NOUVEL ÀSJLE A MONT1GNY
Fieurier, personne ne fut mis dans notre secret. Je passai ainsi dans une parfaite sécurité tout le reste de l'hiver de 1793 à 1794* Je recevais assez fréquemment des nouvelles de ma famille. Je lisais les papiers publics, effroyable martyrologe où j'eus la douleur de voir consignés les noms de Barnave, du curé d'Éragny, et de tant d'autres amis et compagnons. Je fis de constants efforts pour me distraire de tant de tristes pensées. On ne me laissa pas manquer de bons livres. Je lus Tacite et quelques autres anciens auteurs, pour m'éloigner autant que je le pouvais de l'histoire présente, à laquelle je n'étais que trop souvent ramené par le tableau des passions et des misères humaines, toujours trop semblable dans d'autres temps, chez d'autres peuples, avec d'autres mœurs. Je m'accoutumai à la solitude, à la méditation, et mon isolement après une vie si agitée, si vainement occupée, ne me causait aucun ennui. Le retour du printemps, l'aspect de la campagne, la renaissance des fleurs, faisaient sur mon esprit une impression que je ne saurais décrire. Le contraste de ces profusions des biens de la nature, et du désordre de l'état social dans ma malheureuse patrie , était un poids que mes réflexions et mes conjectures sur l'avenir ne pouvaient alléger. J'éprouvai un nouveau et profond chagrin, celui de voir périr dans mes