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gager le Fantasque. Cette belle escadre, parfaite ment rétablie , était commandée par des officiers qui s'étaient illustrés dans les campagnes précédentes; les équipages, aguerris, étaient pleins d'ardeur; et nos braves soldats, fiers de leurs succès en Amérique, avaient autant d'audace que de vigueur. C'était un imposant spectacle que celui de ta sortie de cette escadre au milieu des acclamations et des bénédictions des Américains, qui saluaient de leurs bourras le pavillon de France. Les vents soufflaient de l'ouest, la mer était belle et le ciel serein; à peine étionsnoous sous voile que les débris du Magnifique nous marquèrent le premier écueil; nou» (ÎDublâmes les îles de Nantucquet par un chenal extrêmement étroit; nous jouissions avec plaisir de l'étendue et de la variété des points de vue au milieu de ce vaste archipel. Bientôt nous n'aperçûmes plus que les sommités qui couronnent ce superbe bassin. Les vents sautèrent à l'est; ils fraîchirent par degrés, et nous forcèrent de mettre à la cape. La tourmente devint très-forte; la seconde nuit fiit affreuse; nous dérivions vers )a côte, et nous ne pouvions nous soutenir qu'en nous dirigeant vers la baie Française, à l'entrée de laquelle il n'y a pas entre les écueils un brassage suffisant pour les vaisseaux de soixante-quatorze. Les pilotes assuraient que nous n'avions pas pour deux heu-
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res à courir avant d'y être rafales. Un morne silence régnait dans le nombreux équipage et parmi les passagers à bord du Triomphant. Le marquis de Yaudreuil donnait l'exemple du calme et de la résignation. Vers deux heures du matin, les vents varièrent, passèrent au nord*ouest, et nous fûmes bientôt rassurés et hors du dangen A la pointe du jour nous aperçûmes quatre vaisseaux seulement qui avaient pu conserver et suivre les feux de l'amiral. Tout le reste de l'escadre et des transports avait été dispersé par la tempête. La frégate Vlris^ commandée par M. de Traversey , fort éloignée de nous , se couvrit de voiles et de pavillon pour nous dire adieu, et fit route vers la France conformément à ses instructions, pour y porter la nouvelle du départ de l'expédition. L'amiral avait seul le secret de la destination de l'escadre; nous ne doutions point que ce ne fût l'île de Saint-Domingue. Il fi^t mettre le cap au sud-est sans chercher plus longtemps à rallier entre les écueils les bâtiments qui devaient être sortis de Portsmouth et de Rhode-Island. Nous éprouvâmes encore quelques contrariétés avant de quitter les parages de l'Amérique septentrionale. La seconde division de la flotte anglaise sous les' ordres de l'amiral Hood , forte de treize vaisseaux de ligne , avait fait voile de Nevsr-York le 22 novembre pour les
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îles SOUS le Vent , après avoir embarqué le reste de la garnison. L'amiral Pigot l'avait précédé avec la première division de la flotte pour se rendre aux îles du Vent. Ainsi l'Amérique était délivrée; la cause de la liberté triomphait, et le théâtre de cette grande guerre maritime était transporté dans les Antilles.
A mesure que nous descendions vers les latitudes méridionales au delà des Bermudes, nous trouvions un climat plus doux, et nous perdions le souvenir du froid rigoureux qui nous avait fait craindre d'être arrêtés par les glaces dans le port de Boston. Notre navigation était moins fatigante, et j'employai ce premier moment de repos à recueillir mes observations sur la situation des États-Unis à l'époque du départ de l'armée française. Je les adressai au chevalier de Chastellux qui, en partant pour retourner en France, m'avait invité à correspondre avec lui. Je transcris ici un extrait de cette correspondance qui renferme un tableau fidèle de l'état moral et politique de ces contrées. Il peut être intéressant de le comparer au prodigieux accroissement qu'a depuis acquis cette immense république fédéra tive.
« Les opinions de ceux qui ont vu les Étatsce Unis sont plus opposées que les vents qui se
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« disputent la turbulente obéissance des flots, «c Les uns , ouUiant l'époque de rétablissement « de ces colonies et leur rapide développement, a considèrent les Américains comme un peuple a ancien 9 et cherchent parmi eux les avantages «c qu'on ne doit qu'à une population surabondante, ce Les autres jugent des habitants comme du sol i oc ils se persuadent que les Américains sont un a peuple nouveau; ils se plaignent de ne pas ce trouver parmi eux cette pureté de mœurs si ce vantée , et ne pardonnent pas les vices , le mal a moral 9 qui serait à peine remarqué en Europe, «c et dont on ne s'aperçoit si facilement en Amé- «c rique , que parce qu'il y est en opposition avec ce une plus grande masse de biens. On s'arrête a difficilement à un juste milieu; on dit qu'un ce gouvernement est parfait ou qu'il est très-cor- «c rompu. Le caractère national se forme malgré cela similitude de langage, de coutumes, de a mœurs, de religion , de principes de gouvemett ment, que les Américains ont avec les Anglais ; ce il est même déjà &cile d'assigner ekitre ces deux a nations deâ différences essentielles. Chez les a premiers^ on trouve plus de douceur et de ce tolérance, plus d'hospitalité; et ils sont en a général plus communicatifs que les Anglais, a Ceux-ci leur reprochent trop de légèreté, un « goût trop vif pour les plaisirs; ils les trouvent I. 8
tj4 SITUATION DES ÉTATS-UNIS.
