‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 22 sur 247 · RENTRÉE EN FRANCE · texte numérisé non relu

RENTRÉE EN FRANCE

lurée de mes amis : je connaissais trop bien les caractères et les intérêts des hommes qui avaient opéré cette réaction , pour me flatter que les conséquences de ce nouvel état de choses pussent aller jusqu'au rappel des constitutionnels proscrits.

Les membres de la convention qui avaient réveillé les sentiments d'humanité, ne tardèrent pas à en modérer l'élan et les effets inévitables qui les entraînaient à leur propre ruine. Ils prouvèrent ainsi qu'ils n'avaient agi que pour leur sûreté personnelle. Cependant, comme le ressort de la terreur s'était brisé dans leurs mains, et qu'ils ne pouvaient le rétablir qu'en se rendant plus odieux encore au peuple détrompé que -ceux de leurs collègues qu'ils venaient de sacrifier, il y .eut quelque relâche dans les mesures rigoureuses, et plus de facilité pour les correspondances : j'en profitai pour préparer ma rentrée en France. Je n'avais point été porté sur la liste des émigrés ; mais mon émigration, comme celle d'un grand nombre de mes amis, était bien connue, et j'avais été particulièrement signalé et dénoncé au comité de sûreté générale de la convention. Ce ne fut que six mois" après la mort de Robespierre que ma famille consentit à mon retour que je désirais ardemment.

Dans les premiers jours de mai 179$, je me

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hasardai à rentrer clandestinement en France. Je me séparai de mon ami Brémont, et ne, quittai pas sans quelques regrets notre paisible retraite, pour me rejeter dans le torrent dont les flots étaient encore bien tumultueux. J'allai d'abord rejoindre à Nions, Théodore de Lameth, dont l'active amitié disposa mon voyage pour rentrer en France, avec autant de soin qu'il en avait mis pour assurer mon évasion : il m'avait ménagé dans le département du Jura, et particulièrement à Saint-Claude et à Dole , des intelligences avec quelques-uns de nos collègues, anciens députés de ce département à l'assemblée législative. M. de Lameth m'accompagna jusqu'au haut de la montagne de Saint-Cergues ; il me remit entre les mains d'un guide sûr. Je passai la frontière, et traversai à pied, dans les neiges et par des sentiers détournés, les cimes du mont Jura. Je descendis à Saint-Claude, où un ami de Théodore de Lameth, qui avait été prévenu de mon arrivée, me reçut avec la plus affectueuse hospitalité. Je me rendis le lendemain à Dole, où je trouvai, ainsi que nous en étions convenus, M. Mallet-, banquier genevois, qui retournait à sa maison de Paris, et m'avait offert une place dans sa voiture. Nos amis du Jura m'avaient préparé un faux passe-port. Cette fois je traversai la France avec autant de sécurité que j'avais eu de

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