CHAPITRE XI
Peu de temps avant sa mort le comte ilc Tressan évoque le souvenir de ses anciens compagnons d'armes. — Le duc de la Vauguyon, le comte de Croissy, le marquis de Gharost, M. de la Paye. — Souvenir du siège de Philisbourg. — Lettre du marécbal de Lowendal, datée du camp devant Berg-op-Zoom. — Lettre du comte de Biandt pendant son voyage îi Madagascar el aux Indes. — Lettres des Princes de Nassau et de BeaufTremont. — Le duc de Nivernais.
Lorsque parvenu à la lin de sa carrière, on se prend à songer aux années vécues, on est envahi par un profond sentiment de tristesse en constatant le grand nombre d'amis, camarades de collège ou de régiment qui ont disparu. Mon père, qui avait été élevé à la Cour de S. M. le roi Charles X, tenait un contrôle très exact de ses camarades des pages, et quand l'un d'eux venait à mourir, il ne pouvait parvenir à dissimuler la peine cju'il en éprouvait. Les termes dans lesquels s'exprimait le comte de Tressan lorsqu'il évoquait le souvenir de ses anciens compagnons d'armes nous montre qu'il néchappait pas non plus à cette impression. Écoulons-le plutôt :
« .l'ai vécu pendant cinciuanto-trois ans comme un frère avec le duc de La Vauguyon, gouverneur des enfants de France ; nous nous étions juré fidélité d'armes, et je le pleurerai jusqu'au dernier soupir.
« Il exista toujours une vive sympathie entre le comte de Croissy et moi ; étant lieutenant général, il devint ambassadeur auprès de Charles XII, qu'il suivit dans les sièges et les combats que ce grand capitaine donna. Le comte de Croissy était frère de M. le marquis de Torcy, ministre, et de M"" la duchesse de Saint-Pierre; il n'a eu qu'une (ille de M"" de la Brive, comtesse de Croissy , mariée à M. le marquis de Chabanais. Les marquis de Colbert et de Chabanais sont ses petits- fils.
« Lorsque le comte de Croissy se retira de la Cour, il vécut à Paris où, quoique très goutteux, il avait tous les jours à son excellent souper les plus jeunes et les plus jolies femmes, enfin la meilleure société de Paris.
a Comme cousin et comme ami, j'étais souvent de SOS soupers, et la mémoire du comte de Croissy m'est chère comme elle doit l'être à tous ceux qui l'ont connu, ainsi que celle de son frère et de sa sœur.
« M. le marquis de Charost, mon ami intime, fut tué à Clauzen, en 1735, à la Iclc du régiment de la Couronne, par le feu même de son régiment, au moment où il arrivait pour l'empêcher de tirer.
« Une autre perte que je déplore est celle de M. de La Faye, tué au siège de Gênes à la tête d'un régiment d'infanterie. Nous étions très amis depuis vingt ans; il fut blessé et tomba dans mes bras au siège de Philisbourg.
« A propos du siège de Philisbourg, voici un souvenir qui sera toujours présent à ma mémoire :
« M. de Calvière, alors lieutenant des gardes du corps, mon camarade et mon ami, se plaignait tout
un soir avec moi, pendant ledit siège, d'être privé de rendre les honneurs les plus tendres à son père (âgé de quatre-vingt-six ans, qui était adoré de sa famille et méritait de l'être), et d'être séparé de M"'* la marquise de Calvière, ainsi que de deux charmantes fiUes dont l'aînée avait le nom d'Olympe et la seconde celui d'Alix. Mon ami me les peignait avec tout le feu dont son âme sensible était pénétrée, et fit passer tous ses sentiments dans la mienne. Je courus chez moi lui écrire la lettre suivante au nom de M"'" la marquise de Calvière ; j'eus le temps de la lui envoyer au moment où l'on allait fermer ses rideaux ; il se releva sur-lechamp et, malgré la pluie, il vint m'embrasser dans ma tente avec un sentiment dont le souvenir me sera toujours honorable et cher. Voici la lettre en question :
Aimable objet de la plus pure flamme ! Toi qu'en mes vers l'amour para de fleurs ! Toi qui sans lui régnerait dans mon âme ! Reviens, Daphnis, reviens sécher mes pleurs.
Seule en ces lieux, éperdue, alarmée, J'ai vu fleurir, j'ai vu mûrir nos champs; On ne meurt point, quand on est bien aimée, Mais on languit même dans son printemps.
Entre mes bras, j'aime à serrer sans cesse
De ton amour les gages précieux.
