‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 36 sur 96 · RÉSUME HISTORIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUME HISTORIQUE

Basile, après les avoir attaqués à plusieurs re* prises et leur avoir enlevé Chandace, parvint à les chasser entièrement de Tile. Candie fut dès lors entièrement soumise à la domination des empereurs grecs ; elle était resté plus d'un siècle sous celle des Sarrasins.

Voilà par quels degrés l'île de Crète, si favorisée par la nature, est tombée dans l'état d'esclavage et de barbarie où elle est aujourd'hui. Théâtre de guerres sanglantes et continuelles 9 elle s'est vue successivement dépeuplée; l'agriculture et l'industrie en ont fui avec la liberté.

Lorsque , après l'invasion des barbares, l'empire d'Orient fut démembré et que les Italiens eurent divisé les provinces en différentes principautés , vers la fin du onzième siècle, Baudouin, comte de Flandre, fut élu empereur de Constantinople; c'est à cette époque que l'île de Candie tomba entre les mains des Génois qui avaient étendu leur piraterie dans tout l'orient. L'empereur Baudouin la céda à Boniface, marquis de Montferrat, en récompense des secours qu'il en avait reçus, et celui-ci la vendit aux Vénitiens par un traité conclu avec le doge Henri Dandolo en 1 2o4« I^s habitants de l'Ile de Crète souffrirent impatiemment ce nouveau joug, et furent plusieurs fois sur le point de le secouer; la république ne négligea rien pour retenir une acquisition si im-r

portâtite; fet après avoir réprimé plusieurs rébellionsy «Ite fit, eki 1343, paâsèt- dans Y\\e une cotouie considérable , et prit leis mesures les plus sages pour veiller à !a garde de Tîle et y maintenir l'ordre parmi les habitants. Les montagnards de la Sphacie, restes de l'ancienne population indigène, enhardis par la force de leur position , résistèrent longtemps, et furent enfin soumis par Marc Cornaro. Depuis ce temps , la république a joui paisiWemetit de cette possession jusqu'à ce qu'elle lui ait été enlevée par les Turcs. L'île de Candie reprit quelque importance sous la domination dé la république, et aurait pu recouvrer ses avantages, si, par un faux àystème, on n'avait transplanté au milieu d'un peuple mêlé et dégénéré ' tout^ les institutions du gouvernement vénitien^ Leà nobles obtinrent dés concessions considérables; ils divisèrent le pays en fiefs et le peuple en deux classes. Cependant, malgré ces enti*âvé&,' la population s'accrut considérablement , tes différente^ peuplades se ^^approchèrent, lé Commercé s'étendit, et les ihdustriéux mais trop fiers habitants des lagunes auraient fait sagement dé transporter au raileu de la nouvelle île de Crète le Siège de leur gouvehienient, comme ils en avaient déjà fait le centre de leurs forces. La ville dé Candie fut fortifiée à grands frais , de même que toutes les villes maritimes :

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on construisit des chantiers et dès arseniatix. Les Vénitiens durent à ces établissements leurs succès contteies Tnrcs, qui, dés lie cômmencemeiit du s^ième siècle> sdus le règne d'A murât IV, songèrent à iéur enlever 111e de Candie, objet constaht de leur politique et de leurs efforts.

En., j 644 éclata la longue guerre entre là Porte Ottomane et la république de Venise. Là prise d'un vaisseau turc , sur leqi^el était le kislar agà , par les galères de Malte ^ en fut le prétexte. Le sultan Ibrahim voulut fbrcer tous les ambassadeurs des puissances chrétiennes à lui faire raison de cet outrage ; il menaça d'attaquer l'île de Malte ^ et revint au projet de la conquête de l'ile de Candie.' En conséquence, ayant rassemblé l'àiînée suivante à !Navarin, en Morée, une flotte et une armée formidables, sous les ordres du général Schilutar, les Tuvcs firent une descente, et, s'étant emparés du château Saint-Théodore dans le golfe de là Canée, mirent le siège devant cette place. Joussouf, capitan pacha, battit lés galères vénitiennes et s'empara de rentk*ée du port. Mais le gouverneur de Candie avait eu le temps de renforcer de mille hommes sa garnison. Les Vénitiens soutinrent plusieurs assauts, et ce n'est qu'après soixant&<{uatorze jours de tranchée ouverte qu'on put les contraindre à capituler. Dans le cours de cette campagne, ces derniers fi-

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rent une vaine tentative pour reprendre la Canée; mais les Turcs poussèrent leur conquête avec ardeur, et s'emparèrent de la ville et du château de Rétimo, dont la garnison fut en grande partie massacrée pour avoir fait une vi' goureuse défense. Dès cette même année, les vainqueurs s'avancèrent jusqu'à la ville de Candie, et subjuguèrent presque toute la partie occidentale de l'île.

