‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 43 sur 60 · MEMOIRE DU GENERAL DE TILLY · texte numérisé non relu

MEMOIRE DU GENERAL DE TILLY

Le 22 frimaire an II, 12 décembre 1793, je commandais l'armée des côtes de Cherbourg, disposé à profiter de toutes les circonstances pour servir l'auguste maison de Bourbon. Il s'en présenta une, pour ainsi dire infaillible : pour ce, il fallait un prince, et mon malheur voulut qu'il en fût autrement. J'avais connu M. le comte de Semallé lorsqu'il était page du Roi; je l'avais revu à Liège en 1791 et après la campagne de 1792; je connaissais tout son dévouement au Roi : il sait que je cherchai à seconder ses desseins et à favoriser ses entreprises.

En 1796 (janvier), je fus revêtu du commandement en chef des neuf départements réunis i ; je m'occupais des dispositions nécessaires pour servir mon légitime souverain, lorsque je fus nommé successivement chef de l'état-major général des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse. M. le comte de Semallé n'a point oublié tous les moyens que j'employai pour servir et protéger les personnes dévouées à la bonne cause, et qu'il m'adressait, soit pour leur faire passer les frontières, soit pour les faire rentrer en France.

Peu avant le 18 fructidor, j'étais chef de l'état-major de l'armée de Sambre-et-Meuse. M. le comte de Semallé vint de Paris me prier de lui faciliter les moyens de se rendre à Francfort, où il fut, et fit rentrer des émigrés pour soutenir le mouvement.

I. On sait qu'on appelait ainsi les nouveaux départements formés en Belgique.

Le moment de servir le Roi me parut arrivé lorsque, le 7 messidor an VII (26 juin 1799), je fus nommé au commandement en chef des 24® et 25^ divisions militaires. Mon quartier général était à Bruxelles. M. le comte de Semallé s'y rendit, et se présenta alors à moi comme agent intérieur et secret de l'armée royale de Normandie, dont le brave et malheureux comte de Frotté était le chef. Il me montra des dépêches de ce général, écrites des environs d'Argentan, et plusieurs lettres de madame la duchesse de Ghoiseul, veuve de l'ancien ministre de ce nom. Nous concertâmes nos mesures, d'abord pour sauver les naufragés de Calais, pour lesquels M. le comte de Semallé et madame la duchesse de Choiseul travaillaient depuis quelque temps. Il fut décidé que M. le comte de Frotté, ainsi qu'il se le proposait, se rendrait dans l'étendue de mon commandement, avec les troupes sous ses ordres, passant la Picardie, la Flandre, où il avait des partisans, ainsi que dans la ville de Lille. En même temps, favorisé par l'invasion de la Hollande que projetaient les Russes, je disposai tout pour que M. ]e comte de Semallé s'embarquât à Ostende et allât à Londres supplier un de nos princes de se rendre dans la Belgique, où mon commandement en chef i et plus encore, j'ose le dire, la conduite que j'y avais tenue, me donnait un pouvoir absolu. Mais, soit que les Russes connussent mal le terrain, soit qu'ils ne fussent pas soutenus comme ils paraissaient le croire, ils furent battus par le général Brune, qui cependant pensait à la retraite. M. le comte de Semallé, qui s'était rendu en Hollande pour me tenir au courant de l'opération, revint désespéré m'annoncer notre malheur.

Peu de temps après, M. le comte de Semallé fut incarcéré avec M. Humbert, ancien avocat de Nancy, qu'il avait ramené de Francfort sous le nom de Michaelis, et qu'il avait employé pour faciliter la marche des troupes venant de Normandie.

1. D'après un arrêté du 27 fructidor an VII (i3 sept. 1799). « Le général Tilly, commandant les neuf départements réunis, est placé sous les ordres immédiats du général Brune, commandant en chef en Batavie. »

Sur l'avis qui m'en fut donné par M. Lépine, commissaire des guerres employé à Beauvais, je les fis mettre en liberté par le ministre de la police et le général Bernadotte, alors ministre de la guerre, maintenant prince royal de Suède.

Une partie de ces projets, connue de Bonaparte, fut cause de l'assassinat de M. le comte de Frotté et de son état-major; je perdis mon commandement.

Du nombre des naufragés de Calais étaient MM. le duc de Choiseul-Stainville, pair de France ; le marquis de Vibraye, pair de France, aide de camp de S. A. R. Monsieur ; le chevalier de Montmorency. Si ces messieurs n'ont point encore perdu le souvenir de leurs souffrances, ils n'auront pas perdu le souvenir de ce que j'ai voulu faire pour eux.

Jaloux de faire connaître à mon Roi que, dans tous les temps, il dut me compter au nombre de ses plus fidèles et dévoués serviteurs, il m'importe d'avoir l'assertion de personnes qui peuvent en donner l'assurance.

Le comte de Tilly, lieutenant général des armées du Roi i.

Le soussigné certifie que tous les faits cités par M. le lieutenant général comte de Tilly sont à ma connaissance; que, particulièrement en l'an VII, toutes les dispositions furent faites par ce général pour sauver les naufragés de Calais, qui alors étaient aux casemates de Lille, et qu'à la même époque je me suis rendu près de lui, de la part de M. le comte de Frotté, pour le service du Roi.

En foi de quoi j'ai signé ce certificat comme conforme à la vérité, qui peut toujours être justifiée, ayant conservé entre mes mains une partie des pièces originales, A Paris, ce 7 septembre 1816.

Signé : Le comte de Semallé.

I. Le général Delaistre de Tilly (Jacques-Louis-François), né à Vernon en ij49> mort à Paris le 10 janvier 1822. — Pendant l'Empire il avait servi surtout en Espagne. Il était à la retraite depuis le mois de septembre i8i5.

C'est un hommage que je dois à la vérité et à la reconnaissance, de déclarer la vérité de tout ce qui est contenu dans cette note relativement à mes compagnons d'infortune et à moi. M le comte de Semallé pénétrait quelquefois dans les casemates de la citadelle de Lille et nous apportait des espérances, toutes fondées sur ses communications avec M. le lieutenant général de Tilly ; il nous donna de sa part toutes les assurances possibles, non seulement d'intérêt, mais de tentatives pour nous délivrer. Les circonstances, qui changèrent les événements de Hollande en l'an VII, ne permirent pas l'exécution de ses généreux desseins ; mais ses sentiments et offres de ses services sont toujours gravés dans ma mémoire et dans mon cœur.

Signé : Le duc de Ghoiseul i.

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