Dieux ! que leurs traits redoublent ma tendresse !
J'y reconnais et ta bouche et tes yeux.
Ainsi que toi ton Olympe sait plaire.
Et de son cœur peindre la vérité.
Par mille jeux, Alix cherche à distraire Le noir chagrin qui ne m'a pas quitté.
SOUVENIRS DU COMTE DK TKESSAN :WJ
Mon seul secours est cette aimable enfance Et tout mon temps se passe à la former ; Mon seul désir, eu cette longue absence, C'est d'embellir ce que tu dois aimer.
Déjà l'hiver ravage nos campagnes, Les noirs frimas et les vents orageux Viennent blanchir la cime des montagnes; Qu'attends-tu donc pour te rendre à mes vœux ?
Reviens baiser les lèvres de tes pères; Viens couronner leurs antiques foyers, A notre amour, à ces Dieux tutélaires Viens consacrer ta vie et nos lauriers.
« Onze ans plus tard, mon ami Calvière quittait le service, en qualité de lieutenant général^ et m'annonçait la grave résolution qu'il avait cru devoir prendre par la lettre que voici :
A Vczenobrc, près d'Alais, ce 2tî décembre 1755.
« Je ne sais ce qu'on a pu vous mander au sujet de ma retraite, mon cher camarade ; elle n'a pas été bien brillante ; je n'avais pas fait de pacte avec la fortune, qui ne se donne qu'à qui bon lui semble. Peut-être ma détermination a-t-elle été sage? C'est du moins ce que je devais à moi-même et à mes enfants; mais, pour en juger, il faut pouvoir se placer dans des circonstances singulières qui échappent aux premières impressions du public ; il a plutôt fait de juger que de faire mieux ; je respecte ses jugements; cependant je pense qu'après un travail très long, assidu, pénible, où l'on n'a rien eu à se reprocher et auquel on ne peut plus fournir qu'en traînant la hanche, je pense, dis-je, qu'il est
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permis, et dans l'ordre, de donner à sa santé perdue et à l'arrangement négligé de ses affaires, quelques restes de vie qu'on a vainement essayé de lui rendre utiles, car c'est cette utilité générale qui doit décider des grands sacrifices , et non l'appas incertain de quelques sacs de mille francs de plus.
« Ce qu'il y a de sûr, mon cher Tressan, c'est qu'il y en a grand nombre de moins heureux que nous, pourvu que nous ayons le courage d'en convenir, et, sans aller plus loin, ce sont tous ceux qui se flattent trop eux-mêmes, ceux qui n'ont eu pour objet que les récompenses, car alors il n'y en a jamais assez ; ceux enfin qui croient avoir droit de se plaindre de leurs maîtres, sans examiner combien il est difficile que la vérité puisse parvenir jusqu'à eux sans quelque mélange. D'ailleurs, combien de bons capitaines de grenadiers qui ont travaillé aussi péniblement que nous, pour le moins^ et qui n'ont pas le demi-quart des bienfaits qu'on a laissés tomber sur nous.
a Vous reconnaîtrez à ces conclusions, mon aimable camarade, une sorte de philosophie toute d'une pièce et dépourvue de ces grâces légères dont vous avez toujours embelli la vôtre, mais divers chemins peuvent conduire au même but ; vous avez choisi celui qui vous paraissait parsemé de fleurs ; je n'ai garde de vous en blâmer, peut-être est-il aussi le plus assuré.
« Mon château, dont on vous a dit trop de bien, est une gentilhommière un peu renforcée, trop grande pour moi, et dont j'ai tâché de rajuster quelques recoins, en y faisant contribuer tous les arts que nous aimons l'un et Tautio; mais je serai obligé de réfor-
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mer à cet égard mes premières idées, quoiqu'elles n'eussent rien d'exagéré ; c'esl presque toujours un bien réel que de restreindre ses projets et ses espérances.
« Parmi les choses agréables que j'y conserve, je dois compter les stances pleines de sentiment que vous avez faites autrefois, au nom de mes enfants et de ma femme ; elle n'ose prononcer que vous n'en ayez pas pu faire quantité d'autres tout aussi bien, mais elle soutient qu'il est impossible de rien faire de plus riant sur un sujet aussi peu de mode que le mariage.
