AFFAIRE DE LA STATUE DE NAPOLEON
M. de Semallé au ministre de l'intérieur, 22 août 1818.
Il importe à M. le duc de Polignac i et à moi de faire constater, dans le procès-verbal de rétablissement de la statue de Henry IV, que le bronze provenant de celle de Bonaparte, ci-devant placée sur la colonne de la place Vendôme, est entré dans la fonte du bronze du cheval du Bon Roi et qu'elle a été par nous offerte au comité de souscription.
S. A. R. Monsieur, alors régent du royaume, ayant mis à notre disposition cette statue, nous autorisa à la vendre, et à prélever les frais de sa descente sur le prix qui en proviendrait, sauf à compter le surplus de ce prix 2.
Ces frais se sont élevés à trois mille six cents francs, qui n'ont rien coûté à l'Etat, et dont le remboursement a même été refusé par ceux qui en avaient fait les avances, en sorte que, bien que la statue n'ait pas été vendue, ses frais n'en ont pas moins été payés à l'artiste, M. Launay i, que nous avions chargé du soin de la descente en se faisant seconder par la force armée que lui procura M. le comte de Rochechouart, alors commandant de la place de Paris, de concert avec M. Pasquier, alors préfet de police.
1. Le 21 août 1818, le duc avait demandé que cette constatation fût faite également en son nom : « Je m'en rapporte sur cela entièrement à vous, mon cher Semallé, étant aussi intéressé que moi à perpétuer le souvenir et la preuve de notre constant et ancien dévouement au Roi légitime et à la famille des Bourbons..,. »
2. Le marquis de La Maisonfort à M. de Semallé ; palais des Tuileries, 4 juin 1814 : « S. A. R. Monsieur me charge de vous autoriser à vendre la statue en bronze de Bonaparte qui était à la place Vendôme, et, sur la somme qui en formera le prix par vous fixé, à payer les frais avancés pour faire descendre cette statue. Quant au surplus du prix, vous voudrez bien me le faire remettre. »
Ayant différé de vendre cette statue jusqu'au retour du Roi, nous crûmes devoir demander de nouveaux ordres, et ce fut alors que Sa Majesté, par l'intermédiaire de M. le comte de Blacas, ministre de sa maison, confirmant et ajoutant à ce que S. A. R, M. le comte d'Artois avait ordonné, décida que cette statue était entièrement à notre disposition, et que nous pourrions en faire tout ce qu'il nous plairait. Nous eussions donc pu la vendre et en recevoir le prix, moins les frais de descente. Mais nous ne la vendîmes pas, pour éviter que cette statue ne servît de trophée en pays étranger, et nous trouvâmes plus convenable et plus piquant que ce monument d'orgueil fût fondu avec le bronze nécessaire à la composition du cheval de Henry IV.
Cette idée, écartée d'abord par ceux à qui on la proposa, ayant été admise depuis, et, qui plus est, effectuée, nous impose l'obligation de faire constater ces faits; chose d'autant plus nécessaire qu'elle doit détruire l'opinion, répandue à cette époque, que la statue avait été conduite en Russie, et perpétuer le souvenir de notre dévouement au Roi légitime et à la dynastie des Bourbons.
Nous devons ajouter que nous nous empressâmes d'autant plus d'employer notre influence pour faire effectuer la descente de la statue, par les procédés de Tart, que le peuple, dans son ivresse, voulait, en la limant par le pied (chose commencée), la faire choir du haut de la colonne ; ce qui aurait infailliblement causé beaucoup de malheurs.
La lettre que j'ai adressée hier à Votre Excellence pour lui demander un moment d'audience avait pour objet de lui dire de vive voix ce que contient la présente 3....
I. Launay a publié, en iSaS, une brochure très curieuse, intitulée « Relation des faits qui se sont passés lors de la descente de la statue de Napoléon, etc. » Plusieurs des pièces dont il rapporte le texte se retrouvent en copie dans les papiers de M. de Semallé (voir notarament p. i3, i5, 3o, etc.).
a. Le ministre de l'intérieur, M. Laine, répondit le 29 août : « Votre lettre me serait parvenue trop tard pour qu'on eût pu, dans aucun cas, y donner suite. Mais, d'un autre côté, le procès-verbal dont il s'agit ne doit