RETOUR EN ITALIE
m'avait conseillé fort obligeamment, et, je veux bien le croire , sans mauvaise intention , d'aller mouiller, si le vent m'était trop contraire , à l'île Saint-Pierre, au sud-ouest, et fort près de l'île d'Ossero. Si j'avais suivi ce conseil , j'aurais certainement été pris par une frégate anglaise et deux bricks qui y étaient mouillés. C 1er m ont- Tonnerre étant monté sur le pic le plus élevé de l'île d'Ossero , découvrit la station anglaise ; l'un des deux bricks mit à la voile , et vint croiser à l'ouvert de la Cavànella. Nous appareillâmes pendant la nuit ; nous traversâmes le Carnero sans être aperçus par le brick , et nous abordâmes le matin dans une petite anse, à la pointe sud de l'Istrie. Il eût été dangereux de doubler cette pointe à la vue du brick : nous retirâmes la brassera dans le fond de l'anse : je fis débarquer l'obusier, et établir un petit poste pour défendre l'embarcation en cas qu'elle fut découverte. Je débarquai aussi avec mon aide de camp , mon guide Bernardini, et un domestique; nous nous procurâmes des montures , et je pris le chemin de terre pour me rendre à Pola, où le patron Giacomo conduisit la brassera la nuit suivante. Je visitai le magnifique port de Pola et les antiquités de cette ancienne et belle ville, l'amphithéâtre en marbre le mieux conservé de tous ceux qu'on remarque en Italie. J'allai le lende-
Mission a l armée de napLes. a85
taain visiter la foret de Montona , d'où les Vénitiens tiraient leurs bois de construction , et qui pourrait encore être exploitée pour le même objet avec un grand avantage, Je me rendis ensuite à Capo d'Istria , où je trouvai un poste français et un commandant de place déjà établis. J'y reçus, avec des dépêches du général Lauriston,un nouvel avis de ma mission dans le royaume de Naples. Je repassai par Trieste , et me rendis en poste, par terre, à Venise, afin de ne pas courir les hasards des délais en allant par mer.
Le général Lauriston avait reçu l'ordre de se rendre en Istrie et en Dalmatie, et d'y continuer les opérations que j'avais commencées. Je ne séjournai à Venise avec ce général que le temps nécessaire pour mettre en ordre mes divers rapports. Je ne pus rédiger qu'à la hâte, d'après les notes que j'avais recueillies trop rapidement , le mémoire que j'adressai directement à l'empereur pour lui rendre compte de ma mission. Cependant ce mémoire assez étendu comprenait, premièrement, des détails descriptifs, résultat des reconnaissances que j'avais faites moi-même , et des renseignements qui m'avaient été fournis par les autorités du pays, et par les hommes qui m'avaient paru le mieux informés sur les localités où je n'avais eu ni le temps ni les moyens