‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 125 sur 247 · SIÈGE DE GAETE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE GAETE

plus vive résistance. Il était soutenu par la croisière anglaise. 11 avait une garnison de six à sept mille hommes , une formidable artillerie , et ne pouvait manquer, ayant la mer libre, d'être ravitaillé. Aussitôt que les Anglais eurent évacué les Calabres, et que le général Gouvion Saint- Cyr eut achevé de soumettre les Abruzzes par la prise de Cmtella del Tronto , le roi Joseph fit resserrer la place de Gaè'te , renforça le corps de troupes destiné au siège, el rappela de la Calabre citérieure le maréchal Ma s s en a, qui vint prendre le commandement du siège. Je fus trèsoccupé du soin de rassembler et de faire arriver sur ce point l'artillerie , les munitions de guerre, et les vivres nécessaires pour pousser le siège avec vigueur. J'accompagnai le roi dans la reconnaissance qu'il fit en personne des travaux du siège, déjà avancés jusqu'à la seconde parallèle, jusqu'au monte Secco. Le brave général Vallongue, l'un des officiers les plus distingués du corps du génie, venait d'être tué, et le général Campredon r commandant en chef le génie de l'armée , dirigeait lui-même les opérations.

On ne devait commencer à répondre au feu continuel de la place que lorsque toutes les batteries seraient armées. Le maréchal Masséna ayant fixé le jour de l'ouverture du feu , le roi s'y rendit. Environ cent bouches à feu fou-

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droyèrent la place sans discontinuer , jusqu'à ce que les brèches furent jugées praticables. Mon aide de camp Clermont-Tonnerre , officier d'artillerie , demanda à être employé au siège , et le maréchal Masséna lui donna le commandement d'une des principales batteries. Il s'y conduisit avec beaucoup de valeur et d'intelligence: après la réduction de Gaè'te, le roi l'attacha à l'artillerie de sa garde avec le grade de capitaine , et le nomma, peu de temps après l'un de ses aides de camp.

J'ai donné dans mon ouvrage ( Précis des événements militaires ) les détails les plus circonstanciés sur ce siège mémorable. La prise de cette forteresse affermit le gouvernement du roi, calma les insurrections; mais il fallut poursuivre et détruire les bandes de brigands; on y employa avec succès des détachements de voltigeurs , et surtout le bataillon corse, sous les ordres du colonel Hugo.

Le maréchal Masséna porta une partie de l'armée en Calabre , et établit son quartier général à Cosenza : il y resta peu de temps, ayant été appelé par l'empereur au commandement du 5e corps de la grande armée en Pologne.

La reine Caroline redoublait de haine et d'activité; elle recrutait les bandes de brigands. La vie du roi Joseph fut plusieurs fois menacée; sa

CONSPIRATIONS. 3oi

confiance et le désir qu'il avait de se populariser l'exposèrent très-souvent à tomber dans les pièges qu'on ne cessait de lui tendre. L'activité et l'habileté du ministre de la police Salicetti le préservèrent de ces dangers; plusieurs conspirations furent découvertes : un des agents les plus actifs de ces machinations était ce même Jludson Lowe , depuis si fameux par son indigne conduite envers l'illustre prisonnier de Sainte- Hélène. 11 commandait alors l'île de Capri, qui était devenue le foyer de cette espèce de guerre déloyale. La condamnation de plusieurs chefs qui furent saisis à Naples ou dans les environs , et entre autres du marquis de Palmieri et de Fra Diavolo , réfréna l'audace de ces brigands ; plusieurs déposèrent les armes, et obtinrent leur grâce. Salicetti devint l'objet de l'animosité et des vengeances de nos ennemis. Ils parvinrent à faire établir dans l'hôtel qu'il occupait une véritable mine , un globe de compression , chargé d'une grande quantité de poudre, attaché au plancher d'une boutique qui se trouvait au dessous d'un salon que devait traverser le ministre pour entrer dans sa chambre à coucher. On y mit le feu au moment où il se retirait : plus des deux tiers de la maison sautèrent par cette explosion. Sa fille et son gendre , le marquis de To relia , furent ensevelis sous les ruines, et heureusement

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