‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 103 sur 247 · ST DU GÉNÉRAL MARMONT · texte numérisé non relu

ST DU GÉNÉRAL MARMONT

ment qui était resté en observation à Bayrisch- Waid-Offen, avec son régiment de dragons, et avait poussé un détachement jusque sur le revers de la chaîne de montagnes.

Après avoir rempli ma mission auprès du maréchal Davoust , je revins à Bayrisch-Waid-Qffen pour prendre la route transversale qui conduit à Amstâtten sur la grande route de Linz à Vienne. Tout le pays entre les montagnes et le Danube était encore occupé par des partis ennemis, que la marche de l'aile droite de l'armée française par les montagnes, et celle de l'aile gauche par la grande route de Vienne, devraient forcer à se retirer sur la position de San-Pôlten. Je me mis avec le colonel Clément à la tête de son régiment, et nous traversâmes toute la plaine coupée de bois, sans rencontrer d'ennemis. Je rejoignis le quartier impérial à l'abbaye de Mœlck, qù je rendis compte à l'empereur. Il reçut le soir même la nouvelle du beau combat du maréchal Davoust, qui avait défait et dispersé le corps du général Merfeld.

Avant d'arriver à Mœlck, l'empereur avait appris la retraite de l'armée russe au delà du Danube, par le pont de Krems, et son espoir d'engager, une affaire générale s'était évanoui. Ce mouvement de l'armée russe fit naître de justes inquiétudes sur la position du corps dm

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maréchal Mortier : celui-ci se trouvant engagé sur la rive gauche du Danube, tourné et coupé à Dirnstein par des forces très-supérieures, montra une admirable constance. Il se couvrit de gloire dans la position la plus périlleuse. Ses troupes, imitant son exemple, combattirent vaillamment, se firent jour à travers les rangs de l'ennemi et furent entièrement dégagées par la division du général Dupont. Les Russes continuèrent leur retraite, traversant la Moravie pour aller au-devant de la seconde armée russe commandée par l'empereur Alexandre en personne, et pour rallier à cette masse de forces auxiliaires tout ce que l'empereur d'Autriche pouvait encore réunir des débris de ses armées. Napoléon fit marcher la sienne sur Vienne, et je suivis le quartier impérial, établi d'abord à Burckersdorff et ensuite à Schœnbrûnn.

Le général autrichien Giulay, le même à qui l'empereur avait permis à Ulm de se rendre au* près fie l'empereur François , vint à Burckersdorff, faire des ouvertures qui ne furent point écoutées.

Le passage des ponts du Danube à Amspitz ayant été surpris par le maréchal Lannes et le prince Murât, nous poursuivîmes vivement le corps d'arrière-garde russe commandé par le prince Bagration. Ce corps fut atteint à Holla-

COMBAT DHOIXABRUNN. 2 63

brùnn par l'avant-garde du prince Murât avec les grenadiers réunis d'Oudinot. Bagration parlementa avec Murât , et, à la faveur d'une suspension d'armes que Napoléon blâma sévèrement , il donna le temps au gros de l'armée russe de filer par Znaym sur Brûnn. Bagration étant resté en position à Hollabrùnn, Murât reçut ordre de l'attaquer sans délai avec les troupes qu'il avait avec lui , et la division du général Legrand , tête de colonne du corps du maréchal Soult. L'action fut très-vive et glorieuse pour le prince Bagration > qui se retira pendant la nuit , après avoir perdu beaucoup de monde. J'arrivai sur le champ de bataille au delà d'Holiabrûnn , au moment où le général Oudinot venait d'être blessé. L'empereur le fit remplacer au commandement des grenadiers par le grand maréchal Duroc. L'armée continua sa marche jusqu'à Znaym , où l'empereur établit son quartier général.

Les troupes qui avaient poursuivi vivement Farrière-garde russe, bivouaquèrent autour de Znaym. La nuit était très-obscure, on ne connaissait pas Le terrain, et les différents corps s'étaient établis en deçà et au delà de la ville , sur les deux rives de la Taya , mais dans un tel désordre , qu'on ne savait où retrouver les différents corps d'armée. Le major général m'or-

•2 6 4 RKCONNAISSAflCii BU COURS DE LA MARSCH.

donna , de la part de l'empereur, de reconnaître moi-même, pendant la nuit, la position des différents corps , et de lui en rendre compte le lendemain. J'étais déjà très-fatigué , et cependant je fis cette reconnaissance à pied, accompagné seulement de mon aide de camp Clermont-Tonnerre. Nous fîmes tout le tour de ce cercle immense de bivouacs, éclairés seulement et souvent trompés par les feux ; je parvins, avant le point du jour, à m'assurer de la position respective des différents corps autour de Znaym , de manière qu'on pût indiquer les points de ralliement, et distribuer les ordres de marche, pour diriger toute l'armée sur Brûnn , sur Austerlitz, et sur les autres positions environnantes.

Peu de jours avant la bataille d'Âusterlitz , que rien encore ne faisait pressentir, l'empereur, croyant que le mouvement des deux armées russes réunies aux Autrichiens en avant d'Olmùtz, pouvait masquer leur marche de flanc, pour suivre la rive gauche de la Marsch, et combiner leurs opérations avec celles de l'archiduc Charles afin de couper l'armée française de Vienne, me chargea de faire la reconnaissance du cours delà Marsch, depuis le confluent de laTaya avec cette rivière, jusqu'à son embouchure dans le Danube, et de m'assurer si le pont de Hoff, qui était notre communication avec Presbourg , était

RECONNAISSANCE DU COURS DE LA MARSCH. Sl65

ou n'était pas occupé par l'ennemi. J'étais autorisé à prendre dans les cantonnements de la division de dragons du général Beaumont, les détachements que je croirais m'être nécessaires. Je me rendis à Nicolsbourg, auprès du général Beaumont , et de là à Feldsberg , château et principale résidence du prince de Lichstenstein. J'appris que le colonel Franceschi avec son régiment , le 8e de hussards , qui avait passé la Taya un peu au-dessus du confluent , avait, après un vigoureux combat, été forcé de se replier devant des forces supérieures ; et je dus croire que ce corps de troupes légères ouvrait la marche que l'empereur avait supposée. Je pris avec moi seulement cent dragons commandés par un capitaine , et je m'approchai de la rive droite de la Marsch. Je la suivis pendant toute la journée , laissant toujours mon détachement sur ma droite et un peu en arrière, et allant de ma personne , avec pion aide de camp et quelques dragons, visiter tous les passages, dont les barques et bateaux avaient été retirés pour la protection des postes de la rive opposée. Je n'aperçus que deux petits postes d'infanterie et de cavalerie, dont aucun ne fit feu sur nous. Je m'arrêtai à la nuit close au château du comte de Kinsky, à peu près à cinq lieues de Hoff. J'y rencontrai le général Heudelet , de la division du

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