I. Le 9 vendémiaire an IV (i" octobre i
ÉMIGRATION. jS
Je passai quinze jours à Rickholdt, puis allai m'établir à Gratheim, pour y continuer, avec les commissaires du Roi, une correspondance qui se faisait par l'intermédiaire du gouverneur prussien de Wesel, parent du baron de Rickholdt. J'y devins très souffrant, à la suite des fatigues et des émotions que j'avais éprouvées. Le médecin m'ordonna des bains d'eau glacée, dans les fossés du château. Ce traitement rigoureux dura trois semaines. Je restai seul presque tout l'hiver, mon hôte ne venant à Gratheim que par intervalles et quand il se rendait à Wesel. J'allais de temps à autre passer quelques jours au château de Rickholdt, et à Maëstricht où le baron avait des parents.
J'étais à Rickholdt quand arriva un événement que je n'ai vu mentionné nulle part. On avait établi à Maëstricht un magasin d'effets militaires très considérable. Beaucoup d'habillements pour les troupes, des draps de toute espèce, bottes, souliers, chapeaux, confections, etc., y étaient entassés. Les gardes-magasins en chef étaient Lucien Bonaparte et son oncle Fesch, autrefois prêtre i. Le feu prit à ces approvisionnements et tout fut porté sur un état de pertes; ce qui n'empêcha pas que, pendant plus de six semaines, on vendit à vil prix, dans toute la Belgique, des vêtements et des marchandises provenant, disait-on, de ce dépôt. On assurait qu'avant l'incendie, on avait fait sortir tout ce qui était d'une vente facile. Les deux chefs de magasin étaient le frère et l'oncle du jeune général qui, le i3 vendémiaire, venait de rendre un si grand service à la République. Ils quittèrent le pays peu après.
Je profitai de l'occasion pour acheter, au prix dérisoire de trente francs, un vêtement complet, une redingote, des bottes, un chapeau et une pièce de drap suffisante pour