O RAPPEL AU CONSEIL D ÉTAT
tion par, le désir de ménager des appuis à mon fils. Le maréchal Saint-Cyr, rappelé au ministère de la guerre , m'appuya de son influence : il .fut secondé par mes anciens amis, le baron Louis , ministre des finances , et le général Dessolles , ministre des affaires étrangères. Je fus d'abord nommé conseiller d'Etat en service extraordinaire, et quelque temps après je fus mis en service ordinaire et nommé président du comité de la guerre. Le maréchal Saint-Cyr ayant à cette époque formé une commission de défense du royaume, composée d'officiers généraux de diverses armes, pour déterminer les plans de défense des différents fronts de frontière, je fus appelé à faire partie de cette commission ; elle était composée, pour le génie, du général Marescot, président de la commission , des généraux Dode , Chambarlhac , Maureillan : pour l'artillerie, des généraux Andréossy, Ruty et Vallée : pour l'état-major, des généraux Dessolles, Guilleminot, Saint-Cyr Nugues et moi : le général Pelet remplissait les fonctions de secrétaire. Les séances de cette commission se sont prolongées pendant trois ans ; elles ont été aussi intéressantes qu'instructives. Après la discussion générale sur les principales données de ce grand problème, et des bases posées par l'instruction du ministre, le travail sur les différents fronts
COMMISSION DE DÉFENSE. 5g I
de frontières fut partagé entre les membres de la commission, qui durent présenter chacun un mémoire, lequel était soumis ensuite aux délibérations de la commission réunie. Je fus particulièrement chargé avec le général Nugues- Saint-Cyr de la frontière du Midi, c'est-à-dire, des Pyrénées entre les deux mers. Lorsque tous les points mis en discussion étaient décidés , le travail sur chaque frontière était rectifié par les auteurs des mémoires, et remis ensuite au général Àndréossy, qui fut chargé de la rédaction générale. Ces travaux , mon assiduité aux séances de la commission , les séances générales du conseil d'État, les séances particulières du comité de la guerre , ne m'empêchèrent pas de continuer mon Précis des événements militaires, quoique cette variété et cette multiplicité d'occupations retardassent, plus que je ne l'aurais voulu, la composition et la publication successive des livraisons de l'ouvrage. '
Mon honorable ami le général Defrance ayant été appelé par le maréchal Saint-Cyr et nommé par le roi au commandement de la première division militaire, voulut bien choisir mon fils pour l'un de ses aides de camp.
J'avais lieu d'être satisfait de ma situation; j'avais repris une position politique convenable et entièrement conforme à mes opinions, à
Styl REFUS DE mVxEVER A LA PAIRIE.
mon dévouement sincère et à mon activité. Je reçus un témoignage de confiance par ma nomination k la présidence du collège électoral du département de la Vienne rassemblé à Poitiers. Je dus cette nomination à l'influence de M. Decaze, qui avait aussi appuyé mon rappel au conseil d'État. Les ministres de cette époque cherchaient à faire prévaloir le parti constitutionnel et ne désiraient écarter des élections que ceux qu'ils trouvaient trop ardents et qui professaient trop hautement des opinions républicaines. Quoique j'eusse échoué à Poitiers et que les nominations eussent été emportées par les hommes les plus avancés dans l'opposition , je n'en reçus pas moins à mon retour, et du roi luimême, des témoignages de satisfaction. Je fus proposé, mais trop faiblement appuyé, même par mes amis, pour la promotion des pairs de France. J'avais. pu, d'après les assurances qui m'avaient été données, croire que j'y serais compris; on jugea que ma part était faite. Je fus sensible à ce désappointement, moins pour ce qui m'était personnel que pour l'avenir de mon fils, auquel ma nomination aurait ouvert une carrière honorable et assurée , une existence politique indépendante.
