BATAILLE DE DRESDE
mière journée que s'observer et se tâter en se canonnant. Le lendemain l'action générale s'en* gagea presque à la fois sur tous les points de la ligne. La principale attaque des alliés se fit par leur droite contre le Gross-Garden et les redoutes en avant de ce faubourg, c'est-à-dire, contre la gauche des Français. L'empereur Napoléon s'était porté de sa personne au centre de sa ligne à la grande redoute en avant de la palanque sur la route de Freiberg; il avait fait placer l'artillerie de sa garde en avant et un peu à la gauche de cette redoute. Le feu de cette artillerie couvrait parfaitement le centre des retranchements qui s'opposaient aux efforts que l'ennemi eût pu faire sur ce point important. A la faveur de ce point d'appui, l'empereur fit avancer toute son aile droite, qui déboucha du faubourg de Frédéricksbourg avec la cavalerie sous les ordres du roi de Naples, gravit le plateau, et alla au-devant des colonnes du prince de Schwarztenberg qui s'avançaient en toute hâte : elles n'eurent pas le temps de se déployer et de prendre position. L'infanterie autrichienne forma divers carrés qui furent successivement enfoncés et sabrés par la cavalerie du roi de Naples. Seize cents prisonniers et dix-sept pièces de canon restèrent au pouvoir des Français après un combat aussi vif qu'il fut court. Ainsi toute l'aile gauche de l'ar-
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mée alliée, séparée du centre et de la droite par la vallée de Tarant, fut pour ainsi dire surprise, détruite ou mise en fuite sans pouvoir être soutenue.
Pendant que ceci se passait à la gauche des alliés et même en arrière de leur centre, ils faisaient par leur aile droite les plus grands efforts pour forcer les retranchements de la gauche des Français, afin de pénétrer dans le faubourg et dans la ville. C'est à cette attaque que l'illustre transfuge le général Moreau fut mortellement blessé.
Vers la fin de la journée, le maréchal Mortier avec la jeune garde s'avança entre le Gross-Gar^ den et la rive gauche de l'Elbe sur la route de Py ma, débordant ainsil'extrême droite des alliés, qui renoncèrent à leur attaque et reprirent leur position sur les hauteurs.
Ainsi Ait gagnée , contre des forces supérieures, la mémorable bataille de Dresde. On ne saurait trop ad mirer les dispositions , la constance , la fermeté de' résolution de Napoléon dans une situation des plus périlleuses. Malheureusement cette fois, et par une inconcevable fatalité , il ne recueillit point le fruit de l'une de ses plus belles victoires : l'armée alliée se retira pendant la nuit, se dirigeant par les mêmes défilés qu'elle avait traversés , se hâtant de rentrer en Bohême.
5a4 SITUATION D£ LARMÉE FRANÇAISE.
avait remporté un premier avantage sur le corps français que Napoléon avait dirigé sur Berlin. Le maréchal Ney , envoyé pour soutenir Oudinot , ayant pris le commandement, essaya vainement de conserver l'offensive, et fut obligé de se replier sur Wittemberg.
Les nouvelles de ces trois défaites presque simultanées arrivèrent à la fois au quartier impérial de Dresde, au moment où Napoléon, satisfait d'avoir rejeté en Bohême la principale armée des alliés , se préparait à marcher sur Berlin avec la plus grande partie de ses forces. La scène était changée ; la victoire de Dresde n'avait plus d'autre résultat que quelques milliers de prisonniers et d'inutiles trophées. Les alliés avaient repris confiance; les Français avaient fait d'immenses pertes en peu de jours, tandis que les alliés re» cevaient de toutes parts des renforts considérables. Ils ne pouvaient tarder à reprendre partout l'offensive avec un grand avantage ; ils avaient derrière eux et tout près d'eux de grandes ressources, tandis que celles de l'armée française s'épuisaient rapidement. Tous les services devenaient de jour en jour plus difficiles; la ville de Dresde, ce funeste pivot, était encombrée de blessés et de malades. Mes fonctions ne furent jamais plus pénibles, ni mes efforts plus infructueux. Il n'y avait pas un officier éclairé qui ne
RÉSISTANCE DE NAPOLÉON. 5a 5
sentît le danger de la position générale, et la nécessité d'abandonner la ligne de l'Elbe, et de se retirer vers le Rhin , avant que toutes les forces des souverains coalisés fussent réunies et concentrées en Saxe. Mais il était dans le caractère de Napoléon de se roidir contre la mauvaise fortune , et de prendre d'autant plus de confiance dans les ressources de son génie. Il fut averti de l'immense supériorité des forces qui allaient presque l'entourer; aucunes vérités sur la situation et l'esprit de son armée ne lui furent dissimulées. Il sut que la défection de l'Autriche allait être suivie de celle des autres princes de la confédération du Rhin ; que les troupes bavaroises et celles de Wurtemberg menaçaient sa ligne d'opérations ; que l'armée suédoise allait passer l'Elbe ; que les troupes saxonnes , malgré la fidélité et l'admirable constance de leur roi, étaient pratiquées par des transfuges ; enfin que toutes les populations couraient aux armes , et que toute l'Allemagne retentissait du cri de guerre à mort contre les Français. Rien ne put ébranler sa résolution de combattre sur ce même théâtre où naguère il venait de triompher , et de ramener par un grand effort la victoire sous ses aigles. Tenant en force les places de l'Elbe, Kœnigstein , Dresde, Torgau , Wittemberg et Magdebourg, il espérait encore empêcher là réunion des armées
5a6 RHTBJJTt M L ARMÉE SUR LEIPZIG.
