‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 154 sur 247 · INSTRUCTION SUR LA CONSCRIPTION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION SUR LA CONSCRIPTION

devait mettre sous les yeux de l'empereur; il me les renvoyait après son travail; mais la plupart du temps , et sur tout ce qui tenait à la conscription , S. M. m'envoyait ses ordres directement. A l'époque des levées, il entrait dans les plus grands détails sur la destination et la répartition des conscrits. Ma correspondance avec les préfets des départements et avec les corps était fort étendue. Pour donner une idée de l'immensité des détails dans cette partie du département de la guerre, il me suffira de dire que, dans les années 1810 et 1811, j'ai expédié jusqu'à soixante et dix mille lettres par an.

L'empereur me donna plusieurs fois des témoignages de sa satisfaction, et le plus remarquable fut son approbation de l'instruction générale que j'avais rédigée sur les différentes opérations de la conscription. Il m'avait paru nécessaire de recueillir toutes les lois, règlements et décisions dans une espèce de manuel. Afin d'établir une entière uniformité dans le travail des divers agents, et de prévenir les fréquentes erreurs et les incertitudes produites par la multiplicité des décisions particulières et le vague des interprétations, j'avais joint à cette instruction générale une suite de tableaux modèles pour en faciliter l'exécution et pour garantir la parfaite similitude des opérations,

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comme aussi pour les simplifier et les rendre plus rapides. J'avais employé plus de six mois à ce travail. Je faisais discuter tous les jours devant moi par le chef de division, Hargenvilliers, mon secrétaire général et les chefs de bureau , les chapitres successifs de cette instruction. Je corrigeais ensuite, et apurais scrupuleusement la rédaction. Quand cet ouvrage qui, comme on le voit, était bien plus celui de mes collaborateurs que le mien, et appartenait principalement à M. Hargenvilliers, fut terminé, je le portai au duc de Feltre, ministre de la guerre, avec un rapport explicatif. Je n'y dissimulai point que j'avais cru devoir adoucir autant que possible les rigueurs de la loi pour quelques cas d'exemption, et dans la pénalité administrative. Je rendais compte des divers changements dont l'expérience avait fait connaître la justice et l'utilité; je proposais à S. M. de nommer une commission de conseillers d'Etat des sections delà guerre et de l'intérieur pour examiner ce travail et lui en rendre compte. L'empereur, après avoir lu mon rapport, approuva l'instruction générale, et m'ordonna de la publier. Cette espèce de manuel a, depuis, servi de guide à tous les agents civils et militaires employés aux diverses opérations de la conscription. Il a été traduit en allemand et en italien, et, dans plusieurs

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États de l'Europe, on a adopté et mis en pratique les règlements qu'il renferme.

Pendant que je me livrais ainsi tout entier à mes occupations, et que j'en étais dédommagé par les témoignages de satisfaction que j'obtenais de l'empereur, mon bonheur domestique fut troublé par la cruelle perte que je fis de mon gendre, le général Franceschi, et par le mortel chagrin de ma chère Octavie.

J'avais reçu pendant mon dernier séjour au quartier général de Schœnbrunn , la nouvelle de l'enlèvement du général Franceschi, par une guérilla, aux environs de Zamora. Ce fut après la belle retraite de l'armée de Portugal, sous les ordres du maréchal Soult, que Franceschi fat chargé par ce maréchal d'une mission très -importante : le maréchal ne pouvait en confier le secret à un officier plus capable de la remplir ; Franceschi venait de commander son arrièregarde dans les circonstances les plus difficiles ; il s'y était distingué par de brillantes manœuvres et par la plus rare intrépidité. Le maréchal Soult estimait son caractère autant que ses talents, .et l'honorait de son amitié : il le chargea d'aller à Madrid expliquer lui-même au roi Joseph et au maréchal Jourdan, son major" général, le mouvement qu'il se proposait de faire sur les derrières de l'armée anglo-espagnole, comman-

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dée par ftrd Wellington. Le maréchal Soult demandait au roi d'Espagne de manœuvrer avec ses forces réunies devant lord Wellington, de manière à le tenir en échec, mais sans hasarder une action sérieuse, jusqu'à ce que l'armée du maréchal fut en mesure d'attaquer l'armée anglaise par son flanc gauche et ses derrières, sur la rive droite du Tage, et de lui couper toute retraite. Le succès de cette opération combinée paraissait infaillible, et devait décider du sort de la guerre. C'eût été une seconde bataille d'Almanza.

L'importance de cette mission et la nécessité de ne pas perdre un instant pour arriver à Madrid déterminèrent Franceschi à ne point prendre d'escorte : se fiant à la connaissance parfaite qu'il avait du pays , il ne prit avec lui que son aide de camp, le capitaine Bernard, et le capitaine Anthoine, beau-frère du maréchal Suchet, aide de camp du maréchal Soult. Franceschi fut victime de son zèle et de son trop de confiance; trompé par un postillon qui lui proposa de prendre un sentier à travers des blés très-hauts, qu'il disait abréger beaucoup, il fut conduit dans une embuscade, et tout à coup entouré par une guérilla d'environ trente cavaliers , commandée par le fameux Capucine Séparé de ces deux aides de camp, qui, de leur côté, étaient

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