COMBAT ENTRE LES ESCADRES
pour la prolonger à bord opposé et sous le vent y afin de pouvoir mieux se servir de ses batteries basses. Le feu commença de part et d'autre. Les forces étaient à peu près égales, les deux lignes étant chacune formées de huit vaisseaux. Les Anglais avaient seulement l'avantage d'un vaisseau à trois ponts. La tête de la ligne anglaise étant arrivée y l'avant-garde de l'escadre française fit le même mouvement pour la prolonger. Ces portions des deux escadres combattirent quelque temps en courant vent arrière; mais comme cette manœuvre s'opposait au projet du chevalier Destouches , de prolonger les ennemi^ sous le vent 9 ce commandant fit revenir son escadre au plus près du vent, par un mouvement successif, l'amure à bâbord. Cette évolution ^ qui le mit en position de filer en entier sur la tête de la ligne anglaise y lui réussit complètement.
Le Robust avait à peine essuyé le feu du cinquième vaisseau français qu'il arriva vent arrière suivi par une frégate ; son feu était entièrement éteint. Le Conquérant ^ qui avait le plus contribué à le mettre hors de combat, arriva presque en Oiéme temps, après avoir été extrêmement endommagé dans sa mâture et dans son gouvernail par deux vaisseaux anglais.
Dès que le chevalier Destouches eut aperçu ce mouvement forcé, il fit le signal de virer vent
RÉSULTAT DU COMBAT. Bg
arrière par la contre-marche et de rétablir l'ordre du combat, les amures sur bâbord, sans avoir égard aux postes ordinaires des vaisseaux. Cette évolution fut exécutée avec autant de précision que de promptitude. Les vaisseaux anglais avaient alors brassé à culer; et, réunis en pelotons, ils paraissaient être extrêmement maltraités dans leurs voiles et dans leurs agrès. Du côté des Français, deux vaisseaux, r Ardent et le Conquérant ^ ayant fait connaître les dommages considérables qu'ils avaient essuyés, l'amiral continua à courir cette bordée à petites voiles, se tenant toujours prêt à recevoir les Anglais. Aucun des deux partis n'était en état de recommencer le combat : les
Anglais tinrent le vent et s'éloignèrent à l'entrée de la nuit. Trois de leurs vaisseaux étaient tota-t lement désemparés. L'escadre française continua sa route au sud-est, et le lendemain, le chevalier Destouches ayant assemblé tous ses capitaines commandants pour délibérer sur ce qu'il conviendrait de faire dans la circonstance, il fut reconnu que les vaisseaux devaient retourner directement à New-Port, dans Rhode-Island, pour s'y réparer.
Quoique l'avantage du combat fût évidem-^ ment resté aux Français, le but de leur expédition fut manqué, et les Anglais, sans oser s'attribuer la victoire, en recueillirent tout le frciit. Ils allé-
6o SUPJÊRIORITÉ DES ANGLAIS EN VIRGINIE.
rent mouiller à New^Haven en dedans de la baie de Chesapeak. Dès lors la grande supériorité que les forces britanniques acquirent dans la Virginie par le renfort de 'i^ooo hommes envoyés de New- York, sous les ordres du général Philipps, peu de jours après, ne permit plus de douter que la conquête de cette province ne fût devenue pour les Anglais l'objet de la campagne. Les troupes anglaises portèrent le ravage dans la partie de cette province arrosée par les rivières James et d'York. Partout où elles purent atteindre, elles détruisirent les établissements de l'État, les magasins et les propriétés particulières. Ces dévastations, ces excès commis par le traître Arnold irritèrent les esprits. Il était revenu à Long-Island avec une partie de ses troupes. Informé de l'approche de lord Cornwallis, il remonta à Pétersburg, où il le rejoignit. Arnold devait prendre le commandement en second ; mais le noble caractère de lord Cornwallis répugnait à une telle association; il se débarrassa de lui et le renvoya à New-York avec ses bandes de loyalistes, sous prétexte de renfoncer la garnison de cette place. Le marquis de la Fayette venait d'arriver en Virginie. Il n'avait à opposer à l'armée anglaise, forte de 6 à 7,000 hommes de troupes d'élite, qu'un corps de 3 à 4^000 hommes, dont r,5oocents seulement de troupes continentales, et le reste
PLAN DO COMTE UK ROCHAMBEAU. 6l
milices du Maryland et de la Virginie. Le général Washington, en donnant à ce jeurie général cette mission difficile et glorieuse, avait compté avec raison sur l'affection que lui portaient tous les Américains, et ne doutait pas que sa présence ne ranimât les courages abattus.
Depuis que Texpédition française sur la baie de Chesapeak avait échoué, le comte de Rochambeau avait médité un plan de campagne dont le but était de délivrer la Virginie en portant sur ce nouveau théâtre de guerre toutes les forces disponibles. Pour en assurer la réussite, il ne fallait rien moins que la coopération de forces navales supérieures, et il fallait aussi retenir les principales forces des Anglais rassemblées à New- York, par des démonstrations d'attaque qui couvrissent le secret de cette belle combinaison et des marches de l'armée alliée vers le sud.
Le comte de Grasse , n'ayant plus, avant l'hivernage, assez de temps pour rien entreprendre aux îles du Vent, avait pris la résolution de ramener le marquis de Bouille avec ses troupes au fort royal de la Martinique, de rassembler tous les bâtiments français et de les escorter jusqu'au Cap , île Saint-Domingue. Cet amiral avait écrit au chevalier de la Luzerne, ministre de France près des États-Unis , pour le prévenir que
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pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre , il se porterait sur la côte de la Nouvelle- Angleterre, pour y faire les opérations possibles avec les forces considérables qu'il avait à ses ordres. Cette dépêche, apportée par le vaisseau le Sagittaire j fit concevoir à M. de Bochambeau l'espoir de réaliser son projet. Il répondit à M. de Grasse, que c'était dans les provinces méridionales des Etats-Unis qu'il était plus urgent de porter des secours et d'arrêter le progrès des armes britanniques; que toutefois il lui laissait l'option d'agir offensivement sur la baie de Chesapeak ou sur New- York; mais que dans tous les cas le succès de l'opération dépendrait de la supériorité maritime , d'un renfort de 5 à 6,000 hommes de troupes , et de la quantité de munitions de guerre et de bouche qu'il pourrait apporter. M. de Rochambeau demandait aussi un secours de 1,200,000 fr. , indispensable pour aligner la solde de son armée; enfin il annonçait sa prochaine jonction avec l'armée américaine sur les bords de l'Hudson. La frégate la Concorde f expédiée au Cap avec cette importante dépêche, devait rapporter la réponse de M. de Grasse.
Cet amiral n'avait pas un moment à perdre, s'il voulait prévenir l'arrivée de l'escadre anglaise des Antilles sur les parages de l'Amérique. Ses