‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 30 sur 96 · LAS CAC0IS8AS · texte numérisé non relu

LAS CAC0IS8AS

traverser avant de descendre dans la vallée de Caraque est une des plus élevéeis de ce continent. Ces masses formes me parurent encore plus imposantes que celles de nos Alpes et de nos P3rrénée8; on y est moins frappé delà variété des sites et de la bizarrerie des accidents que de l'ensemble de ces masses et des ramifications étendues que l'œil découvre à mesure qu'on s'élève au milieu de ces montagnes. Nous eûmes d'abord à gravir pendant plus d'une heure une côte trèsroide^ et quand nous fûmes arrivés sur un premier plateau 9 nous nous arrêtâmes pour examiner la direction des vallées qui s'ouvraient dans tous les sens. Continuant à suivre la crête ^ nous trouvâmes des habitations , des terres récemment défrichées, des cabanes d'Indiens éparses çà et là. Parvenus enfin à la plus hautQ sommité, l'horizon s'agrandit devant nous, et, ces masses énormes s'effaçant par degrés, nous découvrîmes, vers le sud, un pays immense et des chaînes de montagnes qui se confondaient les unes dans les autres et n'échappaient à l'œil qu'en se mêlant avec les vapeurs élevées de leur sein. Le point d'où nous observions ce vaste tableau est un des plus beaux accidents que puisse offrir la nature dans sa plus grande magnificence. La cime de Las Cacuissas est couronnée par une antique forêt. La terre, rafraîchie par les rosées

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et garantie par ces étemels ombrages j y est couverte d'un gazon toujours vert. Le voyageur^ fatigué de gravir tant de côtes difficiles et brûlé par les rayons du soleil, y trouve un ombrage délicieux et y respire un air pur. Ici commence un beau chemin construit à grands frais par ordre du roi d'Espagne et que la cupidité de ses agents a fait abandonner. On a percé cette foret qui couvre tout le revers de la montagne, on en a adouci les pentes , et on a taillé dans le roc vif plus de mille toises. Le projet était d'ouvrir entre Valence et Caraque une route praticable pour les voitures y et on avait, avec raison, commencé par l'endroit le plus difficile. En admirant ces travaux, on serait tenté de pardonner aux farouches conquérants du nouveau monde, si l'on ne songeait que les vils maîtres de ces belles contrées ont souillé par le massacre des Indiens les monuments de leur magnificence.

Le petit village de San^Pietro, situé au pied de la grande montagne, ne nous offiît qu'un mauvais gîte , mais nous touchions au but de notre voyage; le lendemain, avant le jour, nous étions sortis des gorges, et nous arrivâmes à Caracas vers midi.

Mon honorable ami, le comte de Ségur, a donné, dans ses inimitables mémoires, une description si intéressante et si vraie de la ville de

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