« dégénérés et les taxent de faiblesse; mais, « bientôt 9 la différence des intérêts , l'attache- « ment au nouveau gouvernement, la discipline « et le bon esprit de l'armée , marqueront forte- « ment le caractère national. Travaillons donc à ce fixer notre opinion sur l'esprit et les dispositions t< actuelles des Américains : cette connaissance a pourra nous faire pressentir quelle doit être la (c suite de cette étonnante révolution.
a On a blâmé les Américains de s'être refroidis « tout à coup après leurs premiers succès, et d'à-, «voir bien plus manqué d'énergie que de moyens a dans les dernières années. Il fallait chercher la tt cause de ce refroidissement dans les principes a mêmes de la révolution et non dans le caractère (c national. Le premier enthousiasme ne pouvait « durer; le fanatisme de la liberté avait fait surgir (C une armée, qui fut, dès son principe, soutenue (C par les succès ; mais ces maires, par leur com- « position même, devaient se dissoudre au pre- « mier revers. On consommait à la fois toutes les « ressources; chaque cultivateur, devenu soldat, « dissipait le fruit de son économie, et retource nait chez lui épuisé et fatigué de la guerre, a Quand le besoin , l'ambition ou l'habitude n'ai- « dent point à retenir les hommes sous les dra- « peaux, il n'est que trop à craindre que l'en- « thousiasme ne s'arrête dès l'instant où chaque
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« individu fait la réflexion qu'il sacrifie à la pa- « trie plus qu'elle ne peut lui rendre. Il fallait a donc substituer une armée payée et disciplinée et à des milices irrégulières : ce passage était diffi* <t cile assurément; mais le gouyernemen|: acqué* a rant de jouren jour phis de consistance, il imporoc tait de donner à la force publique une organice saticm stable, de régulariser la levée des impôts, « et cependant de tenir tous les citoyens armés « pour la défense commune.
ce Vous savez comme le général Washington est ce parvenu à former une armée ; les hommes , « engagés pour une campagne, mêlés d'abord avec (c les miliciens ou soldats volontaires ; la formation <c de quelques troupes absolument mercenaires, « leur révolte, les nouveaux règlements, enfin la «c constitution militaire acceptée unanimement «par les États-Unis; toutes ces circonstances « sont des degrés marqués, qui n'ont pas du vous « échapper; et l'excellent pied sur lequel nous ce avons vu l'armée américaine , avant notre dé- « part, à la revue de Kings-Ferry, ne sera pas à « vos yeux le moindre des succès du héros de « l'Amérique.
