit : « Transmettez ce titre à vos enfants, Monsieur ; c'est celui de l'honneur et de la fidélité. » Alors des acclamations retentirent, et M. de Semallé fut entraîné jusque sous mes fenêtres. Les cris redoublèrent à la vue du drapeau. On le demanda, et je le jetai aussitôt. Il fut reçu à genoux et porté en triomphe au-devant des alliés.

Leur armée ne tarda pas à paraître sur les boulevards. Elle y fut saluée, acclamée par une foule qui donnait les marques de l'allégresse la plus vive. Quel imposant spectacle ! Quel effet il produisit sur tous les assistants ! On eût dit, à ce moment, que ce n'était pas un état-major

étranger, mais un roi, chéri de son peuple, qui rentrait dans sa capitale après une longue et glorieuse absence ; qu'il y revenait couvert de lauriers, et ramenant à ses enfants la paix et le bonheur. Les troupes étaient dans la plus belle tenue : généraux, officiers, soldats, tous portaient une branche d'olivier sur leur casque et un brassard blanc au bras. L'infanterie marchait sur trente hommes de front, la cavalerie sur quinze. La musique jouait, avec leurs airs nationaux, notre chant de : « Vive Henri IV ! » Les souverains s'avançaient au milieu de leur état-major, précédant leur garde.

Arrivés sur la place de la Madeleine, ils firent halte. Tant de monde était à mes fenêtres, tant de drapeaux y flottaient, tant de cris en partaient, que tous les regards s'y portèrent. Ivre d'espérance, agenouillée sur mon balcon, à l'ombre d'un grand drapeau blanc, je criai d'une voix forte et assurée : « Vive Alexandre, s'il nous rend nos Bourbons ! » L'empereur de Russie, étonné et attendri, me salua et dit avec vivacité : « Oui, Madame, vous les reverrez. Vive votre roi Louis XVIIl, et les jeunes femmes de Paris! » Un grand silence s'était fait pendant ce dialogue. Il fut suivi des plus chaudes acclamations. Les souverains et les généraux saluèrent du côté de nos fenêtres et continuèrent leur marche.

C'est ainsi que furent reçus, sur leur parcours, les vainqueurs de Napoléon. Ils durent croire que tous les Parisiens les regardaient comme des sauveurs et des amis, et qu'ils avaient été appelés par tous les vœux. Il n'en était pourtant pas ainsi. Dans une ville aussi populeuse que Paris, où tant de partis s'agitaient en i8i4, celui qu'une force majeure faisait triompher, quelque faible qu'il fût par lui-même, ne paraissait dominant que parce qu'il se mettait seul en évidence, et sans rencontrer d'opposition.

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Tous les royalistes s'étaient rassemblés sur un même point. On avait employé, je le répète, tous les moyens. L'argent avait servi à mettre en mouvement une populace toujours à la disposition de ceux qui la paient. En recevant l'argent que je distribuais, peu avant l'entrée des alliés, beaucoup de gens me demandaient ce qu'il fallait crier; plusieurs se trompèrent et crièrent : « Vive Louis XVII ! » Il y eut de la résistance dans plusieurs quartiers. Je manquai d'être étoufFée au coin d'une rue : on me pressait avec une intention malveillante. Je n'échappai au danger qu'en mettant mes mains sur les épaules de deux hommes entre lesquels je me trouvais, et en me soulevant au-dessus d'eux. Ils me portèrent, de cette manière, jusqu'au bout d'une autre rue, par où je pus me retirer.

Après le défilé des alliés, je parcourus Paris dans un boguet, sur le devant duquel était attaché un drapeau blanc. Ce drapeau fut salué avec enthousiasme sur toute la ligne suivie par l'armée alliée. Au milieu de la rue de Richelieu, je fus reconnue par un groupe nombreux. On me couvrit d'applaudissements : le cheval, la voiture, le conducteur et moi fûmes poussés jusque sur le boulevard. Dans le reste de Paris, on nous insultait; surtout du côté de la Cité et sur la place du Carrousel.

Je fis chanter, à ma paroisse de l'Assomption, le premier Domine, salçiim fac Regem, et, en souvenir, je donnai mille francs pour les pauvres du curé, M. Jerphanion. Le 10 avril, jour de Pâques, l'empereur de Russie fit célébrer pontificalement une grand'messe sur un autel élevé au milieu de la place Louis XV. Les chants étaient accompagnés par le canon et par une superbe musique militaire. Assise à une fenêtre de l'hôtel du garde-meuble qui donnait sur la place, j'assistai à cette imposante cérémonie. Ce sacrifice d'expiation, offert sur le lieu même où

mes parents et tant d'autres victimes avaient été immolés, me causa une vive émotion.

