DEPART DU COMTE DE ROGHAMBEAU. I
Le comte de Bochambeau, qui avait si bien rempli sa mission , fit ses adieux à sa brave armée, se sépara à regret de son noble frère d'armes le général Washington, et partit, comblé de félicitations et de témoignages de reconnaissance ^ afin d'aller s'embarquer sur la frégate qui l'attendait dans la baie de Chesapeak pour le ramener en France. Il emmena avec lui le chevalier de Chastellux , major général , M. de Béville, maréchal général des logis, et les principaux officiers de son état-major. Me trouvant alors le plus ancien des aides maréchaux généraux des logis, je remplis les fonctions de chef d'état-major du corps , sous les ordres du baron de Vioménil. I.ie chevalier Alexandre de Lameth, aide maréchal général des logis, M. Dubourg, idem y et les deux frères. Berthier, adjoints à l'état-major général, étaient employés avec moi. Je me rendis à Boston, pour y régler de concert avec le chevalier de l'Éguille, major de l'escadre, les préparatifs d'embarquement. Les travaux de radoub et de ravitaillement de cette escadre délabrée, s'étant prolongés au delà du terme que M. le mar^ quis de Vaudreuil aVâit d'abord fixé, le baron de Vioménil dut arrêter les troupes à Providence, où elles baraquèrent et séjournèrent jusqu'au I*' décembre. Elles furent ensuite successivement dirigées sur Boston. Des accidents imprévus eau-
lo8 PAROLES DV DOCTKDR COOPER.
sèrent de nouveaux retards; j'en profitai , ainsi que nos compagnons , pour visiter les premiers champs de bataille de cette guerre que uqus venions de terminer. Boston fut le berceau de la révolution américaine; nous eûmes l'avantage d'y retrouver encore quelques-uns des plus célèbres acteurs de ces mémorables scènes ; le président Hancook, son ami le docteur Cooper, M. John Adams et quelques autres. Nous puisions dans leurs intéressants entretiens des notions plus exactes sur les principaux événements. Le docteur Cooper nous parlait un jour de la première déclaration d'indépendance; nous l'écoutions avidement; tout en applaudissant à notre enthousiasme pour la liberté, ce Prenez garde y prenez «( garde, jeunes gens, nous dit-il, que le triomphe « de la cause sur cette terre vierge n'enflamme « trop vos espérances; vous porterez le germe de «ces généreux sentiments, mais, si vous tentez a jamais de les féconder sur votre terre natale, « après tant de siècles de corruption, vous aurez « à surmonter bien plus d'obstacles ; il nous en a (c coûté beaucoup de sang pour conquérir la lice berté, mais vous en verserez des torrents avant « de l'établir dans votre vieille Europe. »
Combien de fois depuis, pendant nos orages politiques, pendant nos maui^aîs jours, ne me suis-je pas rappelé les adieux prophétiques du