c< Cependant on a été jusqu'à conclure de la ce tiédeur apparente des Américains, pendant les « dernières campagnes , que la révolution était a bien moins avancée qu'on ne l'avait cru , que le
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(( parti du roi était encore considérable , que la « multitude était entraînée par les chefs de parti, a les leading^men , mais que le vœu général n'était « pas pour l'indépendance : opinion fausse et « trop accréditée parmi quelques Français. D'atf près la constitution américaine et les principes c( même de la confédération , les décisions des as- (( semblées générales sont nécessairement celles a de la majorité des individus, et manifestent la « véritable opinion publique. Les élections des <( membres dans les comtés sont libres et sans « corruption. Un homme peut séduire quelquesec uns de ses concitoyens par son éloquence , mais « il ne peut acquérir leurs suffrages par son arec gent. On regarde comme une tâche pénible la « nécessité de se déplacer pour aller représenter « ses commettants à l'assemblée générale : c'est « du moins l'opinion la plus reçue. D'aille.urs on « ne retire de cette faible distinction aucun béné- « fice , et on n'obtient que fort peu de considéra- « tion personnelle. On peut donc juger par la dis- « position des esprits dans l'assemblée générale (c d'un des États , des partis qui existent dans les <c différents comtés de ce même État. Le même « comté influe dans l'élection des membres qui « doivent représenter l'État au congrès; il est a donc certain que le membre élu est l'homme « le plus populaire, et que son opinion dans les
fc affaires publiques sera toujours celle du plus te grand nombre de ses commettants. Il n'est pas « vrai de dire que ce principe se corrompt en s'écc loignant de la source. S'il s'est trouvé dans le c< congrès des membres soupçonnés d'être dans « le parti du roi , c'est dans le commencement de ce la révolution, c'est avant qiie la constitution oc fut bien établie , avant que la scission de l'An- « gleterre avec ses colonies fut prononcée, que « les conséquences en fussent senties , et les « nouveaux intérêts du gouvernement assez bien ce connus pour que chaque individu se fût déjà « décidé à y réunir les siens propres. Il ne faut « pas s'étonner que les mouvements du parti tory A aient été plus sensibles dans ces derniers temps ; « ses espérances étaient soutenues par les succès a des Anglais dans les provinces du Sud. Il attenâ dait avec confiance que l'événement de la ce guerre décidât de sa fortune. Les moins préve- « nus parmi les torys se flattaient que, puisque « les armes du roi étaient victorieuses dans une « des plus riches provinces, celui-ci traiterait « avantageusement avec les Américains , que les a propriétés seraient respectées , et que les roya- « listes opprimés reprendraient leurs droits. Les a plus politiques se conduisaient avec prudence a et voulaient paraître indifférents. Enfin , nous a avons vu la dernière période de la révolution ,
c< l'Angleterre réduite à la défensive et mettant en a question l'éTacuation des deux places qui lui « restaient. Dès lors le parti du roi , sans consisi< tance, sans ensemble , sans force et même sans a courage , n'en a pas moins embarrassé le gou* ce vemement par de nouvelles difficultés; il a fo* « mente les jalousies , attaqué les principes de la (c confédération, diminué la confiance publique , « entravé la levée des impôts , et cherché à re* c< nouer avec l'Angleterre les liens du commerce. (c L'appât d'une paix séparée y offerte au congrès <i par le générai Carleton, au nom de son gouver« (C nement; la modération que ce général affectait; <K le soin qu'il prenait de favoriser le commerce « interlope , étaient plus funestes au gouverne- <x ment que de nouveaux ravages qui eussent ence flammé la haine pour le nom anglais. Les sages « mesures du congrès , et la résolution unanime <i des différents États de rejeter les propositions « de paix dans lesquelles la France ne serait pas a comprise , sont la dernière et la plus forte preuve « que ce n'est plus l'esprit de faction qui préside (C aux conseils , que la constitution est bien affer- « mie 9 et que la nation, la nouvelle Amérique, « n'a plus rien à craindre des torys. Ce sont les « vagues après la tempête. Cependant ce parti , « subjugué, réduit au silence, trop souvent per- (< sécuté injustement par les whigs^ existe encore.
n U tendra à. se rapprocher de l'Angleterre; il a conservera précieusement les mœurs et les couce tûmes anglaises; il profitera des avantages de « commerce que feront les Anglais aux Améri* ce cains; il gardera un ressentiment implacable ce auK Français 9 et travaillera sans relâche à rdm* « pre notre alliance avec les États-Unis* Il nous a importe donc^ pour achever notre ouvrage, « pour cimenter la séparation , de maintenir avec « les Américains une relation intime et contitf nuelle, d'obtenir chez eux la préférence pour « le débit des marchandises importées. Ce n'est u pas que ce commerce puisse nous être extré- « mement avantageux, mais il est nécessaire de ce contre-balahcer celui des Anglais, et d'entretenir ce surtout 9 jusqu'à la prochaine génération , l'opi- « nion que les Américains ont prise de la nation ce française. Le séjour de l'armée de M. le comte tf de Rochambeau en Amérique a détruit le vieux ce préjugé que les Anglais y avaient entretenu cr contre le caractère français. Il était si fort , que, « dans le commencement de la révolution , le^ escc prits les plus animés et plusieurs de ceux qui t< voulaient l'indépendance rejetaient l'idée de « l'alliance avec la France. Il a fallu engager le ce peuple en lui faisant accepter des secours non c( avoués; et si la question eût été purement proc< posée, il est incertain quel eût été le choix de
cr la majorité : traiter avec l'Angleterre , ou s'allier « avec la France. Le marquis de la Fayette eut « tout l'honneur de former les premiers liens en-- « tre les deux pays par son généreux dévouement ; ce mais il faut faire hommage à M. le comte de Ro- « chambeau de l'opinion favorable qu'on a prise « des Français dans toute l'Amérique septentrio- « nale. C'est la discipline exacte qu'il a maintenue « dans son armée , c'est sa prudence, son esprit « de justice soutenu, sa subordination noble et « parfaite au général Washington , c'est surtout « la connaissance qu'il avait acquise c}e la forme « du gouvernement et son attention extrême à « ne point la contredire par le ton et l'exécution <c militaire de nos ordonnances, qui ont produit ff ce bon effet. Louons beaucoup cette conduite : « elle est le fruit de la sagesse et du mûr examen c( des choses presque contraires qu'il avait à con- « cilier ; il a ainsi forcé les circonstances ; et, tou- « jours fidèle à son plan, il a su faire respecter « le nom français, même en s'assujettissant aux ft lâiteurs , à tous les détails de l'administration « démocratique et aux lois les plus choquantes « pour nous, chez qui l'inégalité des condition» « ne peut pas être effacée, où l'intérêt même de « tous ne rapproche pas les individus des difféc< rentes classes.
