‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 53 sur 96 · POSITIONS MILITAIRES DE L ARCHIPEL. 29I · texte numérisé non relu

POSITIONS MILITAIRES DE L ARCHIPEL. 29I

« rigo et l'île de Candie, la première entrée dans « les mers du Levant. Les navigateurs la ran- « gent dé près, soit que les vents du sudce ouest leur permettent de faire une route directe « vers les débouquements des Cyclades, soit que <c les vents du nord, les plus constants dans ces « mers, les engagent à se maintenir au vent des <i ports où ils^ pourraient relâcher. Cette seule « considération ferait regarder comme très-avance tageuses les stations dans les golfes ouverts au « sud de cette grande presqu'île. La bonté des « ports qu'on y trouve, et surtout les ressources « qu'on peut tirer de l'intérieur de ce pays, ajoute tent encore à son importance. Il semble que la <c nature, en découpant le pourtour de cette con- « trée fameuse, y ait ménagé ^es abris pour les a différents vents, et il est aisé de sentir de quel « avantage ils peuvent être à l'entrée même de « ces mers. Les trois golfes principaux sont ce- « lui de Coron , en deçà de Cérigo et du cap Ma- « tapan, et ceux de Naples de Romanie et d'A- « thèues au delà du cap de Saint-Ânge. Les « langues de terre qui séparent ces golfes, sont « toutes fort élevées, et les côtes en sont presque « partout inabordables. Telles sont les hauteurs « de Navarin, les montagnes du Magne, celle de i< la Scanie, à l'ouest du golfe de Naples de Ro- « manie, et enfin celles de l'Attique. Cette dispo-

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« sition du terrain est d'autant plus remarquable « qu'elle ajoute à la force des positions inté- « rieures.

« La presqu'île de Coron , qu'on découvre d'att bord en atterrant sur les côtes occidentales de « la Morée, est aussi une des plus essentielles à « occuper, parce qu'elle donne la facilité de pé- « nétrer dans le cœur même de cette province, tf et de communiquer avec Naples de Romanie. a On s'assure d'ailleurs la possession du beau port «f de Navarin, utile pour un rassemblement de « forces, pour la relâche des convois, et qu'il sea rait dangereux de laisser au pouvoir de Tenue a mi. Les mouillages de Modon et de Coron, « quoique périlleux en hiver, ont aussi leur im- « por tance, et peuvent recevoir et cacher les « bâtiments en croisière sur le Venetico et sur « le cap Matapati. La presqu'île de Coron est dé- « fendue par les places de Navarin, Modon et a Coron , tellement liées qu'il faut nécessairement « les réduire toutes les trois. On aurait cependant « une fausse opinion de la force de ces places si a on en jugeait par le mauvais succès des Russes, « dont le plan de campagne était bien tracé, mais a qui n'employèrent que des demi -moyens et « morcelèrent leurs opérations. Sans entrer dans oc les détails d'une distribution de forces, on peut a assurer qu'un corps de dix mille hommes^ avec

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« un équipage de siège , suffirait pour réduire et « contenir la Morée.

« Le golfe de Naples de Romanie se trouve « au centre de la Morée, au nord du cap Saint- « Ange, et précisément à l'ouvert du passage entt tre les Cyclades et le continent d'Europe. Cette « position centrale , la beauté de la rade, le poste « inexpugnable de la Palamède, devraient faire « choisir Naples de Romanie pour y fonder un « établissement solide. Sous quelque point de « vue qu'on le considère, ce golfe offrira des « avantages qu'on ne trouverait réunis dans au- « cun autre port de l'Archipel, par les ressources <c qu'il présente et la sûreté de sa défense. En ce marquant ce point comme le plus important « de la Morée, celui où il conviendrait de faire « hiverner une escadre, nous ne devons pas ou- « blier les mouillages de l'Especy et celui de « Naples de Malvoisie, que les bâtiments peuvent « prendre lorsque les vents du golfe leur en dis- « puteraient l'entrée.

