‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 57 sur 96 · CÔTES DU BOSPHORE · texte numérisé non relu

CÔTES DU BOSPHORE

veau les châteaux d'Europe et d'Asie, et les batteries qui, depuis cette époque, ont été augmentées et mieux disposées par les soins du général Sébastiani, et sous la direction particulière de l'un de nos plus célèbres ingénieurs, le général Haxo, et du colonel Foy , le même qui sut ajouter l'illustration de la tribune à celle des armes, et fut si prématurément ravi à la France.

Pendant que le comte de Bonneyal s'occupait de recueillir sur l'un et l'autre rivage les détails nautiques, je poussais mes reconnaissances sur les revers des défenses du canal, et plus particulièrement du côté d'Europe, dansTancienneChersonnèse, dans la supposition d'une attaque par mer qui serait soutenue par le débarquement d'un corps de troupes. J'essayai aussi , non de retrouver les traces de Sestos et d'Abydos, mais l'emplacement vraisemblable de ces deux anciennes villes, que plusieurs auteurs, et surtout Danville, croient être le même que celui des deux châteaux. Quoique ces deux points soient l'endroit le plus rétréci dii canal, je crois que Sestos et Abydos étaient un peu au-dessus, à la hauteur de la pointe de Nagara ; ce qui m'en fait juger ainsi , est la configuration des côtes, qui offrent, en cet endroit, deux anses où les petits bâtiments peuvent mouiller à l'ouvert de deux vallons assez considérables. Cette position est plus conforme à

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la manière dont les anciens emplaçaient leurs villes; d'ailleurs, la violence des courants à la pointe des châteaux eût été un trop grand inconvénient. On voit encore , du côté d'Asie , les ruines d'une tour et d'une chaussée, et le canal, quoique plus ouvert qu'entre les deux châteaux , est rétréci dans cette partie par l'avancement de la pointe de Nagara. Quelque vaine que soit la recherche des traces que le temps a entièrement effacées, elle a pourtant un attrait dont on ne peut se défendre sur cette terre classique ; on a vu des littérateurs anglais traverser les mers pour venir lire Homère dans les plaines d'Ilion ; et c'est là sans doute que Wood a été inspiré pour la composition de son excellent Essai sur Homère. Moi aussi je voulus voir les rives du Scamandre et du Simoïs, et parcourir les champs où brillait Troie. En avançant jusqu'à l'extrémité du cap des Janissaires, autrefois le Sigœumpro* montoriiun, on découvre un' magnifique horizon et tout le théâtre des belles scènes de l'Iliade ; àl'est , vers le continent de l'Asie, les vastes plaines de la Troade, que termine et couronné le triple sommet du mont Ida; vers la mèr, en face et à la distance de quelques milles , l'île de Ténédos ; un peu plus loin, celle de Leranos, dont le volcan éteint rappelle les forges de Vulcain, et, au fond du tableau , l'île de Samo-Thrace , le palais de

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Junon : on est ému malgré soi par ce spectacle, qui prête à ces fictions mythologiques une sorte de réalité.

!Nous mîmes à la voile par un vent frais, et nous sortîmes du détroit, le i6 maî^ pour aller mouiller à l'entrée du golfe de Comtessa , devant llle de Tbasos; M. de Bonneval n'avait d'autre objet que d'y renouveler noire approvisionnement de bois : c'est presque la seule de tout TArchipel qui offre quelques ressources à cet égard. Cette île ^ très-fertile et bien arrosée, fut , dit-on , autrefois une colonie de Phéniciens, fondée par Thaso&y frère de Cadmus f elle était si fameuse chez les anciens par sa fertilité et ses mines d'or, dont cm ne retrouve aucuns vestiges , que le nom en avait passé en proverbe pour exprimer une grande richesse, comme, parmi nous, les trésors du Pérou. Les Romains tiraient de cette île une espèce de marbre fort estimé; on y voit encore quelques ruines de la ville, qui fut plusieurs fois détruite et rebâtie. Le petit port ^ qu'on appelle aujourd'hui ta darse de Thusos^ était sans doute celui où les anciens habitants retiraient leurs vaisseaux. Les jetées qui le forment sont en marbre j et quelques parties , que les flots n'ont pu désunir, indiquent le soin avec lequel elles ont été faites. La marine des Thasiens était si considérable, qu'elle excita la jalousie des Athéniens,

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