« Il est certain que la réputation du Français ,
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et si essentielle à établir , était indépendante du ce succès de nos armes , lorsque nous avons opéré a en Virginie. Ce que je dis de la conduite des ce Français semble démenti par les opinions parte ticulières de quelques-uns d'entre nous , car « vous les avez souvent entendu déclamer contre «c les A^méricains; mais telle est Fimportance de « la conduite du chef, que Finconduite des suce bordonnés est moins marquante à mesure que ce la sienne est plus soutenue. Ajoutez à cela la ec difficulté de la langue, et vous jugerez que ff les imprudences des particuliers sont rarement a dangereuses. C'est un étrange préjugé que celui ce qu'on appelle national , et l'impossibilité où a l'on croit être de se plier à des usages nou- « veaux, et de contracter des habitudes que l'on €c prend cependant, comme on acquiert la con- « naissance de Fidiome le plus difficile et le plus ce éloigné du nôtre. Je crois que les peuples ont « des caractères différents, mais je ne pense pas a que ces traits opposés soient la cause des haines ce appelées nationales. Il faut plutôt l'attribuer à « la rivalité d'intérêts, aux passions des gouver- (c nements. Supprimez cette cause , les peuples a n'ont plus de principes ennemis ; on peut les ce réunir comme on allie les métaux. En obser- « vaut avec attention les progrès successifs de ce notre accointançe avec les Américains , je me
12a SITUATION DES ETATS-UNIS.
a suis convaincu que les caractères les plus dif- «r férents peuvent se convenir , lorsqu'on évite <r avec soin de les présenter l'un à l'autre par les <c côtés trop dissemblables. Cette politique de- «c mande une disposition d'esprit très-rare; mais « c'est au manque des qualités nécessaires dans « le chef qu'il faudra imputer uniquement le ce manque de réussite. Gardons-nous aussi de « donner à cette politique tout l'honneur de nos cr succès; les avances , la cordialité , le loyal ac- « cueil que nous ont fait les habitants les plus <c considérables de l'Amérique ^ ont beaucoup a contribué à cet heureux résultat.
ce Telle est la pente naturelle , je dirais mieux « la vocation des hommes pour le gouvernement « populaire , que , parmi les républiques confé- <c dérées de l'Amérique, c'est là où la démocratie (c était plus parfaite et où les moeurs nous plai« a saient davantage ^ que nous avons trouvé plus « de facilité à nous lier. Cette réflexion , en me « rappelant les différences qui existent entre les a habitants, me conduit à examiner leurs sentice ments par rapport à la constitution générale, a Je ne parlerai, mon cher chevalier, des États- « Unis en particulier que sous le rapport poli- « tique , et seulement pour vous faire observer a quelle est la disposition des esprits à l'égard de 'f l'ensemble et de la durée de cette immense ré- « publique.