« Ma fille aînée, dont vous demandez des nouvelles, est élevée au couvent de Montfleuri, près de Grenoble, jusqu'à ce que je trouve pour elle un parti plutôt honnête que bien riche ; la seconde a déjà douze ans, son portrait en jardinière a amusé les regards de M. le Dauphin ; pour le petit garçon, il n'a que six ans ; j'ai grand désir de le bien élever, et si je pouvais avoir quelque regret d'avoir aussi peu réussi du c6té du bien, ce serait relativement à cet objet ; mais il en aura toujours assez pour vivre en galant homme et pour s'attacher à ses maîtres, plutôt par devoir comme citoyen que par intérêt.
a Je me figure d'ici voir le vôtre, sémillant, faisant valoir toutes les prérogatives du régiment de Champagne, ayant peut-être les défauts agréables de son grand-père, avec toute la générosité et les autres qualités dangereuses de son papa, et se faisant aimer d'autant plus qu'il lui ressemble de plus près?
» Trouvez bon que j'assure ici Madame sa mère de
mon respect et de ma sincère reconnaissance pour l'honneur de son souvenir.
« Je vous permets de croire de moi tout ce que vous voudrez, pourvu que vous aimiez toujours un peu quelqu' un qui vous a aimé, même dans les temps orageux, et qui vous aimera tant qu'il vivra, mon cher camarade, le plus tendrement et le plus sincèrement du monde. « Galvière. »
Cette lettre me paraît contenir un véritable enseignement philosophique pour tout officier ayant pris sa retraite prématurément.
Un autre de mes compagnons d'armes que je ne saurais oublier fut le maréchal de Lowendal. J'ai conservé précieusement la lettre qu'il m'écrivait alors qu'il faisait le siège de Berg-op-Zoom :
Au camp devant 13erg-op-Zoom,
le G août 1747.
« J'ai reçu ce matin, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et je suis bien flatté de me retrouver dans votre souvenir après une lacune de deux campagnes qui nous sépare , lorsqu'elle devrait nous réunir. Le pauvre Glasco est mort de ses blessures ; Heguarey est en train de guérison, il se porte bien et a la croix ; vous savez la perle que nous avons faite du pauvre Dillon (1), je ne cesse de le regretter ; la brigade (2) en général est déconfite,
(1) Dillon avait eu trois (ils tués à Fontenoy.
(2) Le maréchal de Lowendal veut parler de la brigade de la maison du Roi, brigade dont le comte de Tressan avait eu lu commandement.
mais comme elle a travaillé en présence cl suiis les yeux du maître, elle vient d'être comblée de grâces.
« Le prince Edouard est aussi furieux que vous du parti que son frère a pris ; pour moi, je vous avoue que je m'attendais à quelque chose de pis, et je le regarderais même comme un bonheur si cela pouvait accélérer un mariage pour le prince.
a Nous sommes ici à notre vingt-quatrième jour de tranchée ouverte, et depuis hier au chemin couvert d'une place aussi meurtrière que j'en ai encore vue, et cela sans que les ennemis aient fait encore un seul coup de main ; vous connaissez la direction des feux de feu Cohorn (1), cette place est son chef-d'œuvre et les fusils tuent nos soldats, en les posant sur les remparts ; nous en avons perdu environ six cents, hier au soir, dans le logement à faire, car les ennemis s'élagent sur leurs ouvrages.
« Nous avons en outre une armée de vingt-quatre mille hommes à deux lieues de nous qui nous ferait grand plaisir si elle voulait nous attaquer, car je prévois que nous aurons encore bien de la chicane à essuyer, et le journalier est coûteux ; je crois cependant que nous en viendrons à bout avant le 20, mais il faut s'attendre à nous établir sur la brèche.
(1) Memno, baron de Gohorn, habile ingénieur, surnommé le Vauban hollandais, né dans la Frise, en 1641, s'éleva de grade en grade au rang de Lieutenant général. Rendit à la Hollande les plus grands services dans les guerres qu'elle eut à soutenir contre Louis XIV. Son chef-d'œuvre est la forteresse de Berg-op-Zoom, longtemps regardée comme imprenable. Il a écrit sur Fart de fortifier les places un ouvrage devenu classique.
u Vous avez bien raison de vous applaudir de vulre commandement, vos derrières sont libres et c'est ce que les nôtres ne sont pas ; il y a quatre lieues d'ici à Anvers et le chemin est long pour les convois; d'ailleurs, l'Escaut est couvert de vaisseaux anglais et hollandais qui nous ùtent jusqu'à la liberté de nous promener sur la plage.
