‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 55 sur 60 · ÉTAT DES SERVICES DE M. DE SEMALLÉ · texte numérisé non relu

ÉTAT DES SERVICES DE M. DE SEMALLÉ

9 juin 1814 ï.

Sorti de l'école militaire de Vendôme pour entrer page du Roi à la grande écurie, le 2 octobre 1786, il avait de M. le prince de Lambesc la promesse d'être premier page ; mais la réunion de tous les pages aux pages du Roi fut cause qu'il quitta, le 17 avril 1790. Il fut présenté le 25 avril au Roi. Il n'a point eu de brevet, ainsi que ses camarades, mais une lettre du ministre de la guerre, qui lui accordait, de la part du Roi, dix ans d'activité à la suite de l'armée, en attendant remploi que le Roi devait lui donner dans ses troupes. Il fut représenté à Sa Majesté que la réforme ayant porté sur M. de Semallé, comme le plus jeune des pages, à qui la promesse de premier avait été faite, il ne jouirait pas de cet avantage si on ne lui donnait ^qu'une place de sous-lieutenant. Le Roi eut la bonté de répondre que les circonstances qui avaient nécessité la réforme n'influeraient en rien sur le grade qui serait accordé à M. de Semallé par la suite.

Emigré au mois de février 1791, il arriva à Bruxelles. Il y était lors du passage de S. A. R. aujourd'hui Louis XVIII. Il

contenir que ce qui s'est passé le 25 en présence du Roi, et non lors de la fonte ou auparavant. » — M. de Semallé, ne pouvant accepter une fin de non-recevoir aussi complète, demanda au moins « un certificat, ou tout autre acte » constatant l'emploi du bronze provenant de la statue de Napoléon. Cette démarche demeura également sans efi'et.

I. Cet état de services était joint à une lettre adressée à Monsieur. « Voulez-vous, Monseigneur, écrivait M. de Semallé, faire pour moi une demande d'officier supérieur dans le corps des chevau-légers, ou, ce qui me plairait bien davantage, promettez-moi de me nommer, même par la suite, à une place qui m'attache particulièrement à votre personne. On ne peut vous être plus attaché que je ne suis : mon cœur et mon devoir se trouveraient toujours d'accord.... »

eut l'honneur de lui être présenté par M. le duc de Villequier. De Bruxelles, il fut à Goblenz, où il eut de nouveau l'honneur d'être présenté à LL. AA. RR. Monsieur et Monseigneur le comte d'Artois. Il entra dans la i'"® compagnie noble d'ordonnance, dite chevau-légers, où il avait des parents et des amis. Il y a fait la campagne de 1792 i.

Réformé à Liège, il se retira en Hollande, de là à Dûsseldorf, puis à Essen. Six mois après, il prit du service en Hollande, dans le corps de Steerenbach, sous les ordres du colonel Breit. Il avait cent vingt hommes sous ses ordres. Peu avant la prise de la Hollande, M. le duc de Laval lui fit proposer, à Utrecht, par MM. de Vaudreuil et de Changé, officiers dans son régiment, d'incorporer ses hommes, et qu'il en conserverait le commandement au service anglais. M. de Semallé ne crut pas pouvoir, malgré les circonstances, accepter cette proposition. Il partit pour Delft, et fut licencié après le départ du stathouder pour l'Angleterre. Il fit retraite, de la Hollande, par le Zuiderzée gelé, arriva à Brunswick, d'où il se rendit à Essen, en Westphalie, où s'était retiré son colonel.

Après avoir été quatre mois très malade des suites de cette campagne, il revint en France, dans l'espoir d'y mieux servir les intérêts du Roi. Il prit le nom de Dujardin, naturel lié-

I. Nous citons ici un ordre, daté de Bingen le 3o juillet 1792, et signé par Louis-Stanislas-Xavier et par Charles-Philippe (frères du Roi) :

« La première compagnie noble d'ordonnance du Roy, qui est à Kirchberg en partira le 2 d'août pour aller loger le même jour à Guntzerodt, près Muntzelfeld et environs; le 3 à Morbach et environs, direction de Trêves ; le 4 à Taumen et environs, allant vers Conzerbruck, d'où elle se rendra, le 5, au camp de Pellingen.

« Les tentes et les effets de campement lui seront fournis sur l'emplacement du camp.

