‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 78 sur 96 · PREMIÈRE FORMATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE FORMATION

qui ne pouvaient plus m'atteindre, et j'arrivai à l'hôtel de Lameth. Je m'entretins avec mes amis des scènes dont je venais d'être témoin, et de la terrible crise qu elles annonçaient. L'issue devait évidemment faire triompher le parti patriote, et confondre les projets des ennemis de la liberté; mais le spectacle d'un peuple en délire , les vœux et les efforts des gens de bien, mêlés avec les actes d'une licence effrénée, affligeaient tous les cœurs généreux , envenimaient les haines et les justes ressentiments contre les mauvais conseillers dont l'orgueil et la téméraire résistance à l'opinion publique avaient -provoqué les désordres. Tels étaient, dans ces circonstances, les sentiments de mes honorables amis, qu'on accusa depuis si injustement d'avoir ourdi des trames pour faire éclater cette grande émeute, et qui, sachant bien distinguer la cause et les effets du grand mouvement national d'avec tant d'excès , tant de malheurs inévitables, ne s'occupaient que des moyens de rétablir l'ordre et la confiance. Ils retournèrent à leur poste, naguère si périlleux, dans l'assemblée nationale, et j'allai rejoindre ma famille dans la maison où elle s'était réfugiée. Ma présence la rassurait, et je ne la quittais que pour aller m'infôrmer de tout ce qui se passait et en juger par moi-même. Je n'avais plus d'autre emploi, d'autre fonction pu-

DE LA GARDE NATlOITALE DE PARIS. 4^5

bliqiie à remplir que celle de directeur général du dépôt des cartes et plans de la guerre. Cette place, vacante par la mort de M. Devaux, m'avait été confiée peu de temps avant la dissolution du conseil de la guerre ; elle exigeait ma résidence à Versailles. Je me préparais à y retourner, lorsque le général la Fayette, nommé commandant des gardes bourgeoises , dont la formation , d'abord spontanée, avait été provisoiremait régularisée par l'assemblée des électeurs de Paris , ^ m'invita à me rendre auprès de lui. Un plan d'organisation de milice nationale, que l'indiscipline et l'espèce de dissolution des gardes françaises rendait très-urgent , avait été proposé par Alexandre Lameth au comité des électeurs; les bases en furent discutées dans une conférence qui eut lieu chez le général la Fayette, et à laquelle se trouvèrent Lameth, Barnave, Duport , et quelques autres principaux membres de l'assemblée nationale. J'y fus appelé, et après avoir recueilli les diverses opinions, je rédigeai la note suivante que M. de la Fayette approuva et envoya sur-le-champ au comité militaire, séant à l'hôtel de ville.

Note pour servir au mémoire sur la formation

des milices parisiennes.

a Le but de cette note est de déterminer une a formation qui n'astreigne pas à un régime pu-

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