Le lendemain, M. de Semallé fut informé de l'arrivée de Monsieur à Meaux, et se disposa à l'y rejoindre. Je voulus être du voyage : M. le duc de Lé vis, qui se disait « mon chevalier, » demanda à nous accompagner. Quel voyage, grand Dieu! la route était encombrée de cadavres d'hommes et de chevaux. Il fallait sans cesse passer dans les champs pour les éviter. Des cosaques étaient campés à droite et à gauche, et, en fait, protégeaient les voyageurs contre des bandes de pillards qu'on disait organisées par un gros manufacturier, nommé Richard Lenoir i. Meaux était dans le plus triste état. La ville avait été plusieurs fois prise, reprise, pillée, et les Français, en l'abandonnant, avaient fait sauter la poudrière et détruit un quartier. Le prince se tenait dans la maison du maire, qui avait pris la fuite. Il avait pour gardes quatre cosaques, deux au bas de l'escalier, deux en haut. Je ne vis dans l'appartement que quelques chaises et une table de cuisine. Lorsque Monsieur fut averti de notre arrivée, il accourut à moi, prit mes mains, les baisa, en disant, d'une voix attendrie : « Je suis heureux que la première personne que je reçois ici soit la femme de mon bon commissaire. ))

La vue de ce prince, sa voix, ses manières, ses paroles, me causèrent un tel saisissement, qu'il me fut impossible de prononcer un seul mot. Je chancelais. Monsieur me soutint, me demandant si je souffrais. Revenue un peu à moi, je lui dis que la joie était plus difficile à supporter que la douleur, parce que, dans ce monde, ces sortes d'im-

I. Pourtant, peu après, Louis XVIII devait signer le contrat de mariage de sa fille.

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pressions nous sont bien plus étrangères. Je fis ensuite beaucoup de questions au prince, qui me répondit d'un air satisfait. En parlant de l'empereur d'Autriche, je dis vivement : « Ce vilain empereur. » Monsieur me montra aussitôt un chapeau orné d'une large cocarde blanche, et me dit : (( Ne l'appelez plus vilain : voilà ce qu'il m'a envoyé à Vesoul, » et il m'assura que ce souverain se dévouait dès lors à la cause des Bourbons.

Nous retournâmes à Paris, et Monsieur se rendit au château de Livry, à quatre lieues de la capitale, afin d'y arriver le lendemain, de bonne heure. Enfin, le mardi 12 avril, il fit son entrée dans Paris. Il me reconnut à Notre-Dame et, à ma grande joie, me tendit la main.

Napoléon quitta Fontainebleau le 20 avril, pour se rendre à l'île d'Elbe. Les Français, qui, tant de fois, l'avaient enivré de leurs louanges et de leurs bruyantes acclamations, se répandirent contre lui en menaces, en reproches et en injures. Plusieurs fois il faillit perdre la vie. Que les hommes sont donc misérables !

ïalleyrand, qui avait déjà reçu Monsieur à la porte de la capitale, se rendit peu après à Saint-Ouen. Il y harangua le Roi, qui y donna sa fameuse déclaration, où il disait que les ventes des biens du clergé et des émigrés seraient irrévocables. Après tous les sacrifices des royalistes, que pouvait-on faire de plus pour consacrer les spoliations de la Révolution? Voilà sous quels auspices revenaient les Bourbons ! Aussi, combien de temps sont-ils restés sur le trône? Talleyrand, au grand scandale du monde, fut nommé ministre de l'intérieur par le philosophe Louis XVIII. Ce fut un beau triomphe pour la philosophie et l'impiété !

D'autre part, les anciens Vendéens, les émigrés, les royalistes qui avaient été particulièrement persécutés,

affluaient à Paris. Presque tous avaient vendu leur dernier champ, employé leur dernier sou afin de venir contempler de leurs yeux le maître pour lequel ils avaient fait de si lourds sacrifices. Ils venaient offrir leurs bras et le reste de leur sang. Mais on les repoussait, parce que les Bourbons, rappelés, comme on l'a vu, par le « vœu de la nation, » ne pensaient plus avoir besoin de ces fidèles et braves serviteurs. Alors ils venaient trouver les commissaires du comte d'Artois, dont la demeure leur était connue par les journaux. Gomme nous les recevions de bon cœur, M. de Semallé et moi ! Gomme nous leur donnions volontiers de de quoi regagner leurs foyers ! Le père de Georges Gadoudal fut un de nos obligés. Nous sûmes aussi que le bon abbé Garon, entre les mains de qui tant d'argent avait passé, était retenu dans un hôtel garni dont il ne pouvait sortir, faute d'avoir de quoi payer. Il s'y trouvait avec les dames de la charitable maison qu'il avait fondée. M. de Semallé courut lui remettre le nécessaire, puis obtint, pour son établissement, une maison avec une rente de vingt-cinq mille francs.