0 Portez-vous bien, mon cher général ; j'espère qu'au moins cet hiver nous vous reverrons à Paris ; vous devenez aussi par trop garnisonier et les absents ont tort dans ce pays-là , comme bien vous savez ; j'aspire au plaisir de vous y embrasser et de vous y renouveler les plus tendres sentiments qui m'attachent à vous pour toujours, mon cher général. >>
Je serai toujours reconnaissant à mon ami de Brandt des bons soins qu'il donna à mon beau-frère de Russel (1) à bord du vaisseau le Prince de Conly^ alors que tous deux taisaient route pour les Indes. Si je déplore la triste fin du comte de Brandt, je dois rendre hommage à cette amitié' si dévouée, qui, après lui avoir fait partager l'étonnante fortune de Struensée, l'entraîna à périr avec lui :
« J'espère, mon cher général, que vous aurez déjà
(1) Le chevalier de Russel, frère de M™* la comtesse de Tressan, servit (en qualité de lieutenant) dans la compagnie Ecossaise (de Stuart), puis dans le régiment royal d'infanterie allemande de Deux-Ponts (régiment dont la création remontait au 5 mars 1757).
reçu ma longue lettre de Madagascar (1) par la voie de l'île de France, nous voici à la vue de l'île de Ceyian et, par conséquent, dans Tespérance d'atteindre Pondichéry en peu de jours, d'où j'aurai l'honneur de vous écrire, peut-être par le même vaisseau.
« Depuis notre départ de Madagascar, nous n'avons rien eu de nouveau, excepté que le pauvre Russel a fait une maladie dangereuse, le flux de sang l'a tenu trois semaines sur le grabat, mais il est heureusement échappé et j'espère que cela lui épargnera une maladie dans l'Inde. — M. Dubois, le chirurgien qui se charge de cette lettre, s'est recommandé une seconde fois à l'honneur de votre protection, par les soins qu'il a donnés pendant la maladie de Monsieur votre beaufrère; j'ai déjà eu l'honneur de vous écrire sur son compte de l'ile de Madagascar d'où je vous ai mandé les soins qu'il s'était donnés pour le cabinet, voici le second voyage qu'il fait dans l'Inde comme second chirurgien, son mérite personnel lui donne des droits à voire protection et j'ose dire que s'il était connu de vous, vous n'auriez pas besoin de la recommandation de votre ami pour lui rendre service; rien ne sera plus aisé que de lui obtenir la place de premier chirurgien, et j'ose dire que son goût est assez bon en fait d'histoire naturelle, pour être assuré qu'il fera du bien au cabinet. Je lui ai remis une caisse pesant au moins quatre-vingts livres, ce n'est que l'envie que j'ai de
(1 Cette première lettre du comte de Brandt, datée de Madagascar, n'existe mallieureusement pas dans la collection d'autographes laissée par le comte de Tressan.
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VOUS envoyer proniplement quelque chose pour le cabinet qui m'a tant presse de vous faire celle-ci, ma seconde sera meilleure. La boite contient du corail, quelques conches, des oursins, des buccins, le tout de Madagascar; quelques oiseaux de terre et de mer avec trois pièces d'étolFes faites de roseaux que vous trouverez assez fines pour la matière dont elles sont faites. J'ai aussi remis au sieur du Bois un paquet contenant trois sagaies ou lances du pays, j'aurais aussi envoyé un bouclier, mais il ne vaut pas la peine, ressemblant assez au couvercle d'une marmite. J'espère que tout vous viendra en sûreté, car il me tarde, il me semble, que le cabinet jouisse des fruits de mes voyages.
« Je vous supplie de présenter mes très humbles respects à la chère comtesse, aux chers enfants, à mon aimable compatriote et à toutes les aimables personnes qui lui appartiennent, aux familles de Gustine, d'IIammonviile, Lauraguet et d'IIemes, à l'abbé Monlinot, Plumket, etc.,
« Adieu, mon cher général, aimez-moi toujours et soyez sûr (jue la tendre amitié que vous m'avez inspirée ne finira qu'avec ma vie.
« De Hkandt (1). »
A bord du vaisseau le Prince de Coiii>/,
en vue de lilc de fjcvlan. fie 2H août 1754.
(1) Do Brandi, après avoir étudié la médeciue et la chimie, (il plusieurs voyages, il engagea Struensée h quitter son pays et à partir aux Indes, mais ce dernier, ayant été nommé médecin particulier de f ;iiristiaii VII, devint premier ministre et attira son ami de lîrandt en Danemarck. Struensée accusé de conspirer, fui mis en jugement et eut la lèle tranchée, de lirandt péril avec lui.
