COMBAT ENTRE LES ESCADRES
more et Annapolis, où le comte de Grasse devait envoyer toutes les embarcations dont il pourrait disposer. Le général Washington et le comte de Rochambeau prirent les devants avec une légère escorte, et, forçant leurs marches jusqu'à faire soixante milles par jour, ils arrivèrent le i4 septembre à Williamsbourg. Us y trouvèrent les divisions de Saint-Simon et de la Fayette qui s'y étaient réunies et y avaient pris une forte position , pendant que le lord Cornwallis achevait de se retrancher à Glocester et à York.
L'escadre de l'amiral Graves avait paru le 5 septembre devant la baie de Chesapeak. M. le comte de Grasse, quoiqu'il eût déjà détaché quinze cents matelots pour le débarquement des troupes de M. de Saint-Simon dans la rivière de James , ne balança, pas à couper ses câbles, et alla audevant de la flotte anglaise avec vingt-quatre vaisseaux. L'amiral anglais s'élevant au vent, Tavant-garde, commandée par M. de Bougainville, atteignit l'ennemi, qui fut très-maltraité. M. de Grasse le poursuivit ad large, et trouva, en ren* trant dans la baie , l'escadre de M. de Barras qui , à la faveur de cet engagement, avait gagné le mouillage, après avoir habilement convoyé les dix bâtiments qui portaient notre artillerie de siège. Cet amiral avait chassé et pris à l'entrée de la baie deux frégates anglaises et quelques petits
PASSAGR DE LA SUSQUHANA. 77
bâtiments 9 qui, avec les transports amenés de Rhode-'lsland , furent immédiatement envoyés à Annapolis.
Cependant le gros de l'armée était encore retenu sur la gauche de la Susqubana par la difficulté et la pénurie de moyens pour passer cette rivière à son embouchure au fond de la baie. Quelques bacs et le reste des bateaux qu'on avait pu rassembler pouvaient à peine suffire pour transporter lentement les troupes d'une rive à l'autre. Je fus particulièrement chargé de diriger ce passage. Informé par des gens du pays que cette large rivière était guéable, dans la belle saison , un peu au-dessous des falls ou cascades , à vingt milles au-dessus de son embouchure , je m'y rendis avec des guides et par des chemins^ très-difficiles. Je sondai le gué avec beaucoup de précautions, à travers les roches brisées et les bouillons du torrent, sur une largeur de six à sept cents toises. Le fond était partout de galets mobiles, mais sans affouillement, et la hauteur de l'eau de trois à quatre pieds. Je ne balançai point à indiquer aux généraux ce moyen prompt, quoique un peu hasardeux , de faire passer Fartillerie, les chevaux et tous nos impédiments . Je fus assez heureux pour y réussir avec peu de perte; l'inconvénient le plus grave fut l'immersion de nos munitions; mais il pouvait être faci-
yS REUNION DK l'aRM<È.
lement réparé, puisque nous étions certains de n'avoir pas à nous servir de notre artillerie de campagne.
Après le passage de Isl^ Sasquhano}, nous ne rencontràmies plus d'obstsk^les jusqu^à Jnn^oliSy où s'opéra rembarquement des troupes et de Fartillerie. Les équipages qui ne purent point être embarqués, et tout ce qui tenait à l'admfinistra tient continua de suivre la route de tefrre , et fit un grand détour pour arriver à Villiaifasbourg.'Nous débarquâmesà James-Tovrn, et toute l'armée fut réunie aux environs de Villiamsbourg le a6 et le> 27 septembre 1781. Dès le lendemain , les généraux la portèrent sur York-Town, pour en faire l'investissement;
En retraçant les souvenirs de cette glorieuse campagne, j'ai sous les yeux les excellents mémoires du comte de Rochambeau, mémoires trop peu connus et qui méritent d'être -classés parmi les meilleurs matériaux pourPhistoirede ce temps. L'esprit de vérité' qui y règne, la ^ naïve simplicité du style, la justesse et l'étendue des vues, rappellent le caractère et les éminetites qualités de ce vaillant capitaine, qui avait pris pour modèle le grand Turenne dont il avait toutes les vertus, et auquel il li'a manqué que l'occasion de développer ses talents sur un plus graml théâtre pour atteindre à la célébrité des
SIÈGE DYORK-TOWW. 79
plus illustres généraux d'armée. Certes je ne pouvais suivre un meilleur guide; et pour raconter l'un des plus bç(aux faits d'armes qui aienthonoré les drapeaux français, je ne saurais p^ieux faire que de citçr te;2^tueUement sa relajtion du siège d'York, sans me permettre d'y rien changer.