« Quoique les princes aient ordonné qu'aux lieux de passage ci-dessus, les fourrages nécessaires pour la subsistance des chevaux seraient fournis en leur compte, partout où, faute de temps, cette fourniture n'aurait pas été faite ou ne se trouverait pas complète, l'état-major de la compagnie ci-dessus est autorisé à se procurer des fourrages dans le pays, à en faire le prix, et ils seront payés par le trésorier des princes. Il en sera de même pour le prix des voitures nécessaires pour la route. »

geois; arriva comme secrétaire du baron de Rickholdt, son ami, jusqu'à Liège, où, apprenant qu'il devait y avoir du mouvement à Paris, il en prit la route. Il passa par le château du Fayel, près Gompiègne, appartenant à M. le marquis de Rouhault. Compromis dans l'affaire du i3 vendémiaire, et obligé de se sauver, il fut poursuivi. M. le marquis et M"^^ la marquise de Rouhault, arrêtés chez eux, furent interrogés sur ce qu'était le nommé Dujardin, qu'ils avaient reçu. Les commissaires envoyés de Paris pour les interroger les mirent en surveillance pendant plusieurs mois.

M. de Semallé eut le temps de gagner Tournay et Thorn, près Ruremonde, où il resta caché quelque temps chez le baron de Rickholdt. Il fit rentrer par Wesel M. de Frébourg, son beau-frère, capitaine au régiment de Navarre, et M. le prince de Béthune.

Toujours dans l'intention de servir le Roi, il revint à Paris sous le nom de Dujardin. Il y fut dénoncé, quelques jours après, et poursuivi. Il se retira à Rouen, où il reprit son véritable nom, après avoir obtenu un certificat à neuf témoins, pour constater sa résidence en France depuis le i5 février 1791. Ce certificat fut reçu à son département le 3 pluviôse an V, son extrême jeunesse ayant empêché qu'il ne fût porté sur la hste des émigrés.

Il se retira quelque temps dans sa famille, pour accoutumer à sa présence ; puis revint à Paris, où il se lia avec plusieurs généraux et gens en place, ne perdant jamais de vue la cause qu'il voulait servir. Il retourna en Normandie et eut plusieurs conférences avec M. de Frotté, son parent et son ami. A ce sujet, il lui fit passer, de Paris, des renseignements et des munitions. Nous arrêtâmes ensemble que, pour donner plus de force au parti des royalistes, qui alors dominaient, et dont Pichegru, l'abbé Brotier et autres étaient les chefs, il fallait tâcher d'augmenter le parti en faisant rentrer des émigrés en état de commander dans les départements de l'ouest. D'après diverses considérations, M. de Semallé se décida à aller à Francfort et, pour ne pas compromettre le secret, il écrivit au

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général de Tilly, alors inspecteur en Hollande, de l'autoriser à prendre une feuille de route comme son secrétaire, pour aller le rejoindre. Il arriva à Francfort, y délivra des passeports qu'il avait apportés en blanc, et, par ce moyen, fit rentrer beaucoup d'émigrés, dont beaucoup ont été depuis chefs de chouans. C'est à cette époque que M. de Semallé fit connaissance avec M. de Trogoff', à Francfort. Il revint à Paris, où la réaction du i8 fructidor fit malheureusement échouer tous ses projets.

M. de Semallé, très compromis, se retira dans le Maine, au château de son père, où on vint pour l'arrêter. Il eut le temps de se sauver; son domestique seul fut pris. Il gagna Rouen, où il apprit que son beau-frère, M. de Frébourg, venait d'être arrêté à Paris. Il s'y rendit et parvint, par ses relations avec des gens en place qui pouvaient se trouver compromis, à sauver M. de Frébourg, qui fut le seul acquitté sur trente qui furent jugés par la commission militaire : les autres furent fusillés.

La réaction du i8 fructidor avait fait resserrer les naufragés de Calais, et on avait des inquiétudes très grandes sur leur sort. M. de Semallé, conjointement avec M"^^ la duchesse de Choiseul, entreprit de les sauver. Il fut à Lille ; gagna le commandant de la citadelle et des officiers généraux. Tout était préparé et aurait réussi, sans une indiscrétion qui faillit coûter la vie à M. de Semallé, causa la destitution du commandant de la citadelle, que M"^® la duchesse de Choiseul a, depuis, fait replacer dans un régiment de ligne, par le père du maréchal Berthier.