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<r L'État de Massachusset a été le berceau de la ce révolution. La fermentation des partis y a pro- <c duit, dès le commencement, des caractères « plus républicains; mais on s'y ressent encore ce de Tesprit de faction et d'intolérance qui alluma <c les premiers flambeaux. Un de ces hommes «c célèbres qui ont joué les premiers rôles, me « disait un jour : — Ici, dans le fond de ma re* « traite, comme un autre Gatilina, the collar « Around my neky au péril du dernier sup* « plice, je faisais le plan de la révolte, je cherce chais à persuader à mes timides complices que ce la révolution la plus glorieuse pouvait être l'ef* ce fet de nos efforts; mais j'osais k peine l'espérer, ce et c'est un vrai songe que je vois se réaliser, ce Vous savez par quelles obscures intrigues , par ce quelles infidélités à la mère patrie on est parce venu à former un parti puissant, comment on ce a aigri les esprits avant de pouvoir faille éclater ce l'insurrection. Bientôt l'orgueil, la tyrannie, ce l'aveuglement et les fautes grossières du minisce tère anglais, ont ennobli la cause; les autres ce provinces se sont véritablement armées pour la ce liberté, pour la défense de leurs concitoyens ce opprimés. La nation tout entière a brisé le ce joug et s'est donné à elle-même des lois par le ce droit inaliénable de l'homme; acte sublime, ce monument auguste de la dignité humaine! Dès
« lors, tout changea de face et de nom ; il n'y eut « plus de rebelles y mais bien des citoyens affran- « chis d'un joug tyrannique. Us élurent magistrats « les plus sages et les plus éclairés d'entre eux. «Du sein de ces factieux, que le ministère an- «( glais croyait pouvoir promptement réprimer, « sortirent tout à coup de savants législateurs, «d'habiles jurisconsultes, d'illustres guerriers; « la liberté pleura sur la tombe du brave et inté-
« ressaut Montgomery On voit encore à
« Boston les traces des premières discordes ; on «y retrouve les premiers acteurs, Hancook, tf Adams, Cooper, Baudouin, etc. Fidèle à la «constitution générale, payant avec exactitude « les taxes imposées par le congrès, l'État de « Massachusset se régit avec équité et vigueur; « il possède les meilleurs règlements économi- « ques. I^ constitution, qui n'a été finie et rédi- « gée qu'en 1780, est peut-être le code de lois « qui fait le plus d'honneur aux hommes. On ne « peut lire sans émotion, et sans sentir son âme « s'élever, le préambule de cet écrit, la déclara- « tion des droits communs à tous les membres « de la république, et sur lesquels sont fondés les « différents articles de la constitution. Les der- « niers mots sont to the end, it may be a gosier- « nement of laws and not of men. Pour que ce a soit le gouifernement des lois et non des fwmmes.
a L'État de Massachusset, déjà très-peuplé, le a deviendra davantage. Les terres sont concédées c< par l'État et toujours en proportion au nomce bre de bras que les nouveaux planteurs peuvent a employer au défrichement; si ses intérêts poli^ce tiques sont bien entendus , le grand nombre de ce matelots qu'il peut fournir, la quantité de ports a qui sont sur les côtes, les pêcheries, la position ce avantageuse de Boston pendant la guerre à « cause de l'atterrage , l'échange des bois de cons^ ce truction , assureront une relation continuelle et (c avantageuse avec les autres parties du contlcc nent. Comme c'est au milieu de Boston que se ce sont élevés les ennemis les plus ardents du goua nement anglais, c'est là aussi que le parti tory ce se montra plus animé. Les commotions furent ce courtes mais violentes ; il n'y eut point de pitié « pour les vaincus ; une foule de familles fut con- « trainte à s'expatrier pour échapper à la perses ce cution. Ce parti, qui ne saurait renaître de ses a cendres, entretient les inimitiés des familles; il ce ne cesse de rappeler les actions criminelles qui ce d'une ou d'autre part entachèrent les premiers « jours de la révolution. De là naissent les dissencc sions que le temps seul peut faire cesser, et ce qui jusque-là rendront les élections très-oracc geuses.
a Le petit État de Bhode-Island , animé par
« l'exemple des Bostoniens, et encouragé par «leurs succès, montra beaucoup de nerf dès le « commencement. L'ennemi s'établit dans sa ca- < pitale, raragea ses côtes, intercepta ses cornfc munications maritimes, ruina son commerce. (K Plusieurs citoyens faibles , et attirés par les « avantages d'un commerce prohibé, aban- «c donnèrent la cause. Les quakers, indifférents ce en apparence, mais Anglais dans le fond du « cœur, penchèrent vers le parti du roi. Cepen- « dant l'État ne fut ni subjugué par les armes de» «c ennemis, ni ébranlé par ces querelles intestines. « Les whigs ont fini par poursuivre avec sévérité cr et par chasser ou réduire^ au silence les torys ff qui étaient parmi eux. La petite étendue de cet <c État fait que tous les habitants se connaissent. (( La grande population , le goût de l'agriculture, ce Tactivité de la navigation, l'agiotage continuel, «c ont excité chez eux l'esprit d'association , et on «f y remarque plus qu'ailleurs^ le goût pour les « controverses politiques. Nulle part enfin les <c nouveaux républicains ne se sont montrés plus « fiers, plus intolérants, plus ardents à défendre a la cause nationale; et quoiqu'ils aient été réduits a par de grandes perles à tout sacrifier, ils n'en a sont pas moins jaloux de soutenir l'autorité du « congrès que de défendre avec force les priviléa ges de leurs propres assemblées : ainsi il y a
« peu de temps qu'ils ont formellement refusé de «c payer l'imposition de 5 p. % sur les marchan* a dises importées, à laquelle les autres États « s'étaient déjà soumis.