« Le aâ septembre nous partîmes dç Yilliamscc bourg à la pointe du jour ^ et nous noys portac( mes sur York», Jç commençai av^c le corps «français l'inyestisf ornent dçpuis le haut de la a rivière d'York jusqu'au mardis près la maison a du colonel Nelspp, en profitant des bois, des a rideau:^ et des qriques marécageuses, de manière « à ress^rcf l'ennemi, jusqu'à portée ,dQ pistolet a de se3 ouvrées. Les, trois brigades françaises tf furent, campées,^ tr^s^^prèçi, ma^s à l'abri par le « terrain, du canop. de Fennemi. YiojEnépil coma mandait les grenadier^ et chasseurs de l'avanta garde; et. notre investissement fut fait sans la <c perte d'un seul homme '. Le même jour le
A Soit que lor4 Cornwallis ne s'attendit pa$ à an mouvemciut si prompt, soit qu'il eût jugé inutile de pousser des postes en avant des redoutes qu,i fprmaieQt son camp retranché , nos avantgardes ne reucoutrèrenV ^uqun obstacle «, les bois favorisant nos approches. Ce déploiement successif des colonnes pour occuper le terrain inégal et coupé par des haies qui se trouvaient dans leurs intervalles» se fit avec la plus, graude célérité. Nous avions été chargés, le chevalier Gharles.de I^amethet moi, de conduire les grenadiers et chasseurs dirigés sur la for^e redçute, appelée
8o SIEGE D*YORK-TOWN.
ce général Washington, à la tête du corps amérî* « cain , fut obligé de doubler derrière nous et de « s'arrêter sur le marais , dont tous les ponts a étaient rompus; il employa le reste de la jour- « née et la nuit pour les raccommoder. Le ag, (c l'armée américaine passa le marais , y appuya « sa gauche, et sa droite à la rivière d'York. <r L'investissement de cette place se trouva a complet et serré d'aussi près qu'il fut possible. c( L'infanterie de Lauzun étant débarquée, marte cha aux ordres de son colonel pour rejoindre a sa cavalerie, que j'avais dirigée par Tarre sur <c le chemin de Glocesler , aux ordres du brigadier ce général Yoneden , qui y commandait un corps « de milices américaines. Toute cette légion y fut « réunie le 28, jour de l'investissement d'York, (c La nuit du 29 au 3o, l'ennemi, craignant « d'être insulté par un coup de main dans la tf position très-étendue qu'il avait fortifiée, prit
Pigeons quarter» Le guide que nous avions pris nous assurait que nous n'en étions pas à une demi-portée de fusil, et cependant nous ne pouvions rien apercevoir à travers le bois. L'ennemi ne fit aucun mouvement, et ne tira pas un coup de fusil ; ce poste était cependant la tête et la clef de sa position. Nous nous attendions à des combats partiels très-vifs , parce que le terrain était propre à ce genre de défense. Les bonnes dispositions de notre général et Tintelligence avec laquelle elles furent exécutées nous valurent ce premier succès, qui donna aux troupes beaucoup de confiance.