Vers ce temps-là, M. de Semallé entendit parler de l'expédition des Anglais et des Russes contre la Hollande; il rejoignit à Bruxelles le général Tilly, qui commandait les neuf départements réunis de la Belgique. Son intention était de les lui faire livrer aux princes. Tout était convenu; mais les Anglais n'ayant pas soutenu les Russes, ces derniers furent faits prisonniers, et cette affaire, comme les autres tentatives, n'eut aucune suite.

De retour en Normandie, M. de Semallé eut encore un rendez-vous avec M. de Frotté, qui le sollicita de réunir la Picardie et la Flandre à l'armée de Normandie, ou au moins à y faire des partisans. M. de Semallé se rendit au Fayel, près Gompiègne, chez M. le marquis de Rouhault. Il chargea M. Humbert, ancien avocat au parlement de Nancy, émigré qu'il avait ramené avec lui de Francfort, d'aller à Amiens, Lille, etc., pour essayer l'exécution de ce projet. Au bout d'un mois, M. Humbert (connu sous le nom de Michaélis), revint lui offrir six cents jeunes gens disposés à rejoindre en Normandie et à soulever la Picardie, si on voulait leur donner l'assurance qu'il débarquerait un prince français en Normandie ou en Bretagne. Cela fit un peu de bruit : M. de Semallé fut dénoncé et arrêté au Fayel, le i3 thermidor an VII. La femme du général de Tilly et Bernadotte, alors ministre de la guerre , assoupirent cette affaire , le firent remettre en liberté, et, le 3 fructidor, il lui fut permis de retourner dans sa famille.

A peine arrivé en Normandie, il eut un rendez-vous de nuit avec M. de Frotté, chez M. de Tertu, près Argentan. Il lui rendit compte des conditions que les royalistes de la Picardie et de la Flandre mettaient à leur mouvement ; mais alors les circonstances fâcheuses ne permirent pas de faire cette proposition aux princes, Bonaparte ayant déjà traité avec MM. d'Autichamp et de Bourmont.

Peu de jours après, M. de Semallé tomba malade à Alençon. M. de Frotté, forcé de se rendre, lui envoya plusieurs fois M. du Verdun pour le consulter. Il lui conseilla de ne pas se rendre en personne, connaissant la haine que Bonaparte lui portait ; mais toutes ses représentations furent inutiles. (On peut voir à ce sujet la relation de l'arrestation et de la mort de M. de Frotté, donnée par M. de Bruslart à Paris, très peu de temps après, et portée en Angleterre.)

M. de Semallé, à Paris et en Normandie, a toujours été surveillé. Il fut arrêté deux fois, la dernière en 1809, au sujet des affaires de MM. d'Aché et Bertier de Sauvigny.

Enfin, en 1812, la guerre ayant été déclarée à la Russie, toutes les espérances de M. de Semallé se renouvelèrent. La défaite de Moscou les augmenta. Celle de Dresde l'engagea à s'entendre avec quelques amis en Normandie, où sa conduite servait de boussole à beaucoup de personnes. Dès le mois d'août, il apprit que les mouvements qui s'étaient élevés dans le Maine étaient tempérés par les ordres mêmes du Roi ; ce qui lui fit craindre d'agir dans un sens contraire aux intérêts qu'il voulait servir. Au mois de septembre il vint à Paris, où des personnes, qu'il ne nomme pas, lui proposèrent d'entrer dans un parti formé contre Bonaparte, mais qui voulait d'abord la régence. On voulut lui faire envisager ce moyen comme devant, par suite, ramener les Bourbons. M. de Semallé, trouvant ce moyen trop dangereux, refusa de s'entendre avec ces personnes et se rallia à de vrais amis du Roi. Dès le mois de novembre sa maison devint, plus que jamais, le rendez-vous des purs royalistes. Il fut convenu, après quelques délibérations, qu'on ne pourrait travailler utilement sans avoir vu un prince et sans savoir de lui quels moyens il faudrait prendre pour le service du Roi. M. de Semallé se décida donc à partir pour la Bourgogne.