L'anarchie causée par de sanglantes révolutions dans le sérail arrêta les progrès des Ottomans. Les Vénitiens battirent leur flotte et «s'emparèrent des îles de Lemnos et de Ténédos. Ils ne purent chasser les musulmans de l'île de Candie; ceux-ci , retirés dans les places qui étaient en leur pouvoir, les défendirent avec vigueur. liC vizir Kiuperli fit construire une nouvelle flotte, reprit les deux îles et pressa . vivement le siège de Candie. Les Vénitiens, désespérant de pouvoir conserver cette possession et fatigués par cette guerre ruineuse, firent offrir à la Porte, par l'entremise de M. de la Haye, ambassadeur de France , de céder la moitié de l'île ; cette proposition fut rejetée avec hauteur. Louis XIV ressentit trop vivement le mépris qu'on avait fait de sa médiatipn, par une politique fausse, contraire au système établi depuis François V^j et aux vrais intérêts de la France par rapport à la

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maison d'Autriche; il rompit avec la Porte et secourut trop faiblement les Vénitiens. I.e prince Âlméric d'Est, avec une escadre française et quatre mille hommes de débarquement, joignit, en 1660 , les forces de la république devant l'ile de Cérigo; il tenta et manqua l'escalade de la Canée.

Kiuperli, après avoir fait des préparatifs immenses et rassemblé devant Candie une artillerie formidable, y alla lui-même, et ouvrit le siège le 22 mai, en 1667. Cette entreprise fixa l'attention de toute l'Europe, alors en paix de tous côtés. Cette place, fortifiée par le chevalier de Ville, passait pour une des plus fortes de ce temps-là, et était défendue par une garnison de huit à dix mille hommes sous les ordres du général Morosini. Les Turcs restèrent près de deux ans baraqués dans leurs lignes de circonvallation. Ils parvinrent cependant à s'approcher de la place , et livrèrent sans succès de furieux assauts.

Louis XIV arma une escadre sous les ordres du duc de Beaufort pour secourir les Vénitiens; on y joignit un corps de quatre mille hommes, commandé par le duc de Navailles, et bientôt après un grand nombre de gentilshommes volontaires. Cette espèce de croisade fut entreprise sous l'influence du pape. Ce secours tardif arriva devant Candie au mois de juin 1669; on débarqua les troupes sous le feu de l'ennemi , et l'on L i3

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résolut de faire une sortie. Ce dernier effort, duquel on attendait le salut de la place , fut précisémen i ce qui en hâta la reddition. La sortie, mal combinée, n'eut pas une meilleure exécution. Les troupes, engagées dans un terrain désavanta* geux , furent repoussées , poursuivies et hachées. Le duc de Beaufort périt dans cette action, où l'on perdit beaucoup de monde et un vaisseau qui sauta avec tout son équipage. La mésintelligence se mit entre les généraux; les Français se retirèrent , et la ville capitula le 5 septembre.

Par le traité de paix qui suivit la prise de la ville de Candie , toute l'île passa sous la domination ottomane, excepté les forteresses de la Sude, de Carabusa et de Spina-Ix)nga , bâties sur des écueils détachés de l'île pour défendre les principaux mouillages du côté septentrional. La république retint ces points fortifiés , sans <loute dans la vue de recouvrer un jour ses anciennes possessions; mais elle n'a jamais été, depuis ce temps-là, en mesure de l'entreprendre, et elle a même perdu successivement les trois forteresses qu'elle y avait conservées avec le vain titre de souveraineté.

Pendant cette guerre, qui dura vingt-cinq ans, l'île de Candie fut accablée par tous les fléaux. L'armée turque dévasta les campagnes et détruisit tous les bois. Dans le premier dénombrement

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qui fiit £ait après ie siège, on ne trouva, dans toute nie, que vingt-deux mille habitants sujets au tribut; depuis ce temps, elle est restée entre les mains des Turcs qui, attirés par la douceur du climat et la richesse du sol , s'y sont établis en grand nombre.

Quarante ans écoulés depuis l'époque où je voyageais sur l'île de Crète n'y ont amené aucun changement ; et aujourd'hui que les Grecs candiotes, dont la population s'est accrue malgré les rigueurs de leur esclavage, veulent, comme leurs frères du continent et des autres îles de l'Archipel , secouer le joug musulman , tous leurs efforts sont impuissants. Leurs tyrans , maîtres des places fortes, n'en pourraient être dépossédés et chassés de l'île que par l'intervention de quelque grande puissance européenne; mais serait-ce pour rendre la liberté aux Grecs candiotes et assurer leur indépendance? Il est sans doute plus vraisemblable qu'ils ne feraient que changer de maîtres. Toutefois, leurs fers seraient brisés. Ils recevraient des mains du conquérant les bienfaits de la civilisation, et la belle île de Crète reprendrait son ancienne splendeur.

Il lue tardait de m'éioigner des habitants soupçonneux delaCanée; déjà mon équipage m'avait devancé et m^attendait au couvent de Croussopighy, à une lieue de la ville. Un sergent des

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