‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 197 sur 247 · SORTIE DE LÀ PLACE DE DRESDE · texte numérisé non relu

SORTIE DE LÀ PLACE DE DRESDE

marche de flanc, en se couvrant du parc de Gross- Garden , passa au contraire en dehors en suivant la lisière du bois, à la vue des avant-postes de l'ennemi : secondement, le maréchal, que j'avais l'honneur d'accompagner, se porta de sa personne, à neuf heures du matin , à la redoute n° 8 , pour observer de plus près les avant-postes de l'ennemi , et juger lui-même du moment où les troupes qui devaient attaquer de front seraient en mesure pour faire donner le signal. Mais, comme nous approchions de la redoute, l'officier d'artillerie se persuadant que la présence du maréchal indiquait assez le moment de commencer les attaques , fit intempestiveuient tirer le coup de canon, avant que nous fussions entrés dans la redoute. Le général Mouton-Duvernet ayant fait attaquer , et les troupes qui étaient dans le Gross-Garden ayant été aperçues par l'ennemi avant que l'attaque exéqutée sur son flanc gauche et ses derrières eût uniquement fixé son attention, M. de Tolstoy eut le temps de replier sa gauche et d'ordonner la retraite par son flanc droit. Cependant nos tirailleurs assaillirent vivement les avant-postes sur le front de la ligne ennemie, et le comte de Lobau, se précipitant sur la droite et l'attaquant avec vigueur, coupa quelques bataillons de l'afrière-garde, fit douze cents prisonniers et prit neuf pièces de canon. III. 34

53o- RETRAITE DE l/ EMPEREUR SUR LE RHIN.

La grande armée des alliés se trouvait alors entre Dresde et Leipzig. La cavalerie du roi dé Naples, après quelques engagements, avait été refoulée sur la position en avant de Leipzig, où l'empereur avait concentré toutes ses forces. Toutes les communications étaient par conséquent interrompues; nous n'entendîmes même pas le canon pendant les journées du 16 et du 18 octobre. Les premières nouvelles qui nous parvinrent furent le bulletin publié par les alliés le lendemain de la désastreuse bataille du 18. Ce bulletin nous parvint à Fribourg, seul point avec lequel nous eussions pu communiquer, parce que le général Tolstoy n'avait pas osé reprendre s§ position si près de Dresde. Nous savions donc enfin, après une cruelle anxiété, que l'empereur était en pleine retraite vers le Rhin; et nous fûmes aussi informés que l'armée bavaroise, commandée parle général de Wrède, était en marche et se dirigeait sur Francfort. Dans ces circonstances , les instructions données par l'empereur au maréchal Saint-Cyr n'avaient plus le même but, et l'on ne pouvait attendre aucun résultat de leur exécution. Fallait-il rester à Dresde pour défendre cette place aussi longtemps que possible, mais évidemment sans espoir de pouvoir être dégagé, ni de concourir à aucune opération utile? Fallait-il sortir de Dresde avec les

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vingt mille hommes qui se trouvaient sous les ordres du maréchal et tenter de traverser l'Allemagne pour rentrer en France? Telle fut la question que le maréchal Saint-Çyr crut devoir soumettre à un conseil de guerre, pour mieux s'éclairer sur le parti qu'il devait prendre- Je fus appelé à ce conseil où les avis furent partagés. Interrogé à mon tour, je me défendis, comme n'ayant d'autres fonctions que celles d'intendant général, d'émettre aucune opinion ,-et f obtins du maréchal , dans le cas où il se résoudrait à évacuer la place, de ne point me séparer de lui. Pressé de nouveau de dire mon avis , je demandai qu'il ne fût point consigné au procès-verbal, parce que je ne pouvais avoir de voim délibérative , et que ce que je pouvais dire ne devait être reçu que comme renseignement : j'ajoutai qu'il me semblait impossible que le premier soin du général en chef des armées coalisées n'eût pas été, immédiatement après le gain de la bataille décisive de Leipzig, de détacher un corps d'armée assez considérable pour couper toute communication aux vingt mille hommes qu'il savait bien être à Dresde, et pour les resserrer et réduire à tout prix la place de Dresde; que ce corps d'armée, renforcé par celui de Tolstoy , devait infailliblement arrêter notre marche, nous attaquer en tête et en flanc, et nous détruire ou nous for-