<K Je vous parlerai peu du Connecticut, dont la a constitution est solidem^^tt établie : c'est un tf modèle de démocratie pure et bien réglée, et « dans laqueUe on ne trouve aucun des inconvécc nients que te célèbre auteur de l'Esprit des lois, ce l'oracle et le défenseur de la liberté, n'a pu s'ema pécher de prévoir dans l'établissement d'un gou- <c vernement populaire. Il faut attribuer la perfec* « tion de cette organisation au peu d'inégalité des a fortunes , à la position presque également avan^ ff tageuse des différentes villes tant sur la rivière « du Connecticut que sur les côtes du Sound : ce u qui n^a pas permis la formation de ces grands a établissements qui nuisent à l'accroissement des « colonies, et dans lesquels les meilleurs principes « se corrompent. S'il existe un peuple chez lequel <c la félicité des individus soit assurée par la forme <c du gouvernement, c'est sans doute celui du « Connecticut. La tolérance ai matière de religion fit y a étouffé l'esprit de secte et de prosélytisme, fic Les habitants n'y dépendent que des lois qu'ils <c se sont données; et le repos dans lequel ils a jouissait de leur excellente constitution , ne ce laisse pas prévoir ce qui pourrait en altérer la
« pureté* La côte du Sound ^ ayant été continuel- « lement ouverte à l'ennemi et souvent l'objet de « ses désastreuses expéditions , on n'a pu empé- (c cher la communication avec Long-Island^ et on « y a fait passer une grande quantité de bestiaux a et de farines. Ce commerce interlope fait sup- « poser que les habitants des côtes étaient torys <( et entièrement acquis aux Anglais; mais ils y « étaient forcés par leur position. S'ils n'aidaient « l'ennemi 9 ils étaient exposés à de continuels « ravages. Cet £tat n'en a pas moins montré le « plus ferme attachement à la cause générale. Il « a contribué plus qu'aucun autre à l'entretien « de l'armée, et le général Washington y trouva « toujours de nouvelles ressources dans les mo- « ments les plus difficiles.
« L'État de New-York, ceux de la Pensylvanie c( et de la Delaware ont un grand intérêt à maince tenir l'union des treize États et l'autorité du « congrès ; on pourrait même dire qu'il serait de « leur avantage politique de l'accroître, parce « que les villes de New-York et de Philadelphie « sont les plus considérables de ce continent, et « appellent le commerce de toutes les autres par* <c ties. Ces États, formant le centre de la républi-^ «que fédéra tive, ont une grande influence sur « le gouvernement général ; et comme ils perce draient tout l'avantage de leur position, si la
SITDATfON DRS ETATS-UNIS. I ag
« confédération venait à se dissoudre , ils ont au* <c tant à cœur de maintenir ]e pouvoir du congrès <c que leur propre indépendance dans la gestion a de leurs affaires particulières.
«t Les États du Maryland , de ia Virginie et des ce deux Carolines tiennent fortement à leur conscc titution particulière, qui, sur des points impora tants, diffère beaucoup de celle des États du « nord ; mais cette différence , pas plus que celle a du climat et de la nature des établissements ce agricoles ou commerciaux , ne les entraînera a jamais à s'isoler. Ces États ont reconnu , sur^ « tout pendant les deux dernières campagnes, a combien l'appui des États septentrionaux leur ce était nécessaire. On est donc fondé à croire que a l'extension territoriale des États-Unis, loin d'af- « faiblir le lien fédéral , lui donnera plus de force a de jour en jour. Sur cette vaste étendue de a côtes ) chaque État, limité par de grands fleu- €c ves , aux embouchures desquels se trouvent de a bons ports, a, pour ainsi dire, ime navigation €c particulière, un commerce spécial , et chacun « d'eux ne peut se passer d'une protection com- « m une à tous. L'accroissement de la population , a des productions et du commerce, ne pouvant « rien changer à un état de choses qui résulte de a leur situation respective, on ne peut douter ce que la constitution fédérale ne s'affermisse par
l3o SITUATION DES iXATS-ClflS.
« les mêmes causes qui partout ailleurs pource raient en menacer la durée.