SIIÉGE d'tORK-TOWN. 8t
« le parti d'abandonner son camp retranché de « Pigeon S'Hill % et de se réduire à Tenceinte de « sa place. La journée du 3o fut employée pour a nous loger dans les ouvrages abandonnés par a l'ennemi : ce qui nous mit à portée de le res« « serrer dans un cercle moins étendu, et nous a donnait les plus grands avantages.
« On apprit à cette époque qu'Arnold avait été « envoyé vers la fin d'août faire une exécution « déprédatrice à New-London dans le Con necticut; ff en quoi il ne réussit que trop complètement, a puisque, après avoir passé au fil de l'épée lebrave tf colonel Lidger , qui défendait ce fort avec une « garnison de miliciens, il brûla cette ville avec «c une partie des vaisseaux de commerce qui « étaient dans ce port; mais cette diversion loina taine ne produisit aucun effet contre nos opé* ce rations. On eut nouvelle en même temps de « l'arrivée à New-York de l'amiral Digby , avec a trois vaisseaux de ligne , un corps de troupes a qu'il avait à bord, avec le prince Guillaume- « Henri, un des enfants du roi d'Angleterre, et « qui était envoyé par la cour pour reprendre
> L'ennemi se trouvait trop éloigné des ouvrages extérieurs » et le développement était trop étendu ; il se réduisit à la défense des fortes redoutes entre les deux ravins qui embrassaient la position. (M. D.)
8d SlléeC D'TOttK-^TOWN.
« possession de son gouvernement àe Yirginie. tf On sut que ce secours de terre et de mer Àiil « le général Clinton en état d'embarquer une tt partie de son armée sur la flotte anglaise^ «( composée de vingt-six vaisseaux , y compris « quelques vaisseaux de cinquante^ qu'ils mirent a en ligne , et accompagnée de quelques brûlots ; a on apprit aussi qu'on pressait vivement à New- « York cette nouvelle tentative pour secourir ff Comwallis, tentative qui, dans l'extrémité où a ce dernier était réduit^ ne pouvait être que a tardive*
<K Le 3o ^ nous avions envoyé M. de Choisy à « M. de Grasse lui demander un détachement de « la garnison de ses vaisseaux pour aller renfora cer M. de Lauzun dans le comté de Glocester $ a M. de Grasse lui donna huit cents hommes. «( M. de Choisy marcha , le 3 octobre, en avant, « pour resserrer Glocestei*, et prendre une posi- « tion plus rapprochée. Tarleton se trouva sur ce c( terrain avec quatre cents chevaut et deux cents a hommes d'infanterie, faisant un fourrage. La c< légion de Lauaun, soutenue d'un corps de mi- « lices américaines, l'attaqua si vigoureusement « qu'elle le culbuta, et força le détachement à cr rentrer dans la place avec quelque perte, a M. de Choisy, api^s cette action, pous&a ses « postée avancés jusqu'à un mille de Glocesti^r.
siÉGM u'youk-town. 83
« La tranchée fut ouverte dans les deux atta<* « qaeSf au-dessus et aunlessous de la rivière fc d'York, daus la nuit du 6 au 7 octobre. Celle <( de la droite avait six ou sept cents toises de « développement; elle fut flanquée de quatre a redoutea. £Ue fut faite sans aucune perte, « parce que nous fîmes commencer l'ouvrage par ce celle de gauche, qui, bien qu'elle ne fut qu'une « fausse attaque , attira cependant toute l'atten- «c tion de l'ennemi. La force de l'armée anglaise a qui était renfermée, le caractère de celui qui a la commandait , obligèrent de conduire toutes «c ces attaques avec beaucoup de méthode et de « précaution. C'est ici le lieu de faire l'éloge de a MM. du Portail et de Querenet , qui conduisis « rent ce siège à la tête des ingénieurs, et de a M. d'Abo ville, et du général Knox, commana dant l'artillerie des deux nations, L'armée amé- « ricaine se chargea de la droite de la tranchée ; <c les Français du centre et de la gauche.