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cer de capituler en rase campagne; que nos efforts les plus vigoureux ne pourraient empêcher l'ennemi de nous suivre, de multiplier les obstacles en avant de nous, et de nous faire périr en détail et par le manque de ressources; enfin, que la défense de la ville de Dresde, occupant une partie des forces de l'ennemi, retardant les sièges et la prise des places qui nous restaient sur l'Elbe, aurait un but et une issue plus honorables qu'un effort, en apparence, plus glorieux, mais certainement téméraire et inutile. Sans doute que l'empereur, s'il l'avait pu, aurait donné de nouveaux ordres en ce sens. La proposition qui fut faite de marcher par la rive droite de l'Elbe pour atteindre Torgau, et, s'il se pouvait, Magdebourg, ne pouvait avoir un meilleur succès. Torgau devait être encombré de blessés et de tous les équipages de l'armée, et l'ennemi, bientôt maître de Dresde et d'autres passages, nous préviendrait aussi de ce côté. L'encombrement d'un plus grand nombre de troupes dans Magdebourg, si, contre toute vraisemblance, nous pouvions y arriver, ne ferait que hâter la reddition de cette importante place, qui ne pouvait être secourue ni ravitaillée. Il valait donc mieux tenir ferme à Dresde, fatiguer l'ennemi par une vigoureuse résistance jusqu'à l'entière consommation du peu de ressources qui

nous restaient. Telle fut, après des débats trèsvifs , la résolution du maréchal Saint-Cy r.

Trois jours après , et certes ce délai n'aurait pu nous suffire pour gagner même une marche sur l'ennemi, le général autrichien Rlenau bloqua, sur les deux rives, la ville et les faubourgs de Dresde avec une armée autrichienne dont la force réunie à celle du corps, de Tolstoy n'était pas moindre de cinquante-deux; mille hommes. Après avoir coupé toutes les communications et nous avoir resserrés dans nos retranchements , le gé* néral Rlenau feignit de vouloir commencer des attaques régulières; mais le maréchal Saint-Cyr savait qu'il n'avait point d'artillerie de siège > qu'il n'en pouvait tirer que des places de Bohême, et que la saison très-pluvieuse et fort avancée avait tellement dégradé les chemins qu'il était impossible de former et d'amener devant Dresde un équipage de siège. Le maréchal s'occupa de faire perfectionner les moyens de défense. Il fit traverser par des coupures toutes les issues des faubourgs, multiplia les barricades, fit créneler les maisons, et rendit ainsi très-forte et hors d'insulte cette enceinte des faubourgs de Dresde, dont toutes les communications transversales dans l'intérieur devinrent autant de lignes retranchées auxquelles le corps de place, quoique en assez mauvais état, mais aussi bien réparé

qu'il fut possible de le faire , servait de réduit. J'eus soin de ménager les ressources en vivres qui nous restaient, autant que la consommation d'une garnison de vingt mille hommes, sans compter les cinq ou six mille malades ou blessés dont je n'avais pu faire évacuer qu'un petit nombre sur Torgau, et les consommations des habitants de la ville, pouvaient le permettre. Nous restâmes dans cette position respective jusqu'en novembre. À mesure que la disette se faisait sentir, que les recherches les plus sévères ne produisaient presque plus rien , que les bestiaux manquaient et qu'on était obligé d'abattre les chevaux, des murmures s'élevèrent : on recommença à blâmer le parti qu'avait pris le maréchal ; on revint à la proposition de forcer le blocus sur la rive droite et de marcher sur Torgau pour gagner ensuite Magdebourg. On montrait tant d'ardeur pour cette expédition hasardeuse, que le maréchal, qui ne la considérait que comme une sortie qui , si elle n'avait pas le succès qu'on s'en promettait , ne pouvait cependant rien compromettre, la retraite étant bien assurée, donna au comte de Lobau l'ordre de former un corps d'élite équivalent à la moitié des forces disponibles, et de tenter de s'ouvrir un passage. Le maréchal restait à Dresde avec tout son état-major, toute l'administration de l'armée, pour défendre

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la place. Quelque précaution que l'on prît pour dérober à l'ennemi cette tentative, il n'était pas vraisemblable qu'il n'eût pas pourvu d avance aux moyens de la faire échouer. Le combat s'engagea à une demi-lieue de la ville. Le comte de Lobau trouva sur les premières hauteurs des forces supérieures et si avantageusement postées, qu'après avoir fait les plus vigoureux efforts, il dut renoncer à poursuivre sa marche, replia ses troupes et rentra dans la place.

Nos embarras s'accrurent de jour en jour, d'heure en heure : la présencç d'une partie de la famille royale n'était pas le moindre, et gênait beaucoup le maréchal. Il résista fermement aux plus vives sollicitations des principaux habitants et surtout des personnes attachées à la cour qui le suppliaient de ne pas prolonger une si inutile défense; enfin les communications, qu'il était difficile d'empêcher entièrement, amenèrent des pourparlers. Deux colonels , l'un neveu du comte de Lobau et son premier aide de camp, l'autre M. Marion, commandant l'arme du génie, furent chargés de conférer avec les officiers au« trichiens envoyés par le baron de Klenau, et, selon leurs propositions, de poser les bases d'une capitulation pour les soumettre au maréréchal. On ne put se mettre d'accord, Comme j'avais dit au maréchal Saint-Cyr que le baron de

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