‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 35 sur 96 · NAVIGATION · texte numérisé non relu

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son absence, £Ue lui 4oAine un eunuque qui le surveille et répond à sa inaitresse de la chasleté ^e son mari^ Ce pacha me parut fort malheureux au milieu de trente daines qui suivaient )e cortège et dont on cachait avec soin l'inutile beauté. Le 8 octobre , le comte de BoQiikeval étant rétabli, nous appareillâmes de la rade de Salonique. Nous relâchâmes d'abord d^ns le golfe, de Cassandre; mais les vents contraires nous ^mpféchèrent d'y rester et de reconnaître; quelques petits ports de peu d'impor^uce. Nous uqu^ rendîmes ensuite au mouillage des lies, d'Ourlaq, dans le golfe de Smyrney où nous reçûmes des dépêches de M. l'ambassadeur, dopt nous avions benciin pour la reconnaissance de l'ile de Candie. Ayant remis à la voÂle le la au soir, malgré les vents contraires , nqus sortîmes en louvoyant. Le vent était frais; et, notre corvette portant mal la voile, nous n'étions pas sans inquiétude- Mai&, pendant la nuit, les vents adonnèrent et renforcèrent tellement que, vers les neuf hcqres du matin, nous nous trouvâmes à la vue du cap Doro. Nous ^'avion^ pas assez de jour pour prendre le mouillage de l'Argentière ; et, n'oss^nt p^ {attaqueriez cotes de Candie par un coup d^ vçnt qui embrumait tous les écueils vers le, sud, M- de^ Qpnueiyal prit le parti de ranger les côtes de l'Attique, ^t nous ^^ouillâm^çs à la ]Vf£^pdry, di^huit heures ap^ès

ARRIVEE A LA. GANÉE. 1^83

notre départ du golfe de Smyrne. Aussitôt que la violence des vents fut apaisiée, xkhus letâmes Tancre et poursuivîmes notre route, vers Candie^ à travers les écueils des Cyclades. Un calme plat nous arrêta sou3 1^ cap ïQ^elek , Drapanuun pro^ moiUoriuniy qui former le beau port de la Sude, autrefois appelé le Sein il Amphimalh ^ du nom d'une; ancienqiç ville dont il ne reste aucun ves-» tige; Contrarié de ne pouvoir filtrer dans le pçrt, M. de Bonqeval fit armer Us avirons/de 1^ corvette, et ce ne fut qu après de pénibles efforts que nous doublaines le cap , et ^ passant entre kl terre et le château, nous mouillâm^ dan^s le fond de lu rade. Nous allâmes ensuite nous établir à la Qanée. Joyeux d'avoir enfin atteint notre but y nous nous empressâmes, mon collègue et moi y de trouver les moyens de faire la; tourné^ de l'île avec secret, sûreté et diligence, l-e cooisul, M. Pellegrin, nous fit entrevoir les plus ^^9&à^. dangers ; non-seulement nous qo^s exposions à la brutale fureur d^s Turcs , mais les natiaiois franques renfermées dan^ les villes pouvaient être victimes de la jalouse méfiance 4^, ces ivk^"^ laires. Il nous citait un exemple replat de JiatiT férocité. Peu de jours avant notre ^rri^yée, ilç avaient massacré ,^^u miUevi du port, qijiaranjtç o^ciers et csclav.es du pach^, qui., lui-^paénp^, n'oyait échappé à la fureur du peuple quç p^i; iiue

l84 LA. GAIfRE.

fuite précipitée. Personne, depuis Tournefort, n'avait osé pénétrer jusqu'aux extrémités de l'île. Ce célèbre voyageur, qui ne faisait qu'herboriser et qui donnait ses soins et des remèdes à tous les malades qu'il rencontrait, y fut même insulté et ne put aller qu'à G/ra-petra. L'indiscrétion d'un jeune pilote de la corvette fit naître de véritables obstacles , et m'obligea à me séparer de mon collègue. Ce pilote, né à Smyrne, avait été forcé de quitter sa patrie, parce qu'il avait été surpris avec une fille turque; il était au service de France depuis quelques années , et comme il parlait facilement les deux langues du pays , M. de Bonneval se l'était attaché. A peine fûmes-nous débarqués qu'il se mêla avec des Turcs, et répandit qu'il y avait à bord de la corvette un officier qui levait les plans de toutes les places. Il n'en fallut pas davantage pour exciter une grande fermentation. M. de Bonneval pouvait seul, par sa présence à la Canée , ramener les esprits et leur donner le change en s'occupant de sa mission ostensible. Il fut donc convenu que, sous le prétexte de traiter sur différents points de l'île des affaires de commerce, ou de satisfaire la curiosité d'un voyageur, j'irais de mon côté visiter les cotes et l'intérieur. Quand même les circonstances n'auraient pas forcé de prendre ce parti , on n'aurait pu hasarder, surtout dans cette saison,

PORT DE LA SU DE. l85

de parcourir les côtes de Candie avec la corvette, puisqu'il n'y a aucun bon mouillage , aucun port où elle eût pu aborder dans toute sa partie méridionale. Nous décidâmes que je recueillerais ainsi autant de matériaux qu'il me serait possible, et que j'entretiendrais avec mon collègue une correspondance secrète afin de pouvoir régler mes marches, et, s'il le fallait, assurer ma retraite. Nous retournâmes à bord de la corvette, et je commençai mes reconnaissances par celle de la rade et du port de la Sude. M. de Bonneval, qui ne négligeait rien pour se concilier la confiance des gens du pays, reçut à son bord, avec distinction, le commandant du fort de la Sude; pendant ce temps je fis sonder le pourtour de ta rade et levai le plan des fortifications que te commandant m'avait permis de visiter.

