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qu'un agent de police chargé d'examiner les étrangers. Il avait reçu les signalements des proscrits en fuite, et voulait absolument me voir. Il consentit à remettre son inspection au lendemain ; mais Sennepart avait fait louer des chevaux qu'on attela sans bruit, et nous partîmes à une heure du matin, pour nous rendre à un petit port de pêcheurs, sur la grande Meuse, où je m'embarquai seul, après avoir embrassé et trop faiblement remercié mon généreux compagnon.
Le plus beau yacht du roi d'Angleterre m'eôt été moins agréable que le bateau à demi ponté, manœuvré par deux pêcheurs avec lesquels je fis marché pour me conduire à Rotterdam. Je respirais enfin, je ne craignais plus d'être poursuivi; mais avec quel serrement de cœur ne quittai-je pas le rivage français! que de souvenirs, que de tristes pensées occupèrent mon esprit, pendant les deux longues nuits passées sur cet esquif! J'étais libre du moins; je savais que dans quelques heures mon ami Sennepart annoncerait à ma famille que j'étais sauvé; tandis que mes malheureux amis, enchaînés et transportés comme de vils malfaiteurs, allaient subir les tourments d'un horrible exil , et ne laissaient à leurs familles désolées que la presque certitude de leur mort après une cruelle agonie. Ces idées m'accablaient bien plus que la fatigue d'une naviga-
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tion que les vents contraires et les courants rendirent très-pénible. Malgré le court trajet que j'avais à faire, je n'arrivai à Rotterdam que le troisième jour.
J'y rencontrai Alexandre Romeuf, Tun des aides de camp du général la Fayette, qui, après avoir séjourné en Angleterre pendant le premier règne de la terreur, était rentré en France à peu près à l'époque de mon retour de Suisse. La loi du 19 fructidor, qui signalait le second règne de la terreur, he laissant désormais aux officiers de la famille militaire du prisonnier d'Olmùtz aucun espoir de trouver un asile sur le territoire français , Romeuf se rendait comme moi à Hambourg, et je ne pouvais souhaiter un plus aimable compagnon de voyage. Nous prîmes la route de Westphalie, par Bentheim et Osnabrûck. Nous nous arrêtâmes dans cette dernière ville pour prendre un peu de repos. Peu d'instants après notre arrivée, nous apprîmes qu'un général prussien avec quelques officiers de marque venait de descendre à l'auberge où nous nous étions logés : c'était le vieux duc de Brunswick qui allait, je crois., à Oldenbourg : informé que deux Français, venant de Paris, par la Hollande, se trouvaient sous le même toit, il témoigna le désir de nous voir. Quelque peu important que fût mon incognito 9 si je m'étais prêté à satisfaire
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la curiosité du prince, on n'aurait pas manqué de faire de cette rencontre fortuite , un supplément de conjuration et de preuves de notre connivence avec l'étranger. Romeuf seul se montra , causa avec les officiers du duc , et ne laissa subsister aucun soupçon sur le marchand danois Elias Funck, son compagnon de voyage.
Je n'avais d'autre projet que de. me réunir à mes amis, Charles et Alexandre de Laineth, lesquels, ainsi que le duc d'Aiguillon, avaient quitté l'Angleterre, et s'étaient réfugiés à Hambourg : ils y avaient formé, je l'ai déjà dit, un petit établissement de commerce de détail, qui n'avait guère d'autre objet que de leur assurer le droit de domicile, et garantir ainsi leur tranquillité. Cette réunion fut pour moi une très*douce consolation. Deux autres constitutionnels, avec lesquels j'étais aussi très-lté, M. de Riccé et M. l'abbé Louis, le même qui fut depuis trois fois ministre des finances, avaient établi à Hambourg une maison de commerce un peu plus considérable. Ils s'étaient associés avec deux négociants, l'un Genevois, l'autre, M. Lom, de Bayonne. Je versai, dans cette maison de commerce et de banque, une somme d'environ quarante mille francs que mon frère Saint-Fulcrand m'avait confiée, en m abandonnant l'intérêt qu'elle pourrait produire. Ce fut,