Quand le Roi reçut les députations des provinces, celle du Maine demanda à avoir à sa tête M. de Semallé, qui refusa et passa le dernier. En entendant son nom, le Roi dit très haut : « Je suis charmé de vous voir, monsieur de Semallé. Je sais les éminents services que vous m'avez rendus. Ils sont gravés dans mon cœur et rien ne pourra les en effacer. » M. de Semallé fut heureux d'entendre ces paroles. Il a bienfait de les garder dans son souvenir, car jamais il n'a reçu d'autre récompense.

listes des pages de i787 a i79o i.

1° — Avant la Réforme (1787).

Chambre du Roi.

Gouverneur des pages : d'Alvimare.

Sous-gouverneur : chev. de BoisdefFre.

Pages :

de Tuomelin. chev. de Guéhéneuc.

de Sainte-Hermine. de Molans.

de Bigny. d'Hézecques.

de Montlaux. de Noaillan.

Grande écurie.

Grand écuyer de France : le prince de Lambesc. Premier écuyer : le marquis de Eriges.

Ecuyer commandant : de Lançon.

1. Ces listes ont été composées d'après des notes écrites par M. de Seraallé sur des almanachs de la Cour et de Versailles, sauf la liste de la Grande écurie en 1789, qui est empruntée aux Souvenir^ d'un page par le comte d'Hézecques. — Nous omettons les listes qui vont de 1790 jusqu'à la chute de la monarchie, parce que, pendant ces dernières années, M. de Semallé avait cessé d'être page.

Écuyers ordinaires :

chev. d'Abzac.

Gouverneur des pages : du Duit de Romainville.

Sous-gouverneurs :

de Servan.

Pages :

de la Bigne

du Theil.

de Corn,

de Saint-Ours,

de Lastours.

d'Ordières.

de Gaorches.

de Chamisso.

de Maillan.

de Fribois.

de Genevières.

de Lavardac.

de Navailles.

chev. de Gamarzac.

de la Roche du Rouzet.

de Longueville.

Duhommëel.

chev. de Mesnard.

chev. de Landorthe.

de Parlan.

de Toulouse de Lautrec.

de Terves.

de Séguier.

de la Barre.

de Gain.

de Gorcelles.

de Ghabans.

premiers pages.

de la Biochaie

de Laurens.

de Praslin.

du Theil.

chev. de la Planche.

de Fontillaye.

chev. de Maumigny.

chev. de Bournazel.

de Tryon.

de Maisières.

de Fontaine.

chev. de Bernetz.

de Saint-Pol.

chev. de Ghampsavoy.

d'Haute ville.

du Bouetiez.

de Bec de Lièvre.

de Javerlhac.

de Ghateauthierry.

de Villers-la-Faye.

de Kerguesec.

de Maumont.

de Semallé.

Petite écurie.

Premier écuyer : duc de Goigny.

Gouverneur des pages : de Bourgnon.

Sous-gouverneur : de Gourtade.

de RoUat.

de Chaffoy.

de Lionne.

de Méritens.

de Foucault.

de Tryon.

de Vigny.

de Canchy.

de Reclesne.

de Sainte-Colombe.

de Pons.

de Gussy.

de Ripert.

de Villeneuve.

de Neuville.

de Bonal.

chev. de Montcbal.

de Ramfreville.

de Lemps.

des Essarts.

Pages :

de Brusse.

de Saint-Sauveur.

de Saint-Mauris.

de Saint-Meymy.

chev. de Montaigu.

de Mondion.

du Dressier.

de Léaumont.

de Franque ville.

de Badens.

de Vivens.

de Fouler.

de Nattes.

de Noblet.

de Lastic.

de Lescalle.

de Létourville.

de la Motte.

de Béraud (de Gourville).

d'Arzac.

Pages de la vénerie :

de Vaudeleau. de Gacqueray.

Écuries de la Reine :

Premier écuyer : de FrouUay de Tessé.

de Beaumont (i^'

d'Anstrude.

de Poix.

Hotman.

de Belot.

de Laporte.

Pages :

page). de la Ghevallerie.

de Saint-Aulaire.

de Saint-Pern.

de Goussencourt.

de Séguins.

de Bellemare.

de Luppé.