<c On doit rendre aux Américains la justice de « dire qu'ils se comportèrent avec un zèle , un a courage et une émulation qui ne les laissèrent «c jamais en retard dans toute la partie dont ils a furent chargés, quoique les opérations d'un tt siège leur fussent étrangères.
« Nous fîmes mettre le feu par nos batteries à « un vaisseau de guerre ennemi , et à trois autres
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« vaisseaux de transport qui avaient mouillé dans « le dessein de prendre à revers nos attaques.
a Dans la nuit du j4 au iS, la tranchée ayant u été relevée par les régiments de Gatiuais et de « Royal-Deux-Ponts, aux ordres du baron de « Vioménil, nous résolûmes de faire faire l'atta* « que des deux redoutes de la gauche de « Tennemi. Le général Washington chargea la « Fayette de celle de droite, et je chargeai « M. de Vioménil de celle de gauche avec les « Français '. Quatre cents grenadiers débouchè-
' La modestie de M. le comte de Rochambeau lui fait négliger ici de parler d'uae circonstance assez remarquable, dans laquelle il donna une belle et noble leçon au baron de Vioménil. Les généraux , accompagnés de quelques officiers de leur étatmajor, parmi lesquels je me trouvais, s'étaientjrendus à Tattaque de gauche dans une batterie fort bien placée en deçà d*cm^raYin qui la séparait de la redoute qu'on devait enlever. Le baron de Vioménil témoignait une vive impatience ; il soutenait qu'on re* tardait inutilement l'attaque, que notre feu paraissait avoir éteint celui de l'ennemi, et qu'il n'y avait point de temps à perdre. « Vous vous trompez, lui dit M. de Rochambeau ; mais, en « reconnaissant l'ouvrage de plus près, on pourra s'en assurer. » Il ordonna de cesser le feu, nous défendit de le suivre, et permit seulement à son fils, le vicomte de Rochambeau, de l'accompagner. II sortit de la tranchée, descendit lentement dans le ravin en faisant un détour, et, remontant ensuite l'escarpement opposé , il s'approcha de la redoute jusqu'aux abatis qui l'entouraient. Après l'avoir bien observée , il revint à la batterie sans que l'ennemi l'eût interrompu par un seul coup de feu. « Eh bien ! dit-il , les abatis et les palissades sont encore en-
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a rent à la tête de cette attaque, aux ordres de ce M. Guillaume des Deux-Ponts , et de M. del'Escc trapade , lieutenant-colonel de Gatinais. M. de a Yioménil et la Fayette firent une attaque si « vigoureuse, que les redoutes furent emportées a l'épée à la main dans le même moment. On a tua y blessa ou prit la plus grande partie de ceux a qui les gardaient. Le logement fut fait en joi- « gnant ces redoutes par une communication à « la droite de notre seconde parallèle. Leur em- « placement fournit le moyen d'établir de nou- <c velles batteries qui achevèrent de cerner l'armée <c de Cornwallis, et de battre à ricochet tout « l'intérieur de sa place à une portée qui ne pouce vait lui être que funeste, Le comte Guillaume a des Deux-Ponts fut blessé , ainsi que Charles de « Lametb % adjudant général, et M. de Gimat, a aide de camp de la Fayette.
« tiers. Il ûiut redoubler notre feu pour les briser et écrêter le « parapet; nous verrons demain si la poire est mûre. »
> Les adjudants généraux et les autres officiers d*état-major montaient la tranchée tour à tour. Je venais d*y être relevé par le chevalier de Lameth. Il marchait à la tête de la colonne , conduisant les sapeurs qui débarrassèrent les abalis et hachèrent les palissades. Il monta le premier sur le parapet de là redoute et reçut, à bout portant, la première décharge de Tinfanterie hessoise qui l'occupait. Il eut les deux genoux traversés et fut renversé dans le fossé. Dès. que jç fus informé de sa blessure, j'accourus auprès de mou ami qu'op avait transporté à Tambulance.
