‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 104 sur 247 · RECONNAISSANCE DU COURS 1>£ LA MARSCH · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DU COURS 1>£ LA MARSCH

général Friant, corps du maréchal Davoust : il venait d'arriver sur ce point avec un bataillon et deux pièces de canon, et n'avait encore reçu aucun renseignement. Je me concertai avec lui pour continuer la reconnaissance de la partie inférieure jusqu'à l'embouchure de la Marsch, ce qui était aussi l'objet pour lequel il avait été détaché. A peine étions-nous réunis , qu'il reçut l'ordre de rejoindre sa division , qui se mettait en marche pour Bninn.

A la pointe du jour, je continuai ma reconnaissance, et j'aperçus bientôt un gros de cavalerie qui remontait la rive droite de la Marsch par la route que je tenais. Incertain si c'était une avant-garde ennemie, qui aurait déjà passé le pont, je fis porter mon détachement par ma droite, vers les hauteurs, et j'ordonnai à mon aide de camp d'aller reconnaître vivement et de près cette tête de colonne : il revint bientôt me dire que c'était un des régiments de cavalerie légère du corps du maréchal Davoust, qui venait de Presbourg et allait prendre la grande route de Vienne à Brùnn. Je me hâtai d'arriver au pont, et j'y trouvai le général Gudin qui débouchait avec sa division, et qui avait reçu l'ordre de prendre aussi la route de Vienne à Brunn, où le maréchal Davoust ralliait son corps d'armée. Je ne doutai plus que l'empereur ne se fut décidé, depuis

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mon départ de Brùnn , à livrer bataille aux alliés. Je me trouvais à Hoff à quatre marches de Brùnn : ma mission était remplie; je donnai l'ordre à Clermont-Tonnerre de ramener le détache* ment à Ni cols bourg, en gagnant le plus tôt possible la grande route. Je lui recommandai de se jeter toujours sur sa gauche, et de ne pas suivre la route par laquelle nous étions venus jusquelà, parce que je ne doutais pas que le corps de troupes légères ennemies qui avait repoussé Franceschi , n'eût déjà passé la Marsch derrière moi pour couper nos communications. Le capitaine commandant le détachement, au lieu de suivre mon aide de camp, s'obstina à ramener sa troupe au château de Feldsberg, déjà évacué par le reste du régiment; il y fut entouré par les Cosaques et fait prisonnier après une vigoureuse résistance.

J'avais abandonné mes chevaux fatigués, et pris des chevaux de poste pour me rendre à Brùnn par la route de Vienne. Quelque diligence que je pusse faire, je n'arrivai à Nicolsbourg qu'à la pointe du jour même de la bataille, le a décembre i8o5. Je trouvai le général Beaumont rassemblant sa division de cavalerie; j'étais encore à douze lieues de Brùnn. Je passai fort heureusement un défilé au moment où des partis ennemis débouchaient de la foret sur la route; ils furent

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contenus par une batterie d'artillerie légère, qui précédait la divison Beau mont. A mesure que j'approchais de Brûnn , le feu du canon sur toute la ligne de bataille, et la fusillade vivement engagée du côté de Telnitz, qui était l'extrémité droite du champ de bataille, m'indiquaient assez, quoique vaguement encore, les positions respectives des deux armées au delà de la ville.

J'y arrivai vers midi. Le général Pannetier, qui commandait la place, voulut bien me prêter un cheval. Je me trouvai sur le champ de bataille, un peu à gauche des hauteurs de Prazen , que le maréchal Soult avait fait emporter par la division Saint-Hilaire, au moment même de la belle charge des cuirassiers, et lorsque le maréchal Duroc, à la tête des grenadiers réunis, venait de faire mettre bas les armes à cinq ou six mille prisonniers , au milieu desquels était le prince Repnin. Je cherchai à rejoindre l'empereur du côté des lacs, où il faisait canonner vivement les colonnes russes en déroute. Ne l'ayant pas rencontré sur ce point qu'il venait de quitter, et la nuit s'approchant, je retournai au bivouac de l'empereur, où je me réunis à mon collègue, le général Andréossy, pour attendre les nouveaux, ordres. Ce ne fut que vers dix heures du soir que nous fûmes avertis que l'empereur s'était, porté en avant de la ligne sur la route d'Olmùtz,

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et qu'il passait la nuit k la maison de poste. Nous montâmes à cheval pour nous y rendre. La journée avait été fort bçlle; mais le temps avait changé tout à coup : la nuit était obscure et pluvieuse. A peine avions-nous fait un quart de lieue sur la route, que nous rencontrâmes un trompette et deux officiers autrichiens conduits par un officier français : c'était le prince Jean de Lichtenstein , qui , chargé de venir faire à Napoléon la proposition d'un armistice, et ne sachant où trouver le quartier impérial, fut très-aise de nous rencontrer. Nous le conduisîmes à la maison de poste, où l'empereur et tout son état-major étaient resserrés dans deux petites chambres qui avaient servi d'ambulance aux Russes pendant la bataille. J'éveillai le grand écuyer Caulaincourt et lui annonçai le prince de Lichtenstein : il fut sur-le-champ introduit auprès de Napoléon. Sans doute on ne traita jamais dans aucun palais des souverains de l'Europe une aussi grande affaire que dans cette misérable maisonnette.

Dès le matin, 3 décembre, j'accompagnai l'empereur dans la visite qu'il fit de toute la partie gauche du champ de bataille. Il m'interrogea sur la mission dont j'avais été chargé, et me demanda s'il était vrai que l'ennemi eut fait un mouvement par sa gauche , et se fut avancé

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