‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 215 sur 247 · DÉBARQUEMENT DE NAPOLÉON EN FRANCE · texte numérisé non relu

DÉBARQUEMENT DE NAPOLÉON EN FRANCE

Comme si eux seuls eussent vécu , agi d'une ma* nière réelle et légale , et que tout le reste de la nation française n'eût existé, exercé ses facultés morales et physiques que d'une manière fantastique. Ils étaient tellement fascinés qu'ils ne concevaient pas qu'on tardât à faire sortir de la restauration toutes les conséquences qu'ils y apercevaient, tant il leur semblait facile de satisfaire leur ressentiment et de remplir leurs espérances. Ce fut ainsi qu'en alarmant tous les intérêts, en choquant toutes les convenances , en arrachant à l'armée ses aigles, etc. , etc. , on réveilla les passions frappées de stupeur > et qu'on aliéna l'opinion de la grande majorité.

La fermentation allait croissant, et le gouvernement semblait à peine s'en apercevoir. Il allait être surpris par l'éclat d'une formidable conspiration qui n'avait rien de commun avec les projets de Napoléon, lorsque celui-ci, sans attendre la dissolution du congrès des souverains alliés , se croyant menacé d'une nouvelle violation du traité qu'il avait conclu avec eux , et d'une déportation hors de l'Europe , quitta l'île d'Elbe , et débarqua sur les côtes de Provence avec ses officiers et la poignée de braves qui l'avaient accompagné dans son exil volontaire. Cette entreprise, la plus audacieuse qui ait jamais été traitée , porta la terreur dans le palais des Tuileries, et éclaira trop III. 36

56a MARCHE DE NAPOLEON SUR PARIS.

tard la cour et les conseillers de Louis XVIII sur leurs dangers et sur les effets désastreux de leur conduite inconsidérée.

Quand il fut impossible de douter du retour de Napoléon , je le considérai comme le plus grand malheur qui pût arriver à la France. Je doutai pendant plusieurs jours que l'empereur fut déterminé à venir à Paris; et quoique je connusse bien la disposition des esprits et la désaffection générale, je ne pouvais me persuader que Napoléon pût rallier, en aussi peu de temps qu'il le fallait , les moyens d'une telle agression, quand il avait tant d'obstacles à vaincre , et que le moindre qui lui eût été opposé dans ses premières marches, pouvait l'arrêter et le faire échouer.

Entre les conjectures diverses que j'entendais former sur cette téméraire entreprise, la conception de son plan ne me vint point dans Tes* prit. Non , je ne pouvais croire que son nom seul , et une poignée de braves , qui représentaient la vieille grande armée , suffiraient pour réveiller tous les souvenirs , frapper toute la nation comme par un coup électrique, et faire voler de clocher en clocher le drapeau tricolore jusqu'au palais des Tuileries. La défection des premières troupes qu'il rencontra, Toccupation de Grenoble, le passage du fihône

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