(c Les esprits prévenus contre la forme du gou* a vernement républicain , les partisans aveugles ce du gouvernement monarchique, n'admettront <c point cette conclusion. Ils prophétisent déjà le ce démembrement des États-Unis dans un avenir « prochain , et voient des trônes s'élever en deçà « et au delà de l'Ohio ; je suis loin de partager <c cette opinion née de nos habitudes et de nos « préjugés. Je crois, au contraire, que les « principes des gouvernements qui se formeront <c successivement dans le nouveau continent se* a vont nécessairement en opposition avec ceux « de notre vieille Europe. Fiers de leurs institu- « tions, les plus justes et les plus raisonnables « que la sagesse humaine ait jamais dictées , les « Américains septentrionaux attacheront à leur « maintien l'honneur national. Ces bonnes lois se « perpétueront chez eux d'âge en âge, parce qu'on <c y reconnaîtra toujours la source la plus pure « de la prospérité publique et du bonheur indi- « viduel. »
Ces réflexions sur la situation des États-Unis nous occupaient exclusivement pendant la durée de notre navigation de Boston aux Antilles. L'é-> tat-major du Triomphant formait une agréable société; il était presque entièrement composé
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de neveux ou parents du marquis de Vaudreuil^ Je me plais à rappela leurs noms^ comme aussi le bon accueil que je reçus d'eux : le baron de Paroi, les chevaliers de Panât, de Viella, de la Panouze , le chevalier de l'Aiguille, major de l'escadre, le comte de Montcabrié, capitaine du pa* Villon, étaient des officiers distingués par leurs talents et leurs services. Plusieurs d'entre eux ne l'étaient pas moins parleur esprit cultivé et Tagré*ment de leur conversation. Ils eurent la complaisance de m'instruire de tous les détails intéressants du métier de la mer que puisse apprendre un passager, et j'en profitai de mon mieux.
Nous atterrâmes sur la pointe est de Porto- Rico le 1 5 janvier 1 783, après vingt et un jours de navigation. Nous devions, disait*on, nous rendre au cap Français , île de Saint-Domingue , après avoir rallié les vaisseaux qui s'étaient séparés, et le convoi qui avait été dispersé pendant la tempête; mais nous apprîmes bientôt que l'aniiral Hood bloquait dans ce port l'escadre espagnole de D. Solano , et qu'il attendait M. de Vaudreuil avec dix-huit vaisseaux. La frégate française VAigretiey qui sortit du port Saint-Jean, où elle avait relâché, ainsi que la Cérèsj avec quatrevingts bâtiments de transport chargés de vivres et destinés pour Saint-Domingue , vint confirmer ce rapport sur la position de l'ennemi. La nôtre
l3a SITUATION DES ESCADRES.
devenait fort délicate; M. de Yaudreuil continua de croiser devant Porto-Rico, et dut renoncer à se rendre au Cap. Il était vraisemblable que l'amiral Hood j informé de l'approche de l'escadre française, ne manquerait pas de venir à sa rencontre et d'engager le combat avec des forces supérieures. Nous n'avions d'ailleurs aucune nouvelle des Espagnols; un seul de leurs vaisseaux , le Dont Juany était mouillé dans le port Saint-Jean ; et le commandant de la place, quoiqu'il eut une bonne garnison de trois mille hommes, craignait d'y être attaqué. Nous étions si préoccupés pendant cette croisière de l'incertitude du sort de l'escadre, que personne ne songeait à jouir du magnifique spectacle qui était sous nos yeux , de la pureté de l'air et de l'agrément de la navigation dans ces belles mers. Une frégate anglaise , détachée de l'escadre de l'amiral Hood, vint nous reconnaître ; elle avait serré à la côte le cutter le Malin; le vaisseau la Couronne le dégagea et donna la chasse à la frégate anglaise , qui s'échappa pendant la nuit. M. le marquis de Yaudreuil, ayant rallié tous les bâtiments de son escadre et les deux flûtes escortées par la Néréide^ fit sortir la Cérès du port Saint-Jean , et se décida à quitter cette station dangereuse pour se rendre au second point de ralliement indiqué dans ses instructions : nous fumes bien surpris d'apprendre
KOUVELLE DIRECTION !>£ l'eSGADRE. i33
que c'était à Porto-Cabello , dans la province de Venezuela y sur la côte de TAmérique méridionale. Le 21 janvier, l'escadre mit le cap au sudouest pour passer entre Porto-Rico et Saint-Domingue; nous doublâmes l'île de la Monna et nous virâmes ensuite de bord pour remonter, en louvoyant, le canal entre la grande terre et l'île de Curaçao. Nous n'avions d'autre pilote que celui que D. Galvès, gouverneur de la province de Caraque, avait envoyé à M. de Vaudreuil pour diriger son passage par le canal de Bahama. Celui-ci connaissait à peine cette côte hérissée d'écueils , et n'y avait navigué qu'avec de petits bâtiments. Un vent très-frais de nordest, qu'on appelle brise carabinée, élevait une grosse mer, et rendit notre navigation très-pénible. Il nous fallait remonter dans un chenal étroit contre le vent , qui ne varie jamais que du nord-est au sud-est, et contre des courants rapides dont la force et la véritable direction étaient inconnues à tout le monde. Nous avions encore quarante lieues à gagner ainsi bord sur bord. D. Solano avait assuré qu'en rangeant de près la côte on pouvait facilement s'élever à la faveur des brises de terre; mais cette côte était neuvfe pour nous comme pour les hardis navigateurs qui la découvrirent et qui ne montaient pas des vaisseaux de quatre-vingts canons. Nous nous
l34 POSITION DANGEREUSE PU TRIOMPHANT.
