LE GUIDE GREC. 2/|I
qu'une troupe de janissaires m'attendait sur la , route de la Canée, et, si j'eusse continué à la suivre, je serais infailliblement tombé dans cette embuscade.
J'étais fort indécis sur la direction que je devais prendre. L'un des Grecs qui nous accompagnaient m'indiqua, comme une retraite sure, le petit ermitage de Saint-George-Gorgolaini, au pied du mont Ida, où il nous conduisit par des chemins détournés. Ce Grec , dont j'aurais dû parler plus tôt , m'avait été donné à mon passage à Rétimo , par un ami de M. Magallon, comme un homme qui connaissait parfaitement le pays, et qui méritait toute ma confiance. Je lui reconnus, en effet , une rare intelligence. Quoiqu'il eût sûrement pénétré le motif de ma tournée, il avait eu assez d'esprit et de mesure pour n'avoir pas l'air de s'en être aperçu. Il était adroit et fécond en expédients. Il portait l'habit turc, montait un mauvais petit mulet, et jouait l'imbécile. Je ne pouvais tirer de lui aucune lumière que lorsque nous étions seuls avec l'interprète, et qu'il était certain que nous ne pouvions être surpris; alors sa figure s'animait, il m'instruisait avec la plus grande précision de tout ce que je désirais savoir; mais survenait-il un Turc? il reprenait son air bête. C'était, en un mot, le bouffon et le jouet de la caravane, et c'était aussi mon meilleur conseil. L i6