alliées en deçà de l'Elbe, de les battre séparé* aient , de reprendre ensuite ses positions sur l'Elbe , et ses plans offensifs pour se porter sur l'Oder. Dans cette vue , il concentra tous ses corps d'armée sur Leipzig, à l'exception de celui du maréchal Saint-Cyr, qu'il laissa à Dresde avec le fonds de l'administration de l'armée, comme il l'avait déjà fait lorsqu'il s'était porté en Silésîe.
Je restai donc encore cette fois, à Dresde avec le maréchal Saint-Cyr, qui, outre son corps d'armée, avait aussi sous ses ordres celui du comte de Lobau , formé des débris du corps de Vandamme, en tout à peu près vingt mille hommes.
Les armées alliées ne tardèrent point à déboucher de la Bohême et à passer l'Elbe sur divers points entre Torgau et Magdebourg. Nous fûmes bientôt resserrés dans la place et investis sur les deux rives du fleuve; nous n'eûmes plus aucune communication avec le quartier général de l'empereur.
Peu de jours avant que l'empereur partît de Dresde , prévoyant trop bien ce qui devait arriver, je fis partir mon fils : je le confiai à un maître-d'hôtel de M. Senft de Pilsach , dont j'occupais la maison, et qui se chargea de le conduire à Mayence, où il arriva fort heureusement, quoi* que la route entre Erfurt et Francfort fut déjà infestée par des partis ennemis.
Les troupes employées au blocus de Dresde étaient formées principalement d'un corps au* tri chien et d'une division russe, à laquelle se joignirent bientôt des renforts composés , en grande partie , de milices ou nouvelles levées russes. On estima que la force totale de l'ennemi, qui avait pris position sur les hauteurs où s'était livrée la bataille , était d'environ quarante mille hommes, sous les ordres du général Tolstoy. Vers le i a octobre , on s'aperçut qu'une partie de ces trou* pes avait été détachée vraisemblablement pour se réunir à la grande armée des alliés. Le maréchal Saint-Cyr profita habilement de cette circonstance pour faire une sortie ou plutôt pour livrer bataille à l'armée de blocus ; celle-ci n'étant pas assez nombreuse pour investir entièrement la place du côté du faubourg de Frédériksbourg, le général Tolstoy l'avait concentrée sur la position qu'avait occupée, comme je viens de le dire, l'armée russe et prussienne} c'est-à-dire, que sa gauche était appuyée aux escarpements de la vallée de Tarant, tandis que sa droite s'étendait jusqu'à Pyrna. Dans cette position, Tolstoy observait les mouvements de la forte garnison française; il lui suffisait d'être en mesure d'attaquer avec avantage tout ce qui sortirait de Dresde et se dirigerait sur Leipzig ; mais il avait commis la faute de ne point s'éclairer au delà de la
5a8 SORTIE DE LA GARNISON.
vallée, dont il ne gardait même pas l'entrée, fort rapprochée de la place.
Bien informé de cette position de l'ennemi et de sa négligence à couvrir l'appui de son aile gauche', le maréchal Saint-Cyr fit partir pendant la nuit une division d'infanterie, d'environ trois à quatre mille hommes,, commandée par le général Mouton-Duvernet , qui reçut ordre d'entrer dans la vallée de Tarant, de la remonter jusqu'à la distance d'une lieue et demie de la place, pour tourner entièrement la gauche de l'ennemi, de ne se montrer et commencer son attaque sur les derrières de l'ennemi qu'au signal d'un coup de canon tiré de la redoute n° 8, la même qui avait été prise et reprise la veille de la bataille de Dresde, et qui se trouvait en face du centre de la position de l'ennemi et la plus rapprochée de ses avant-postes. Le maréchal avait ordonné au comte de Lobau de faire filer ses troupes par le Gross-Garden , et d'attaquer de front en gravissant la hauteur, au moment où le général Mouton-Duvernet aurait commencé son attaque et où l'on apercevrait distinctement son feu sur les derrières de l'ennemi. Cette belle disposition fut parfaitement exécutée; mais deux imprudences empêchèrent que l'ennemi ne fût complètement surpris et défait : premièrement, une brigade du corps du comte de Lobau, qui devait dérober sa