Peu de jours avant son départ, arriva de cette province M. Gustave de Virieu. Son opinion était si bien connue de M, et de M™^ de Semallé, que cette dernière lui fit confidence du projet de son mari et voulut l'engager à y prendre une part active. M. de Virieu confia alors à M"*^ de Semallé le secret d'une mission que lui-même avait reçue. Il la tenait de personnes qui, désirant agir, ne voulaient pas le faire sans avoir l'assurance, des Princes alliés, que si un mouvement favorable à leurs armes n'empêchait pas la paix avec Bonaparte, il y aurait, dans le traité de paix, une capitulation pour toutes les personnes qui auraient pris part à ce mouvement. M. de Virieu devait se rendre, le plus tôt possible, au quartier général des alliés. M'"^ de Semallé, voyant que la mission qu'avait M. de Virieu pouvait s'exécuter en même temps que le projet conçu par son mari, engagea ces messieurs à partir

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ensemble; et c'est ce qu'ils firent dans la nuit du 4 au 5 janvier. M. de Semallé fut retenu en Bourgogne par les diverses marches des troupes; il fit plusieurs voyages à Dijon. Deux fois il fut arrêté sur la route et manqua périr. Il assembla un conseil royal à Dijon et tenta, avec beaucoup d'autres personnes, d'opérer un mouvement après l'entrée des alliés, qui s'opposèrent à ce miouvement. M. de Semallé ne put se rendre à Vesoul que le 28 février. Il ne vit S. A. R. Monsieur que la nuit, et retourna à Dijon, où il reçut, au bout de quelques jours, les pouvoirs du prince.

M. de Semallé fut assez heureux pour gagner la capitale, en passant par Châtillon. Sur la route, il s'entretint avec le prince Liechtenstein, qui commandait à Auxerre, et avec le général Gyulay, qu'il rencontra à Sens.

Il arriva à Paris dans la nuit du 17 au 18 mars. Il a passé treize jours dans cette ville, ayant les pouvoirs du prince et sachant que son signalement était donné à la police. Il s'est vu suivi plusieurs jours, et avait fini par ne plus sortir que la nuit.

Avant l'entrée des alliés, M. de Semallé a envoyé MM. de Douhet et de Villeneuve à M. de Langeron et au baron de Korff, pour les instruire du mouvement qui devait avoir lieu dans la capitale, leur demander des proclamations, et du secours s'il en était besoin. M. de Semallé avait fait imprimer des proclamations dans la nuit. Dès le matin, elles furent affichées dans Paris avec celles du prince Schw^arzenberg.

Dans la nuit du 3o au 3i, M"^^ de Semallé avait fait des drapeaux blancs et des cocardes; dès la pointe du jour, elle arbora des drapeaux blancs à ses fenêtres donnant sur le boulevard. Elle donna des drapeaux pour être portés dans les différents quartiers de la ville. Le premier qu'elle jeta par sa fenêtre lui fut demandé, du milieu de la rue Royale, par MM. de Gaubeyres et de Bellefond, qui étaient à la tête de plus de six cents personnes, et le deuxième fut donné à M. Charelet, gendre de M. le chevalier du Repaire. Cette même nuit et la précédente, M. de Semallé avait porté des

fonds à des curés et à plusieurs gentilshommes pour être distribués au nom du Roi.

M. de Semallé espère que Son Altesse Royale a été satisfaite des effets de son zèle. Il a suivi de point en point ses instructions ; il n'a employé les pouvoirs qui lui ont été confiés que pour rassurer les esprits, lorsqu'il existait un mouvement dans la capitale ; que pour envoyer des commissaires chargés de faire connaître, dans les provinces, les heureux changements qui venaient de s'opérer. Il n'a point indiscrètement employé les pouvoirs du prince; il n'a rien promis en son nom. Il s'est réservé le seul droit de lui nommer les personnes avec lesquelles il a agi, et c'est ce dont il s'est acquitté.

M. de Semallé est assez heureux pour pouvoir prouver tout ce qu'il avance dans cet exposé, tant par les pièces qu'il peut produire que par les personnes qu'il nomme, existantes pour la plupart.

M. de Semallé n'ayant jamais prêté aucun serment et ayant toujours saisi les occasions de servir le Roi, et manqué très souvent d'en être victime, peut assurer que ses services ont toujours été directs et non interrompus.

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