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«c On doit faire ici mention d'un trait qui « caractérise le courage des grenadiers français. « Les grenadiers du régiment de Gatinais^ qui « aTôit été dédoublé de celui d'Aurergtte, de- « vaîent avoir la tête de l'attaque ; au moment où « elle ftit décidée, je leur dis : — Mes enfants, « si j'ai besoin de vous cette nuit, j'espère que w vous n'avez pas oublié que nous avons servi « ensemble dans ce brave régimen^ d^Aupergne « sans tache^ surnom honorable qu'il a mérité (c depuis sa création. Ils me répondirent que si « je leur promettais de leur faire rendre leur nom, « ils allaient se faire tuer jusqu'au dernier. Ils <c tinrent parole, chargèrent comme des lions, « et y perdirent le tiers de leurs troupes. M. de (C Sireuil , capitaine de chasseurs , y fut blessé, et <c mourut de ses blessures , universellement re- « gretté. Le roi , sur le compte que je lui en rente dis, signa l'ordonnjance qui restituait à ce « régiment le nom de RojaUAusfergae.
« La nuit du i5 au i6, l'ennemi fit une sortie
Les chirurgràos avaient déclaré qu'il im; pouvait être sauvé que'psr rampulation des deux cuisses. Le chiruiigîeii en chef, M. Robillard, plutôt que de réduire à l'état tle cui-de-jatte un jeaae officier d'une si grande espérance, refusa de pratiquer l'ai^putation , et hasarda de s'en remettre à la nature pour la gu^aen de blessures aussi graves. Le succès couronna sa conëance «t notre espoir.
pjii$£ d'tork-towst. $7
ce de 9ix cents hommes de troupes d'éUte; il fc trouYa de la résistance à toutes nos redoutes, « et se jeta dans une batterie de la seconde paie rallèk , dont il endoua quatre pièces. Le c]}ieff yalier de Chasteliux marcha à l'ennemi avec sa <c réserve, et repoussa cette sortie. Les quatre « plèoesy mal e^dauées, tirèrent six heures a après, par les soins du général d'Abovilie, « commandant notre artillerie. Le marquis de 4( Saint-Simcm fut blessé à la tranchée du lende- « main, et fijût ses vingt-^quatre heures sans M vouloir se Êiire relever.
« Enfin le 1 7 , l'ennemi commença à parlemen- « ter, et la capitulation fut signée le 19 octobre, ce par laquelle le lord Cornwallis et son corps ce d'armée furent prisonniers de guerre. Lies Amé- « ricains et les Français prirent possession à midi « de deux bastions. La garnison défila, à deux « heures, entre les deux armées, tambour b^t- « tant , portant ses armes , qu'elle réunit ensuite « en faisceaux avec une vingtaine de drapeaux. « Liord Cornwallis étant malade, le général <c Ollara défila à la tête de la garnison. £n arri- « vant, il me présenta son épée '; je lui
' Je fus chargé d'aller au-devant des troupes de la garnison et de diriger la colonne ; je me plaçai à la gauche du général O'Hara. En approchant des tranchées, il me demanda où était
88 PRISE d'york-town.
« montrai, vis-à-vis de moi , le général Washing- « ton à la tête de l'armée américaine , et je lui « dis que l'armée française étant auxiliaire dans (c le continent 9 c'était au général américain à lui « donner ses ordres.
