‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 168 sur 247 · MOSKOU · texte numérisé non relu

MOSKOU

qu'aucune autre personne entrât dans la ville.

La nuit approchait ; lorsque nous pénétrâmes dans cette vaste et magnifique solitude, à peine quelques individus de la classe du peuple se montraient-ils çà et là sur le passage des troupes du roi de Naples. Nous traversâmes le Kremlin, la place du Bazar, et la rue qui conduit à la place du Palais du gouvernement. Les avantpostes de la cavalerie légère du roi de Naples avaient poussé quelques cents pas plus loin jusqu'au boulevard; une grand'garde d'infanterie fut établie sur la place du Gouvernement. La dernière arrière-garde russe tenait encore dans le faubourg du Nord.

La nuit était belle; la lune éclairait ces beaux édifices, ces vastes hôtels, ces rues désertes : c'était le silence des tombeaux. Nous cherchâmes longtemps quelque individu que nous pussions interroger ; nous rencontrâmes enfin un professeur de l'académie et quelques Français établis à Moskou , qui s'étaient cachés pendant la confusion de l'évacuation de la ville. Ces individus nous racontèrent tout ce qui s'était passé depuis quelques jours, et ne purent nous faire comprendre cette disparition soudaine d'une population de trois cent mille âmes. Nous entrâmes dans quelques hôtels dont toutes les portes étaient ouvertes; nous n'y rencontrâmes per-

Page 1