MINISTÈRE DE LA MARINE
mort de M. Malouet rendit ce département vacant. Sa Majesté, qui avait donné d'abord son assentiment, en fut détournée très-vraisemblablement par M. de Blacas. Le comte Beugnot me fut préféré.
Je continuai avec le zèle le plus actif le travail de la liquidation des armées , et je me flattais de le terminer dans le cours de la seconde année de mon administration, lorsque le maréchal Soult, qui avait remplacé le général Dupont au ministère de la guerre, jugea qu'il serait plus utile de réunir dans les différentes divisions de son ministère la liquidation de l'arriéré à la comptabilité du service courant. Je pense qu'il fut déterminé à cette mesure par l'exposé qu'on lui fit d'une plus grande facilité de vérification et d'une plus grande célérité d'expédition; mais ses vues ne purent être remplies pendant son court ministère, et bien moins encore sous ses successeurs. Cette grande liquidation disséminée dans les différents bureaux rencontra plus d'obstacles et devint de plus en plus litigieuse. M. le maréchal Saint-Cyr fut obligé de centraliser encore une fois ce travail , et de former une division spéciale. Dix années ont à peine suffi pour le terminer.
En supprimant la direction générale de la liquidation des armées , M. le maréchal Soult , qui n'a jamais cessé de me donner des preuves de
56o DIRECTION DE LA CAISSE DES INVALIDES.
son estime particulière , proposa au roi de me nommer directeur général de la caisse des Invalides , avec le même traitement que j'avais comme directeur de la liquidation des armées. 11 nomma en même temps M. Carayon ( depuis receveur général) caissier des Invalides. Quoiqu'une ordonnance royale, réglant les attributions de la place qui m'était destinée, les eût fort étendues, en faisant concourir à la formation de cette caisse les produits des ventes de matériels de la guerre, et plusieurs autres sources de revenus qui devaient accroître ce fonds spécial et en rendre la gestion et la surveillance très-utiles à l'objet intéressant pour lequel il était créé, je refusai d'abord cette place qui me semblait être hors de ma sphère. M. le maréchal insista : j'acceptai et me livrai à ce nouveau travail. Vers cette époque, je fus nommé grand cordon de la Légion d'honneur, ou, selon la nouvelle dénomination, grandcroix de l'ordre royal de la Légion d'honneur.
La tranquillité apparente des esprits avait inspiré aux partisans de l'ancien régime une confiance mal fondée. Le miracle de la restauration des Bourbons leur semblait avoir opéré une complète contre-révolution, et avoir effacé en un seul jour les souvenirs de trente années, avoir fait disparaître d'un seul coup les traces de ce qu'ils appelaient une longue et vaine rébellion,