Ayant été amené à parler, dans cet ouvrage, des personnages illustres du siècle dernier avec lesquels M. de Tressan s'est trouvé en rapport, je ne puis faire autrement que de soumettre au lecteur les lettres qui suivent et qui lui furent adressées par les princes de Nassau et de Baufîremont :
« Monsieur,
« Sachant votre goût à vous amuser, dans les moments que vous ne pouvez pas employer pour le service du Roi, à des sciences métalliques et aux connaissances de différentes autres productions de la nature, d'ailleurs aussi pleinement convaincu de vos sentiments d'amitié pour moi, je n'hésite pas, Monsieur, de vous prier de nous donner, s'il vous plaît, une nouvelle marque en faisant approfondir sous vos yeux et en me communiquant ensuite vos lumières sur une matière métallique qui m'intéresse et dont voici le détail précis.
« Il vous sera indubitablement connu, Monsieur, qu'un certain canton de ma comté de Saarbruck est bien fourni de houille et de charbon de terre et qui sont de la meilleure qualité du monde. Il s'est aussi passé bien des années que des débris de ces houilles, en y mettant le feu, l'on a tiré de l'alun ; mais, depuis, les personnes qui ont l'inspection sur ces travaux prétendent avoir trouvé, dans celte même masse,, une autre matière qui doit former du vitriol.
« Je vous prie donc, Monsieur, de trouver bon, s'il vous plaît, que, par nos voitures publiques qui passent par Nancy, je prenne la liberté de vous adresser une
petite cassette contenant des échantillons tant de cet alun de nouvelle fabrique que du prétendu vitriol en question, vous suppliant en même temps de vouloir bien, après avoir reçu celle cassette, faire faire, en votre présence ou sous votre direction, l'examen le plus rigoureux des matériaux qu'elle contient et me communiquer ensuite vos lumières sur leur bonne ou mauvaise qualité, comme aussi si vous voulez bien me donner les moyens d'en perfectionner la fabrication, autant que faire se pourra.
« Vous ne sauriez douter. Monsieur, que les sentiments de reconnaissance que je vous aurai à l'égard de cette peine, dont je vous fais un million d'excuses, augmenteront, s'il est possible, ceux de la considération particulière et du très parfait attachement avec lesquels je suis plus que personne, a Monsieur^ « Votre très humble et très obéissant serviteur. « Le prince de Nassau. »
A Saarbruck, ce 29 octobre 1755.
De l'aris, ce 11 juillet 1768.
a Les marques de bonté que vous voulez bien me donner, Monsieur, seraient bien capables de suspendre ma douleur, et je ne sais comment vous remercier de ce que vous me dites d'obligeant sur ce triste événement qui nous accable. Je suis pénétré de reconnaissance de tous vos sentiments, je mç flatte de les mériter par le sincère retour dont je vous paye ; veuillez me les continuer, je vous en prie. J'ai fait part
SOUVENIRS DU COMTE DE TRESSAX iJOO
à M"'" de Lislcnois de l'honneur que vous lui laites de vous ressouvenir d'elle; elle me charge de vous en remercier et de vous assurer du désir qu'elle aurait de faire votre connaissance avec vous; elle est de la race et par conséquent sera de vos amies. J'ai l'honneur d'être, avec le plus grand attachement, mon aimable et cher comte, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Bauffremoxt, tt Prince de Listexois. »
Dans un chapitre précédent, j'ai raconté la querelle survenue entre le comte de Tressan et le duc de Nivernais, et j'ai vanté la générosité de ce personnage qui, oubliant toute rancune, donna sa voix à son ancien détracteur, lorsque ce dernier se présenta à l'Académie.
Touché de ce procédé, le nouvel élu écrivit au duc de Nivernais pour le remercier, et, depuis, le comte et le duc entretinrent des relations fort courtoises. Un certain sentiment de déiiance semble néanmoins avoir persisté dans l'esprit du duc de Nivernais, si on en juge par la lettre suivante :
Au château de Saint-Ouen, le 26 octobre 1782.
a Je suis bien loin, Monsieur le Comte, de mériter ce que vous me dites de flatteur, et je prendrais vos expressions pour un persiflage si je ne connaissais votre politesse. Mais je suis très sensible à l'intérêt
que vous voulez bien prendre à ce qui m'inlérossc, el, je vous prie d'en agréer mes remerciements, aussi bien que rassurance de tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur le Comte, votre très humble et très obéissant serviteur.
a Le duc DE Nivernais. »