Renaud de Beauregard.

de Sainte-Croix.

de Marquessac.

chev. de Brusse.

de Rocheblave.

Écuries de Monsieur :

Pages :

de Guilhem de Sainte-Croix.

Foulon du Bosque.

de Castelbajac.

chev. d'Antin.

du Puch.

de Marolles.

de Fontenay.

de Couasnon.

de Hautbouté.

de Vassal, de la Varenne.

de Marigny.

de Caire, de la Faille, de Nexon.

de Courcy.

de Parny.

de Lux.

Chambre de Monsieur :

Pages :

de Rosencourt.

Écuries de Madame :

Pages :

de Méré.

de Beaucorps.

de la Roque, de Boisrenard.

Écuries du comte d'Artois :

Pages :

de Pages de Beaufort.

chev. du Verne.

Le Merchier de Boishurin.

de Ripert.

Odart de Rilly.

Chambre du comte d'Artois :

Pages :

Peraud de la Béraudière. d'Hautpoul.

du Boisbéranger. chev. du Pontavice.

Écuries de la comtesse d'Artois :

Pages :

de Moismont.

de Fages.

de la Vieil ville.

du Bost.

du Chambon.

de Preigne.

de Mannoury.

d'Aubry.

2° — Après la Réforme (i^88). Écuries du Roi.

Premiers

d'Ordières.

de Landorlhe.

pages :

de Lionne.

Pages du Dauphin :

du Dressier.

de Lastours.

de Chamisso.

du Poérier.

de Badens.

de Fontaine.

de Lastic.

de Bernetz.

de Létourville.

de Saint-Pol.

de la Motte.

de Ghampsavoy.

d'Hauteville.

du Bouetiez.

de Bec de Lièvre.

de Javerlhac.

de Ghateauthierry.

de Villers-la-Faye.

de Kerguezec.

de Maumont.

de Semallé i.

Pages :

de Gastillon.

de Saunhac.

chev. du Dressier.

de la Forest.

de Franque ville, de Saignes, de Barde.

d'Asson.

d'Adhémar.

de Litteau.

de Savignac.

de Bournazel.

de Roquefeuille.

de Vaugiraud.

de Quelen.

Le Vaillant, de Boucher, de Larmandie.

de la Tude.

de Griffolet.

I La troupe du château de la Bavière, dont mon grand-père faisait partie pendant qu'il était page (voir p. 12), se composait, vers 1589, de MM. de Louvigny, H. de Labédoyère, de Vauvineux, Laborie, de Semallé; et de

36o APPENDICES.

de Fontaine. de Grave,

de Pardieu. de Boucherat.

du Faur. chev. de Lionne.

Entrées postérieures a la Réforme.

A la Grande écurie, en lySg :

de Giverville. de Bourgogne,

de Bigny. de Vauquelin.

de Dienzie. de Gantwel.

de Sarrazin. de Conseil,

de Boisfremont. chev. de Ghamisso.

de Montlezun. de Ghampenois.

de Belatte. sir Henry Swinburn.

de Longueval. de Ghavigny.

Gh. de Saint-Pol. Bonnet de Belon.

Dartaize de Mekenem. Le Douarin.

de Biencourt. de l'Espine.

de Grandaile.

Aux écuries de la Reine, en iy88 :

de Fontaine. de Sailly.

de Forges de Ghâteaubrun. de Goyon.

de Salvert. de Garbonnières.

de GourcivaL

en lySg :

de Nogent. du Dresnoy.

de Gourcy.

Aux écuries de Monsieur, en iy88 :

de la Marlière. de Glinchamp.

de Magnos. de Bonneval.

M"»' de Maupeou, de Louvigny, Laborie, Levayer. Elle a joué des pièces de Racine (Les Plaideurs), de Régnard (Les Folies amoureuses), de Destouches (La Fausse Agnès, Le Philosophe marié), de Marivaux (Les Jeux de l'amour et du hasard), etc.

APPENDICES. 36l

en lySg :

de la Girouardière. de la Garde,

de Baronat.

Aux écuries de Madame, en iy88 :

du Tertre.

en lySg :

de la Bussière. du Ghatelet.

Aux écuries du comte d'Artois, en ij88 : de Meautry. de Mille ville.

en ij8g :

de Migot. de Magnac.

de Tropbriant. de Labarthe.

Aux écuries de la comtesse d'Artois, en iy88 : de Ferlet. du Roy.

de Boissinard. d'Alcary de la Rivière,

de Patrix.

en iy8g :

de Robertfort. de Reste.

d'Abené.

Aux pages de la vénerie, en iy88 :

de Gacqueray de la Fontenelle.

en iy8g :

de Bofïles.

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