approchions de la terre ferme , la sonde à la main ^ pour reconnaître successivement des pointes auxquelles notre pilote déconcerté donnait au hasard des noms différents; nous ne pouvions nous relever qu'en virant de bord et en nous approchant de Curaçao où les courants étaient moins violents; mais nous perdions bientôt ce léger avantage, et nous nous trouvions affalés et moins avancés qu'auparavant. Courant ainsi bord sur bord 9 tantôt nous nous trouvions en vue du port et de la ville de Curaçao , où M. de Vaudreuil, fidèle à ses instructions , ne voulait point relâcher y et d'où l'on nous tirait des coups de canon à boulet pour nous avertir du danger de nous en approcher de trop près. Quand nous avions viré, les courants nous entraînaient de nouveau sur la côte espagnole. Nous apercevions le fond des baies , les bois d'orangers qui couronnaient le rivage 9 les hautes montagnes , dont une vapeur azurée entourait les sommets. Pendant la nuit, nous nous tenions au large et dans le milieu du canal, luttant contre le vent; l'escadre était dispersé^; plusieurs vaisseaux démâtés ne purent, comme le TriomphaM^ réparer leurs avaries sous voiles, et furent contraints de relâcher à Curaçao. Ce ne fut qu'après avoir passé dix-huit jours dans cette fâcheuse position que nous parvînmes à doubler la pointe de Oùchiri-
NAUFRAGE DE LA BOURGOGITE. l35
bichiy qui forme le golfe Triste , au fond duquel se trouve Porto-Cabello. Nous étions encore à dix-^ept lieues sous le vent, lorsqu'un lougre français vint à notre rencontre , nous amena un pilote, et nous apporta la triste nouvelle du naufrage du vaisseau la Bourgogne^ échoué sur la pointe de Tacaya^ où nous étions quelques jours auparavant Nous avions entendu , dans la nuit, des signaux de détresse; mais ayant sondé, trouvé un fond de corail et seulement deux pieds d'eau sous la quille, nous avions à peine eu le temps de virer de bord. M. de Champourçain , qui commandait ce beau vaisseau, sur lequel onze cents hommes, soit de l'équipage, soit des troupes, étaient embarqués, aurait dû y rester le dernier; mais il se sauva sur un des radeaux qu'il avait Êiit construire. II eut , dit-on , le mal^ heur de survivre ïla honte d'avoir manqué à son devoir dans cette confusion. Les radeaux furent bientôt surchargés; on se battit avec acharnement pour les détacher du vaisseau. Trois à quatre cents individus seulement purent gagner le rivage; presque tout le reste périt. L'officier qui nous rapportait ces tristes détails était envoyé par le commandant de la Néréide^ qui avait recueilli quelques malheureux naufragés restés sans secours, pendant trois jours, sur les débris du vaisseau.
l36 ARRIVEE A PORTO- CABEiXO.
Enfin, le lo février, nous arrivâmes à Porto- Cabello, où nous trouvâmes deux de nos vaisseaux , P Auguste et le Pluton^ qui avaient passé au vent de Porto- Rico.
Rien de plus pittoresque et de plus sauvage que l'aspect des hautes montagnes qui entourent le golfe Triste. Cette chaîne, rarement interromr pue , s'étend le long de la côte de la Nouvelle-Espagne, et va s'attacher d'un côté aux pics élevés de Sainte-Marthe, vers le grand lac de Maracaïbo, et de l'autre à celles au delà desquelles est le cours de l'Orénoque. Tout y annonce à l'œil étonné un vaste continent; la nature s'y dessine en grand, et rappelle fortement l'impression qu'un tel spectacle dut produire sur l'âme du premier navigateur qui découvrit ce nouvel hémisphère. Combien j'étais impatient de débarquer! Je me promettais des merveilles, je cherchais à distinguer des masses qu'une brume épaisse me cachait. La réalité fit bientôt évanouir les chimères de mon imagination. Je ne trouvai qu'une terre plate et noyée au pied de ces montagnes dont l'aspect m'avait séduit, et qui, vues de près, n'offraient ni accès ni variété.
La ville de Porto-Cabello est bâtie sur ces làgimes; les maisons en sont basses , mal construites et très-sales, ce qui nous déplaisait d'autant plus que nous les comparions avec les habitations