CAPTIVITÉ EN HONGRIE
plaisance et grand établissement d'expériences d'agriculture de Sa Majesté l'empereur d'Autriche. Nous entrâmes en Hongrie et nous arrivâmes enfin à Tyrnau, petite ville à six lieues de Prèsbourg, où notre résidence fut fixée. Nous fûmes là très-bien accueillis par les principaux habitants, et particulièrement par levêque~prince Ernest de Schwartzenberg, frère du généralissime* Nous établîmes le général Durosnel, le baron de Saint-Didier, Combes et moi , à frais communs, modestement, mais très- commodément, une assez bonne maison, et nous fumes dans ce séjour, d'ailleurs assez triste, pendant un hiver long et rigoureux, aussi tranquilles, aussi heureux qu'on puisse l'être, loin de sa patrie et dans des circonstances aussi pénibles , aussi fâcheuses. Nous recevions fréquemment des nouvelles de Vienne; nous suivions avec anxiété le mouvement des armées; et nos conjectures, d'après les rapports officiels de l'ennemi, nous firent plusieurs fois concevoir des espérances trop tôt déçues.
Je reçus, pendant notre captivité, un honorable témoignage d'estime et de bon souvenir de M. le comte de Wurbna, grand chambellan de l'empereur d'Autriche. Il demanda pour moi , et obtint la permission de résider à Vienne, ainsi que les officiers qui se trouvaient avec moi, ou de voyager, comme il me conviendrait, dans les
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États de Sa Majesté, Nous ne profitâmes, ni moi, ni mes compagnons , de cette autorisation : nous nous trouvions très-bien à Tyrnau, et nous ne songions guère à chercher dans la capitale ou ailleurs des distractions au chagrin que nous causaient les revers de nos armées et les malheurs qui menaçaient notre patrie. Je ne profitai de cette permission que beaucoup plus tard, et lorsqu'après la catastrophe de la contrerévolution, nous n'avions plus qu'à attendre notre échange ou notre rappel.
Peu de temps après notre arrivée à Tyrnau, mon honorable amie madame de Traunwieser, que j'avais informée de notre destination dès notre entrée en Bohême, me causa une agréable surprise en venant elle-même avec sa fille, qui avait dû épouser mon ami le général Louis de Romeuf, me rendre visite dans ma prison de Tyrnau. Elle aurait voulu, me dit-elle, qu'il lui fût possible de rester auprès de nous, et de charmerles ennuis de notre captivité. Je fus profondément touché de cette preuve d'estime et de constante amitié. Lorsque je quittai Tyrnau vers le i5 d'avril, pour me rendre aux eaux de Baden près de Vienne, madame de Traunwieser vint m'y trouver avec sa fille, et ce fut là que cette angélique créature fut subitement attaquée d'un vomissement de sang, funeste symptôme de III. 35