La fortune, qui m'avait souri quelques instants, ne tarda pas à m'abandonner ; mais elle aban-
MINISTÈRE CONSTITUTIONNEL, 5g3
donnait aussi la bonne cause , celle de la liberté constitutionnelle , à laquelle ma conscience me dit que je suis resté constamment attaché à travers tant d'orages. L'horizon se rembrunissait; les intrigues du parti qui avait perdu le pouvoir, parce qu'il en avait abusé, travaillaient au dedans et au dehors avec une activité , une audace dont les constitutionnels trop confiants dédaignaient de remarquer et de prévoir les effets. Dépassés, comme ils l'avaient été au commencement de la révolution, par des hommes ardents et inconsidérés, ils ne s'apercevaient pas du danger des prétextes qu'ils donnaient à leurs ennemis pour colorer et justifier de perfides insinuations. L'orage grossissait, et déjà les congrès des souverains n'exigeaient pas moins que le sacrifice des bases de nos libertés.
L'événement le plus funeste, l'assassinat du duc de Berry, acheva la défaite du parti constitutionnel; la loi d'élection fut détruite, et les conséquences de cette catastrophe se développèrent avec une effrayante rapidité. La sainte-alliance, c'est-à-dire la ligue des souverains contre les principes constitutionnels, s'alarma de leur affermissement en France et des germes de prospérité que fécondaient les progrès de l'industrie sous leurs yeux mêmes. En présence de leurs troupes qui occupaient le territoire, les étran- III. 38
$g4 RÉACTION ANTICON&TtTUTIONWFLLE.
ger» nous, voyaient reparer nos pertes immense* en fondant le crédit. Alors la sainte-alliance re~ leva la faction aristocratique dont elle avait redouté les excès , sema la discorde et employa toute son influence sur le gouvernement du roi pour corrompre les institutions garanties par la charte et leur donner une fausse direction. À ce prix la France fut délivrée des armées d'occupation. Louis XV 111, affectant le rôle d'un sage modérateur, feignit de vouloir maintenir l'intégrité dé la loi constitutionnelle, mais il céda réel lement à l'influence des gouvernements étrangers pour se ménager leur appui, et n'osa pas se confier à la nation pour fonder solidement , et par ses propres forces, le nouvel ordre , le nouvel état social, c'est-à-dire, le gouvernement représentatif dans toute sa pureté, sa vigueur et son infaillible succès. Dès ce moment, tout devint vague, incertain dans les doctrines, dans les lois, dans les mesures du gouvernement. Le ministère se divisa. Ceux des ministres qui, depuis l'ordonnance du 5 septembre, avaient sincèrement travaillé à affermir le gouvernement représenta tifT et qui luttaient contre les intrigues de la faction et de la cour, le général Desselles, présidait du conseil t le maréchal Saint-Cyr, ministre de la guerre, et le baron Louis, ministre des finances, se retirèrent Le nouveau mi-
RÉACTION AUTICOWSTmJTlOïnyiLLE. 5g$
nistère* où le duc de Richelieu reprit ââ place de président du conseil, essaya de gouverner entre deux oppositions, et ne fit que donner plus de force au parti anticonstitutionnel ou plutôt contre-révolutionnaire.
La fausse loi d'élection porta ses fruits amers i le ministère vît surgir en ennemis les députés du parti aristocratique, achetés par toutes sortes de concessions j il voulut soutenir u« système moyen dont ce parti né voulait pas. L'opposi* tion constitutionnelle était encore nombreuse et énergique f mais le ressentiment des dernières violation* de la constitution, et l'indignation contre les ministres qui les avaient provoquées ou favorisées , firent commettre une dernière faute. La réuïikn* des deux oppositions, fit perdreau ministère la majorité sur laquelle il avait compté, et entraîna sa chute. L'effet inévitable de cette résolution aussi extraordinaire qu'impolitique fut d'abandonner le pouvoir k la faction aristocratique, et dès ce moment il n'y eut plus à espérer aucun redressement légal : le parti constitutionnel resta désarmé r et celui qui triomphait n'avait pltis d'obstacles à redouter. II de* vait braver inptinément l'opinion publique et considérer ses organes comme d'inutiles déclafnateurs.
Les nouveaox ministres, ceux des dernières