Après ce premier travail, je revins à la Canée, et je m'y occupai des «pprêts de mon voyage. Je trouvai , dans la personne de M. Magallon , che2i lequel on m'avait logé, un secours aussi utile qu'inattendu. Ce négociant, plein de résolution et d'obligeance, s'offrit pour m'accompagner; j*acceptai avec reconnaissance sa proposition et ses conseils. Il me fut aisé de lui cacher le véritable objet de mes recherches; une vaine tentative qu'avait fait faire M. le comte de Choiseul , quelques années auparavant, m'en fournit l'idée ;

l86 PREPARATIFS POUR LA REGORIf AISSANGR.

les artistes que cet illustre voyageur avait envoyés pour parcourir File de Crète, ç^ particulièrement pour visiter le labyrinthe et déteripainer la posi-^ t^on de quelques anciennes villes» n'avaient pu s'éloigner de la Canée ; persono/ç n'avs^it osfé le& conduire d^ans TiQtérieur du pays,: je v>eil^ai$ donc essayer de vaincre ces dif6.cul,tés , ^% con^^huer à compléter un bel ouvrage qv^e je pio^frais k tout le monde. La partie topograplM<Iue du Fçj'age pittoresque , qui est traité^ a^vec §oin et détail y devait justifier pies sta^tioip^, et ^pliquer aux yeux de mes compagnons de voyage r le piotif de mes opérations. J'étais certain que l'auteur du Voyage pittoresque ne me désavouerait pas^, et je m'honorais d'être, à son insu, l'un de s?s ÇQppé^ rateurs.

Muni par les soins de mon collègue de tow les secours qui pouvaient m'ét;re néçess^re^. pour u^e course d'une aussi longue haleine, je partis de la Canée. Le consul Pellegri^ me cops^çilLa de me rendre d'abord à Candie , capitale dje l'île et résidence du pacha, afin d'ei)!: obtenir le fi^ man qui pouvait seul faciliter mon voyage. Le chevaUer de Laydet, vice-cp^K^s^l de France, avait beaucoup de crédit auprès 4u p9^^ ;, niou; comr pagnon était fort lié avec lui et ijifif'assuraill'dei^on zeie. i . * "

Je m'étais préparé au voyage de l'île à/d Crète

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par la lecture diçs voyageurs et des géographes qui ont recueilli les principaux traits de l'histaire ancieuue et inoderne de cette cpntrée. J'avais écrit un précis pour pae servir d^ guide ^ei^ rér puisant à trois ^poque^ principales tout ce que j'avais pu r^çuçillir de dqçuiu^n^s. La première coçaprenait l'histoire héroïque de la Ci?è(e et les .fi^l]|lQs inythplpgiqiie^ siçonnuçiî; la deuxième^ sa ppi^uête par les Roms^in^, et Iq domination df ceux-ci jujSqu'au démembrement d^ l'empire; la troisièine 1 enjOiu, sou histoire modçr^e dapuis le^ empereurs grecs jusqu'à la conquête par les Turcs 9 à la fin du dix-septième $iècl(^ . >

Je me garderai bien dç reproduire ici , même spmmairenient, ce qui est relatif ^ux deux pre* mière;^ époques ^ pendant lesquelles on voit ces in^ulfi^r^s, avant de succomber spus le joug prisant des. Romains 9 défendire constamment leur indépenda^çfl ^t }es sages inçtitutioi^s de Minos^ qui pnt ^ry\ de modèle ^ toi^s Içs législateurs dç la Qf ècç. IRdai^ la derrière époque offr^ wk inr térét plus prochain, et je crois nécessaire d'en prés^ter \ç\ uqe esquisse rapide^» P^l^cç qu'elle expii^iiç le^ ça]a§e^ ^e Isi ^it\^tio^ dan$ laquelle jf .jrQ\iva^ l'île de Crète.

Au çqjpxi^^cpifc^ent du hiiitlèmQ siècle., les i^1^i;*e^ . établi . eni Espagne ^prpfitant de la faiblesse dçs emippr^iirs grecs, armèrç^iit une flotte

l88 RESUSfé HISTORIQUE.

considérable, et, après avoir ravagé les Cyclades, descendirent sur l'île de Crète. Cette île était dès lors appelée Candie à cause de ses montagnes toujours couvertes de neige, qu'on a depuis appelées montagnes blanches. Les Maures- s'emparèrent aisément de la plus grande partie de l'île, et ne furent arrêtés que par les forteresses de Gortine et de Cydonie, aujourd'hui la Canée. L'empereur Michel Paléologue essaya vainement de reprendre cette importante possession ; dès la première campagne , sa flotte fut presque entièrement détruite par les Sarrasins. Son amiral, Cratère, qui, dans ta seconde campagne, avait d'abord remporté quelques avantages, fut battu par les barbares qui le firent prisonnier et le crucifièrent. Vers cette époque, les Sarrasins qui infestèrent les mers de l'Orient bâtirent la ville de Chandace, qui devint, et est encore aujourd'hui, sous le nom de Candia, la capitale de l'île. Son port, qui avait été longtemps le chantier des habitants de l'ancienne ville de Gnosse, fut aussi celui des Sarrasins.

Cinquante ans après la défaite de Cratère, l'empereur Basile le Macédonien, battu commecet amiral, fut près d'éprouver le même sort. Malgré ce revers, il renouvela ses attaques et força ces barbares à lui payer tribut. Enfin, l'empereur romain Nicéphore Phocas le jeune , arrière- petit-fils de

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