SORTIE DF. HAMBOURG
avec le peu d'or que j'avais pu emporter, ma seule ressource pendant mon exil.
Je voulus d'abord m'établir à Hambourg ; j'espérais qu'à l'exemple de mes amis, et faisant valoir les mêmes motifs, je pourrais jouir de la même sécurité. Il n'en fut pas ainsi. Je fus bientôt averti que le directoire faisait rechercher les proscrits du 18 fructidor, et voulait exiger leur extradition des pays où, par divers motifs , son influence pouvait aller jusqu'à cette violation du droit des gens. L'exemple de la Suisse, et surtout celui de la Hollande, effrayait alors les gouvernements faibles et limitrophes des pays envahis. Mon séjour à Hambourg pouvait corn- . promettre mes amis : il fallut nous séparer; ils s'occupèrent de me trouver un asile dans les États du roi de Danemark, et, en attendant, je me retirai à Yansbeck , dans une maison de campagne que madame de Riccé avait occupée. Cette femme respectable, de l'ancienne maison de Humpech, devenue veuve, avait épousé M. de Riccé pour lui faire partager sa fortune : elle venait de mourir, lorsque j'arrivai à Hambourg. Je passai quelques semaines à Yansbeck dans une entière solitude, mes amis ne pouvant venir me voir que très-rarement. J'avais rencontré chez eux le célèbre philosophe Jacobi, qui professait nos opinions constitutionnelles, avait
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suivi en observateur éclairé la marche de la révolution française, et prenait un vif intérêt aux victimes d'un zèle désintéressé pour le salut de leur patrie. Il me donna les preuves les plus touchantes de ses généreux sentiments , que partageaient ses honorables amis le comte Christian de Stolberg, un des baillis du Holsteîn, et la comtesse Louise son épouse, née Reventlow : ceux-ci habitaient leur terre de Tremsbûttel; il leur proposa de m'y recevoir, et je m'y rendis avec lui.
Jacobi fut pour moi un ange tutélaire; je n'aurais pu , dans les circonstances et dans la disposition d'esprit où je me trouvais, rêver une plus heureuse ni plus honorable retraite, un asile plus doux , une société plus conforme à mes goûts, à mes sentiments, à mes opinions. Je reçus du comte et de la comtesse de Stolberg l'accueil le plus touchant et le plus cordial : ils m'invitèrent à rester auprès d'eux , à partager leur foyer et leur table : j'acceptai cette noble hospitalité , dont je ne me sentais digne que par la reconnaissance dont j'étais pénétré. Le comte et la comtesse habitaient cette terre pendant toute l'année ; la maison était simple et commode , et très-proprement tenue ; le site était agréable et très-champêtre. Le comte était âgé d'environ cinquante-cint[ ans, la comtesse de cinquante.