RETRAITE SUR LA BERÉSINA
sina ; je reçus l'ordre de faire détruire ou disperser dans le Dnieper les tristes trophées emportés de Moskou. Tout le reste des équipapes avec le trésor fut mis sous l'escorte d'une brigade commandée par le lieutenant général Clapdrède, qui marchait en arrière de cette colonne. Dès la première marche nous dépassâmes , par un malentendu, le point qui avait été désigné pour le premier bivouac, et nous nous trouvâmes, à l'entrée de la nuit, à deux lieues plus loin que la position où le général Claparède avait ordre de s'arrêter. Nous n'avions avec nous qu'une faible escorte d'environ trente hommes. Quelques hommes que nous trouvâmes tués et percés de coups de lance au milieu de la route nous avertirent assez que les Cosaques nous avaient devancés. Je fis arrêter la colonne; j'appris par quelques-uns de nos lanciers polonais , qui s'écartaient ordinairement de la route pour fouiller les villages le plus à portée, et chercher des subsistances , qu'un des régiments de Cosaques de Platow s'était cantonné dans un village très-près de nous.
J'avais fait établir le bivouac dans une éclaircie, entre des bois qui bordaient la droite de la route. Le plus grand nombre des individus attachés aux équipages se hâta de gagner la lisière de ces bois, pour y chercher des abris, et j'eus
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beaucoup de peine à les rappeler et à leur faire sentir le danger dans lequel nous nous trouvions. Je fi$ parquer toutes les voitures en carré; je fis placer aux deux angles , du côté « du bois , les deux pièces de canon qui étaient en tête de la colonne; je fis entraver les voitures, et renfermer dans le carré tout ce que nou$ avions d'hommes armés ; on fit les feux de bivouac , et nous passâmes ainsi la nuit 6ans être inquiétés. J'epvoyai prévenir le général Claparède , qui détacha sur-le-champ deux compagnies pour nous soutenir , si nous étions attaqués avant son arrivée.
Nous continuâmes notre marche les jours suivants, sous l'escorte des trop pes du général Claparède , jusqu'à la distance de quatre lieues de Borizow , sur la Bérézina. Nous bivouaquâmes dans les bois , et séjournâmes vingt-quatre heures ; ce fut là que nous apprîmes les résultats de l'affaire de Borizow, la prise des retranchements par les troupes du général Tchichagow, l'arrivée du corps du maréchal Oudinot qui avait repoussé les Russes, et avait rejeté favant*garde sur la rive droite, enfin , l'ineendie de la ville et du pont de Borizow.
Quoique j'eusse déjà perdu quelques-uns des individus attachés à mon administration , ou morts épuisés de fatigue, ou enlevés par les
PASSAGE DE LA. BÉfUËSINA. If] l
Cosaques,, j'avais cependant conservé jusque- \k la meilleure partie de mes équipages, ma voiture attelée de quatre excellents chgyaux prussiens, celle de pion gendre le baron de Saiat-Djdier , et deux fourgons wr lesquels se trouvaient les papiers de l'intendance, les registres et toutes Jes pièces die la comptabilité. J'avais jçaçQfe quatrç bons chevaux de selle. J'étais t^ès-faible, et malgré tous les soins qu'en prenait de wpi, £e n'était qu'avec de pénibles efforts que je soutenais ce$ rudes épreuves, et ranimai?*, au* Jant que je le pouvais, )# courage de mes compagnons. JNotre lignée de retraite était réellement içoupée : Tdiicl^gQw se tro^iv^it en trie Borisow /et Minsk ; il fallait passer la $érési$a, et gagner à travers les marais., et par des communications difficiles , la route de Wilna. Le dégel avait cessé 4 le froid avait repris et devenait plus vif d'heure en heure. Je reçus du major général, de la part de l'empereur, l'ordre de brûler tous jrçes papiers sans en réserver 3Uci*n , de faire dételer et abandonner mes fourgons , et d'envoyer jes chevaux £U parc d'artillerie.
L'empereur ayant fait reconnaître, à cinq lieues au-dessus de Jtorizow , un point favorable pour l'établissement d'un pont, et ayant détourné l'attention de l'ennemi , en feignant les apprêts d'un passage au-dessous de Borizow, fit construire
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sous ses yeux , et avec une grande célérité , deux ponts , l'un sur chevalets , pour l'artillerie et la cavalerie, l'autre de pontons, pour l'infanterie. Je reçus l'ordre de diriger sur ce point le trésor et tout ce qui restait des équipages du quartier général.
Nous traversâmes Borizow, dont les maisons brûlaient encore : nous suivîmes la route qui borde la rive gauche de la Bérésina, et nous arrivâmes vers dix heures du soir devant les ponts. Il y avait Un grand encombrement de voitures d'artillerie : le corps du maréchal Oudinot et la garde impériale avaient déjà passé sur la rive droite, où l'empereur avait aussi fait établir son bivouac. J'obtins avec beaucoup de peine de suivre les voitures d'artillerie , et je passai le pont avec la plus grande partie des équipages. Heureusement la gelée avait repris assez fort pour que les voitures pussent traverser le terrain marécageux du rivage et gravir l'escarpement.
Le lendemain , pendant la brillante affaire du maréchal Oudinot et du maréchal Ney contre les divisions de Tchichagow, arrivé trop tard pour s'opposer au passage , nous essayâmes de défiler pour prendre la route de Wilna, et nous fûmes entravés dans l'artillerie de la garde qui se formait pour soutenir les troupes du maréchal Oudinot. Le timon de ma voiture avant