« Le golfe d'Athènes ou d'Engia, plus élevé « que ceux de Coron et de Naples, plus près des « débouquements, offre d'excellents mouillages, « parmi lesquels il faut distinguer celui de Cou- « louri ou rade d'Athènes : c'est le champ de ba- « taille de Salamine, et qui pourrait recevoir nos a armées navales les plus nombreuses. On ne voit

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« pas quelles circonstances pourraient obliger à c< former un établissement dans le golfe d'Athènes ; « mais, dans ce cas , ce serait au port Pirée, au- « jourd'hui sans défense. U y a, à l'extrémité sud a de l'Attique, vis-à-vis de Vile Longue, un excelle lent mouillage ; connu sous le nom de la Man- « dry ; il se trouve sur le canal même. On peut y « avoir connaissance des bâtiments qui veulent a doubler le cap Doro, et il serait nécessaire d'y « stationner des frégates et de protéger le mouilce lage par des batteries.

a Si une puissance s'emparait de la Morée au « commencement d'une guerre, ne fut-ce même ce que temporairement et dans la vue de se facili- « ter des opérations ultérieures, elle ne devrait (c pas se borner à la possession des places mari- « times dont nous venons de démontrer l'importe tance, il lui faudrait pénétrer rapidement dans « l'intérieur du pays, et surtout s'assurer du châ- <c teau de Patras et de l'isthme de Corinthe : ces ^c derniers postes étant mis en état de défense , et « les bateaux du golfe de Corinthe ayant été déc< truits, on n'aurait point à craindre l'inondation tt des hordes albanaises et rouméliotes, qui, quelle « que fût la politique ou l'intérêt national par « rapport aux nouveaux maîtres de la Morée, ne « manqueraient pas d'y porter la désolation, et « d'obliger à des mouvements continuels le petit

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« nombre de troupes destinées à maintenir l'or- « dre. Après cette première précaution, il fau- « drait encore établir des postes aux principaux c( lieux, tels que Tripolitza , Gorinthe, Arcadia, « Sparte ou Misitra , et les lier par de petits postes « de cavalerie. En suivant cet ordre, en ouvrant « les principales communications, mais surtout « en observant une discipline sévère, on con tience drait facilement ce pays. Ces dispositions se- « raient d'autant plus nécessaires que l'abondance « des subsistances, en temps de guerre, dépen- « drait uniquement d'elles. La facilité de s'appro- « visionner doit être le premier fruit d'une telle a conquête; on verra, par la suite de ce mémoire, « combien il serait nécessaire de s'assurer un tel « avantage '.

Cerigo.

« La position de l'île de Cérigo entre la Morée « et la Candie l'a fait appeler la clef de l'Archipel ,

' ■ Lorsque nous faisions cette supposition de guerre pour motiver l'importance relative des places et des principales positions du Péloponèse , nous étions loin de prévoir ou plutôt d'espérer qu*elles pourraient s'appliquer avec tant de justesse aux circonstances qui fixent aujourd'hui l'attention de l'Europe chrétienne. On pourrait croire que nous avions d'avance conçu le plan d'opérations d'un corps d'armée français destiné à occuper la Morée , pour protéger son indépendance et la garantir de toute invasion ultérieure des barbares.

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<c et, quand la porté en a été fermée aux Véni- « tiens 9 cette mauvaise clef leur est restée. Elle ce avait sans doute plus d'importance lorsque la « faiblesse des bâtiments de guerre leur permet- « tait de trouver un abri dans quelques anses « étroites qui sont au sud de cette île. Elle « n'a point de port, et ses fortifications, fort «anciennes et en mauvais état, doivent être « comptées pour rien. La rade de San-Nicolo, dans « le sud-est de l'île, est une bonne relâche pour « les vaisseaux par les vents de nord, et serait sans <i doute une station commode pour les bâtiments « croiseurs que Ton tiendrait en observation entre c< la Morée et l'île de Candie ; mais cette rade est « découverte des vents de sud, et, dans l'hiver, « les vaisseaux y seraient en perdition. L'île est « peu fertile, et sous tous les rapports elle peut c( être considérée comme un poste indifférent.

Ile de Candie.

« Soit que l'on considère l'île de Candie en elle- « même comme un objet de conquête, soit qu'on « n'y recherche que les avantages relatifs au mouce vement des armées dans les mers qui l'environ- « nent, elle justifie également encore le titre de t( dominatrice des mers que les anciens donnèrent w à l'île de Crète.

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