‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 21 sur 96 · QU4RT1ERS D H1¥£R. 9I · texte numérisé non relu

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abatis. Un yent d'ouest très-violent s'étant élevé, j'en profitai pour les faàre incendier, ce ^qui facilita beaucoup mon opération. Enfin , oe ne fut qit'au bout de huit jours , qu'avec mon détache* ment et tous les ouvriers qu'il me bit possible -ée rassembler, je parvins à achever cette destruction.

Les forces des allié$ furent disloquées selon leurs diverses destinatioss et de la manière sui- Y£aite. Le comte de Grasse , ayant &it rembar^ quer le corps de troupes aux ordres de M. de Saint-Simon , partit le 4 novembre pour retour- 4ier aux Antilles. Il ne laissa dans les eaux de la Cliesap^eak qu'une petite escadre légère commandée par M. de la Yillebrune.

Le général Washington ramena sur la rivière du Nord le gros de l'aroiée américaine; il en détacha seulement le général la Fayette avec les Kgnes de Maryland et de Pensylvanie pour aller renforcer , dans les États du Sud , l'armée du gé^ xiéral Gi^een. A cette même époque ^ le baron de Yîoménil obtint du comte de Rochambeou la ^rmission d'aDer passer quelques mois en France^ ^ s'<eœbarqua aur la frégate que M. de Grasse y expédiait.

L'armée française fut mise en quartier d%ivei* dans le pays compris entre les rivières de James et d'York , Hampton , York , Glooester , Williams-

9^ QUARTIEHS B HIVER.

bourg y etc., etc., position intermédiaire entre les Etats du Nord et du Sud , d*où M. de Rochambeau était en mesure de porter des secours sur les provinces qui seraient le plus sérieusement menacées par l'ennemi.

Nous avions frappé le coup décisif, et Ton pouvait presque considérer la guerre comme terminée, puisqu'il ne restait plus aux Anglais, dans l'Amérique septentrionale, que les places de Charles-Town , Savanah en Géorgie , et les îles de New- York.

Pendant que M, de la Fayette accourait à marches forcées pour se joindre à l'armée de Green, celui-ci , craignant que le renfort arrivé à Charles-Town et celui de quatre mille hommes qu'on y attendait d'Irlande ne missent les Anglais en état de reprendre l'offensive, sollicitait vivement M. de Rochambeau de lui envoyer un fort détachement de troupes françaises. Mais le général français , appréciant les faux bruits que l'ennemi faisait répandre, ne changea rien à sa position. U laissa son infanterie se refaire dans ses quartiers, et se borna à étendre ceux de la légion de Lauzun, sous les ordres de M. de Choisy, jusqu'aux frontières de la Caroline du Nord. Il me chargea cependant de pousser des reconnaissances bien au delà , et de préparer des ouvertures de marche dans le caç où des circonstances qu'il ne prévoyait

lÊTABLISSEMKBTT BKS FRÈttES MORWÊS. gS

pas, exigeraient qu'il y portât une partie de son armée.

Les choses restèrent dans cet état, et il n'y eut aucun événement remarquable pendant la durée des quartiers d'hiver. J'étais rarement «u quar*tier général de Williamsbourg; je n'y allais que pour rendre compte de ma mission et donner des soins à mon ami Charles de Lameth, très'soufFrant de sa blessure; il retourna en France aussitôt qu'il fut en état de supporter la mer.

Dans une excursion que je fis dans la Caroline du Nord, j'eus occasion de visiter l'établissement des frères Morales à Salem, à vingt-huit milles de GmldrforcUcourt'house j dont je parcourus le champ de bataille. Rien de plus curieux que cette absolue démocratie, cet exemple d'un état social sans inégalité de condition , cette vie religieuse et claustrale sans célibat, cette simplicité, cette pureté de mœurs, enfin ce contraste d'une civilisation avancée presque au milieu de l'état sauvage, cette parfaite sécurité sans aucun moyen de défense. Cet établissement se trouvait sur la limite incertaine des pays alors habités par les naturels. Ces limites ont été, depuis, portées à plus de cent lieues vers l'ouest , au delà des monts Alleghanis, et bien au delà de l'Ohio.

Le premier établissement des frères Moraves eut lieu en 1753, en vertu de la concession qui

^ STABLISaJEMBJfT DES fRÈlilS MORAVES.

leur fut faite par le gouvernement aoghis du comté de Wachovia, dont l'étendue est environ de quatorae milles de long sur huit de large. Ils essayèrent d'abord de se fixer à Bethubra, sur une des branches du Moddy^rick^ dans un fond entouré de marécages. L'insalubrité du climat leur fit abandonner cet établissement. Après d'autres essais aussi infructueux, ils fondèrent, en 1 766, dans une position plus élevée et phis saine, la petite ville de Salem, la seule que j'aie visitée. A mesure que la population s'est accrue , il s'est formé d'autres communautés ou villages; mais le point central de l'administration est resté à Salem.

Quelles que soient les différentes occupations agricoles ou industrielles des frères, il règne entre eux la plus parfaite égalité ; on n'y voit point de pauvres, et l'on n'y aperçoit aucun signe ex*twieur de plus ou moins d'aisance, soit dans leurs vêtements, soit dans leurs habitations. Partout on trouve la même simplicité, la même pro* prêté. Ils sont doux, humbles et hospitaliers. Ils forment entre eux plusieurs congrégations qui sont dirigées par un collège ^Etders ou anciens , et d'inspecteurs. Ceux-ci veillent à ce que les membres de la congrégation remplissent exactement les devoirs que leur prescrivent la religion et les lois qu'ils se sont données, et à ce

iTàBLI^BMElTT DES FRÈRES MOâAVS&« gS

qu'ils s'y conformait strictement, même dans leurs entretiens particuliers.

Les sexes sont séparés dans les congr^tions^ les. écoles et les exercices pieux. Des frères sont préposés à l'instruction des garçons, et des sœufs à celle des filles* Chacun est obligé d'exercer la profession de son père; il n'y a d'exception que pour les jeunes gens qui^ après l'instruction primaire, montrent des dispositions pour les sciences, et, dans ce cas, ils sont, d'après la décision des chefs dé congrégation , envoyés à une école spéciale, nommée Pedagogiam, où des profes*seUrs^ appelés TeacherSj leur enseignent l'histoire^ les mathématiques et la physique. Les orphelins et les enfants de domestiques sont élevés aux frais de la société.

Indépendamment des écoles^ U y ^ deux choir^ houses , espèces de couvents, dans chacun des^ quels les garçons et les filles sont renfermés séparément jusqu'à ce qu'ils se marient. Il y a dans ces couvents des ateliers de toute sorte pour l'un et l'autre sexe. L'ouvrage deâ femmes consiste à fabriquer des étoffes en laine ^ coton et fil. La dépense de l'entretien de ces dwir-'houses est faite par la communauté sur le produit de la fabrication.

Ijes travaux commencent au lever et cessent au coucher du soleil ; alors diacUn se rend à l'é-

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