‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 101 sur 247 · MISSIONS AU D^BUT DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

MISSIONS AU D^BUT DE LA CAMPAGNE

Soisy-sous-Etioles. Mon beau-père, ma femme, mes deux filles et mon jeune fils y étaient réunis : j'étais loin de prévoir que ces tendres adieux étaient presque les derniers que je faisais à ma Julie : je ne devais plus la revoir qu'à son lit de mort.

Je partis de Soisy avec mon aide de camp Cler mont-Tonnerre, pour me rendre au quartier général impérial de Strasbourg, où l'empereur ne tarda pas à arriver.

Dès l'ouverture et dans le cours de cette campagne, je fus très-activement employé : d'abord après le passage du fleuve, je dus parcourir la Souabe dans tous les sens et transversalement aux routes que suivaient les différentes colonnes, conversant sur l'aile droite, pour couper, au delà du Danube et du Lech, la ligne d'opérations de l'armée autrichienne qui s'était avancée jusqu'à Ulm.

Je rejoignis le quartier impérial à Donaverth, la veille du combat de Vertirigçn. Ayant rendu compte à l'empereur de la marche des colonnes de l'aile gauche, qui avaient passé le Rhin à Mayence et le Necker à Heidelberg et à Necker- Ulm , il me dit : « Voilà qu'avec nos jambes nous « avons gagné la première bataille; nous gagnées rons la seconde avec nos bras. »

Il me fit repartir sur-le-champ, après m'avoir

a54 MOUVEMENTS DE LÀILE GAUCHE.

dicté, en présence du général Clarke, qui remplissait près de l'empereur les fonctions de secrétaire intime, de nouvelles instructions relatives à la direction que devaient prendre les trois corps d'armée, du maréchal Davoust, du général Marmont et du maréchal Bernadotte, pour passer le Danube et compléter le grand mouvement de concentration qui isolait l'armée autrichienne resserrée dans Ulm. J'allai d'abord à la rencontre du corps du général Marmont, qui suivait celui du maréchal Davoust, et devait, comme lui, déboucher sur Neubourg. J'allai ensuite au-devant du maréchal Bernadotte, que je trouvai avec le premier corps , bivouaquant autour de la ville d'Echstâdt. Revenant sur mes pas , je devançai le général Marmont à Neubourg, sur le Danube, où je communiquai au maréchal Davoust les instructions qui m'avaient été données.

J'allai rejoindre à Augsbourg le quartier général de l'empereur, qui venait d*y arriver avec sa garde. Je l'accompagnai dans sa marche sur Ulm et dans la reconnaissance qu'il fit des accès de cette place et des positions de l'armée autrichienne sur la rive droite du Danube et sur User. Nous étions sur une hauteur, fort près des postes avancés de l'ennemi , que les troupes du corps du maréchal Lannes attaquaient vivement et forçaient

COMBAT d'eLCHITÎGCN. 2 55

de se replier , lorsque nous aperçûmes, sur la rive gauche du Danube, les mouvements, et, bientôt après, l'attaque de l'abbaye d'Elchingen, exécutée avec tant de vigueur et de succès par le corps du maréchal Ney. Nous nous trouvions à peu près à une demi-lieue de distance ; l'empereur se dirigea sur ce point avec toute la vitesse possible, mais quand nous arrivâmes au pont, que les Autrichiens n'avaient pas eu le temps de détruire, le feu avait cessé, et le maréchal Ney poursuivait l'arrière-garde autrichienne qui se retirait en désordre sur Ulm. Le quartier impérial fut établi dans l'abbaye où le combat avait été le plus opiniâtre : j'y restai auprès du major général.

L» brillante affaire d'Elchingen ayant donné à l'empereur l'avantage d'un point bien affermi sur la rive droite, il se hâta d'en profiter pour faire passer de ce côté toute sa garde, le corps du maréchal Lannes et celui des grenadiers réunis sous le commandement dti général Oudinot, afin de resserrer l'ennemi dans Ulm. Le temps devint très-mauvais; le pont d'Elchingen fut emporté par une crue subite du fleuve, et nous apprîmes en même temps la sortie de l'archiduc Ferdinand et le beau combat de la division du général Dupont. L'empereur, après avoir chargé le grand-duc de Berg de poursuivre l'ar-

a 56 ATTAQUE u'iJLM.

chiduc , marcha sur Ulm pour achever l'investissement de la place par la rive gauche, et s'emparer de la position du mont Saint-Michel et des hauteurs qui dominent la ville. La pluie tombait à torrents; l'empereur s'arrêta dans une masure à demi-portée de canon des retranchements, dont il confia l'attaque au général Bertrand. Il s'y porta de sa personne, et ce fut là que, s'étant fort avancé au moment où l'ennemi démasquait une batterie, le maréchal Lannes essaya vainement de l'empêcher de s'exposer davantage, et alla jusqu'à prendre les rênes de son cheval pour l'arrêter.

Après la prise des redoutes du mont Saint- Michel, pendant que les divisions qui couronnaient les hauteurs à notre droite descendaient l'escarpement et refoulaient les troupes ennemies dans la place, une forte sortie, que l'on estima d'environ dix mille hommes, vint se former sur une hauteur à demi-portée de canon et menacer notre flanc gauche. L'empereur m'ordonna d'aller porter au maréchal Ney, qui avait engagé ses troupes dans le faubourg et jusque dans les ouvrages extérieurs de la place, l'ordre de ne* pas presser davantage son attaque , et de ne pas s'occuper de la position que l'ennemi occupait à sa gauche, attendu qu'il allait faire attaquer et enlever cette position par les troupes du maréchal

CAPITULATION D'iJLM. 2 57

Lannes et du prince Murât. Je ne trouvai le maréchal Ney que bien avant dans le faubourg , au milieu de ses tirailleurs. Après avoir entendu l'ordre que je portais : « Monsieur le général, « dit-il, dites à l'empereur qu'ici la gloire ne se « partage pas; j'ai déjà pourvu à cette attaque de « flanc. » Les troupes autrichiennes ayant été battues sur tous les points et rejetées dans la ville, et l'investissement étant complètement formé sur les deux rives du fleuve, l'empereur retourna, avec son état-major, à son quartier général d'Elchingen.

Peu de jours après , lorsque le général Mack se fut décidé à capituler et à- se rendre prisonnier avec toute son armée, je fus chargé de faire exécuter la capitulation. Je me rendis à Ulm, et je fis, avec le général Mack, conformément à mes instructions , toutes les dispositions nécessaires. L'empereur se rendit devant la place ; il établit son bivouac sur une hauteur, au pied de laquelle je fis défiler et mettre bas les armes à trente mille Autrichiens. Je présentai successivement à l'empereur vingt-trois généraux; l'un d'entre eux, et des plus estimés dans l'armée autrichienne , le comte Giulay , demanda et obtint de Napoléon la liberté de se rendre auprès de l'empereur d'Autriche, pour lui rendre un compte fidèle de ce grand ëvé- III. i 7

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