<f Le colonel Laurens, le vicomte de Noailles, « et M. de Granchain j avaient été nommés par « leurs généraux respectifs pour dresser les artic( clés de cette capitulation , conjointement avec « des officiers supérieurs de l'armée de Comwal- (f lis. Elle fut signée par le général Washington , a le comte de Bochambeau et M. de Barras^
le général RochambeaU' « A notre gauche, lui dis-je, à la tête de « la ligne française.» Le général anglais pressa le pas de son cheval, pour présenter son épée au général français. Pressentant son intention , je partis au galop pour me placer entre lui et M. de Rochambeau, qui, dans ce moment, m'indiquait du geste le général Washington , placé en face de lui à la tête de l'armée américaine. «Vous vous trompez, dis-jeau général O'Hara, le général « en chef de notre armée est à la droite. » Je Ty conduisis, et à rinstant où {1 élevait son épée, le général Washington, le prévenant, lui dit : Never from such good a hand! (littéralement, Jamais d'une aussi bonne main, )
La garnison défila entre les deux lignes, au delà desquelles je la fis former en bataille et mettre les armes au faisceau. Les officiers anglais témoignaient le plus vif dépit, et je me souviens que le colonel Aberçromby des gardes anglaises ( le ^léme qui , depuis , périt en Egypte sur le champ le bataille où il venait de triompher), au moment où sa troupe uiettait bas les armes, s'éloigna rapidement , se couvrant le visage et mordant son épée.
PRISE d'tORK-TOWN. 89
«f chargé des pouvoirs du comte de Grasse, et a mise sur-le-champ en exécution. Nous trouvâ- <c mes huit mille prisonniers, dont sept mille de « troupes régulières, et mille matelots; deux f< cent quatorze pièces de canon, dont soixante- « quinze de fonte , et vingt-deux drapeaux. Dans « le nombre des prisonniers , on peut en compter « au moins deux mille qui étaient dans les hôpiic taux, dont on prit le plus ^rand soin. Tout le « reste ftit envoyé dans l'intérieur du pays.
cr Je dois à cette occasion rendre justice au zèle « et à Factivité de MM. Blanchard, commissaire « des guerres, Coste et Robillard, oEBciers de « santé, qui par les soins les plus assidus pour €i nos malades et blessés, tant amis qu'ennemis, « ont rendu, dans nos hôpitaux militaires, les ce soins les plus précieux à l'humanité pendant le et cours de ces trois campagnes.
c€ Je fis partir le duc de Lauzun et le comte « Guillaume des Deux-Ponts sur deux frégates « différentes pour porter la capitulation en <c France, et le sieur Tilman, aide de camp du « général Washington , fut envoyé par ce général ce au congrès. »
(Extrait des Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeac, etc., etc. Tome i***, pages 289 et suiif., édition de 1809.)
Lord Clinton, qui, ayant sous ses ordres, à
90 DESTRUGTIOir DES OUVRAGES fm PORTSMOUTH.
New- York y des forces supérieures k celles que pouvaient lai opposer les généraux aUjLés y i^'étaii; laissé tromper par leurs <|émonstration$9 r^edoubla d'activité pour secourir tord Comwaitis; il s*emkarqua avec un corps de troupes sur la flotte aj^giaise réunie , qui parut à la vue du cap Henri le 97 octobre, immédiatem^sit après Ja reddition d'York 9 au nombre de vingt- sept vaiss^ux de ligne. Tnformé de cet événement, il se retira sans rien entreprendre, et se borna à j^ter dans Cbarles-Town un renfort de trois régiments.
L'apparition de la flotte anglaise donna lîeu de soupçonner à M. de Bochambeau que les Anglais pourraient tenter de débarquer en dehors de la baie entre le cap Henri et le grand marais appelé Dismal'Suamp y pour se jeter dans Portsmouth, sur la rivière d'Elisabeth. Ce poste, où s'était d'abord réfugié Airnold , avait été bien retranché; et lord Cornwallis, qui l'avait occupé avant de lui préférer Yorii-Town , en avait étendu et perfectionné les fortifications. Je fus envoyé en toute diligence, avec un bataillon de milices américaines , pour faire raser oes ouvrages. Je les trouvai en très-bon état; la position était bien saisie; les redoutes et les redans, liés par de profondes tranchées, étaieait revêtus en &sdn^ges faits avec le plus grand soin. Xous cesouvitages étaient fraisés, palissades et entourés de forts