‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 78 sur 247 · I<)2 A.UDIEHCE DU PREMIER CONSUL · texte numérisé non relu

I<)2 A.UDIEHCE DU PREMIER CONSUL

de servir. Et à cette occasion reprenant le sujet de sa conversation , lors de la première audience qu'il m'avait accordée après mon retour du Holstein, il s'applaudissait du succès de ses efforts pour rapprocher , par l'exercice de diverses fonctions, par la nécessité du travail commun, les hommes des divers partis. «Mais, « ajoutait-il, il y a des esprits aigris, des souve- « nirs implacables, qui font beaucoup de mal. « Dites-moi, par exemple, quel est ce colonel (c Bamel qui commandait votre garde du corps « législatif? il a écrit un mémoire sur le 18 fruc- « tidor, et sur les exilés de Sinnamary, qui est un « vrai brandon de discorde. »

Je répondis d'abord à la première question , et de la manière la plus juste et la plus honorable, sur les bons services et le caractère du brave colonel Ramel; et quant à son mémoire : — « Je puis attester, général, qu'il n'en a pas « écrit une ligne; voici le coupable! Indigné des « calomnies par lesquelles on avait surpris votre « religion, et croyant utile de faire connaître le « traitement barbare que le directoire avait in- « fligé aux victimes de sa politique, je m'empa- « rai de la relation verbale de Ramel, et publiai « ce mémoire sous son nom.

— « Il n'est que trop bien écrit; mais vous « n'avez pas fait là une bonne action : n'en par-

DÉNONCIATION DE L ARMISTICE. ig3

« Ions plus. Retournez en Suisse sans perdre un « instant. Vous passerez le Splûgen : quand on « le veut bien, on passe toujours. Emportez « avec vous cinq cent mille francs en or que j'ai « fait disposer pour l'armée des Grisons. »

Je fis diligence pour rendre compte au général Macdonald du résultat de la mission qu'il m'avait confiée, et de la détermination du premier consul. Le général en chef ne se dissimula pas que le rôle secondaire qui lui était réservé n'offrait que d'immenses difficultés, des périls sans éclat, peu de chances de succès, et une faible part à la gloire des armes.

L'armistice fut dénoncé aux avant-postes autrichiens le 8 octobre; les hostilités devaient commencer le 11. Les troupes de l'armée des Grisons sortirent de leurs cantonnements pour se porter sur la ligne du Rhin , de Coire à Rheineck, à la tête du lac de Constance, occupant toute la vallée depuis Coire jusqu'à Rheineck, où le quartier général fut établi le 1 8 novembre. Le général Macdonald avait fait jeter un pont de bateaux près de Rheineck; il fit relever et étendre la tête de pont sur la rive droite, pour assurer la communication avec Feldkirch, comme aussi son point de retraite. Pendant que ses divisions remontaient la rive gauche , et défilaient sur le pont de Zoll-Brùck, pour se porter sur III. 1 3

rg4 ENTREE EIV CAMPAGNE.

Coire, il se rendit à Feldkirch, fit réparer les routes du Vorarlberg et multiplia ses reconnaissances. Ces démonstrations et celles qu'il faisait faire en même temps dans la vallée de la Lanquart et dans le haut Engadin, persuadèrent à l'ennemi que son dessein était d'attaquer le Tyrol occidental, de forcer les retranchements de San-Martins-Briick et de pénétrer au cœur du Tyrol par la grande communication de Landeck.

Comme je ne rappelle dans ces mémoires et ne rapporte avec détail que les événements et les faits particuliers auxquels j'ai pris une part personnelle, et dont je fus témoin oculaire, j'ai dû me servir des notes que j'avais recueillies dans les différentes positions ou je me suis trouvé, et dans les diverses fonctions politiques ou militaires que j'ai remplies dans le cours de ma longue carrière : ici7 par exemple, je puise dans la relation que j'ai donnée de la campagne de l'armée des Grisons, au cinquième volume du Précis des événements militaires , le narré presque textuel des mouvements dont le général Macdonald me confiait la direction.

Ayant attiré sur sa gauche l'attention des généraux autrichiens, le général Macdonald acheva son mouvement et concentra ses divisions entre Çoire et Mayenfeld. La division du général Rey,

POSITIONS DÉ l/ ARMÉE. ^5

qui occupait Feldkirch et les postes de la vallée de l'IU, y fut remplacée par un petit corps de trois mille hommes détaché de l'aile droite de l'armée du Rhin.

La convention d'armistice avait neutralisé toute la partie du pays des Grisons qui se trouvait entre la ligne des Français sur le Rhin , et celle des Autrichiens sur l'Àrlberg. La ville de Coire était en avant de la ligne au pied des Alpes qui séparent les torrents affluents à l'Inn de ceux qui tombent dans le Rhin ; et comme les avantpostes autrichiens étaient près des sommités , et que les habitants du pays, dont les principales familles sont établies à Coire , favorisaient leurs intelligences , et se préparaient à seconder leurs attaques, cette neutralité n'était qu'illusoire pour les Français : le général Macdonald ne pouvait dissimuler sa marche vers les sources du Rhin , qu'en faisant occuper fortement les meilleurs postes à la tête des vallées. Dès qu'il eut fait dénoncer l'armistice , il ordonna au général Morlot de faire filer une petite colonne dans la vallée de la Lanquart, et de s'emparer de Gatthur et de Zum-rKloster, pendant que le général Vaux , partant de Coire avec sa brigade , occuperait Davos, Lenz et Stalla, seuls débouchés de l'Engadin dans la vallée des Grisons.

Pendant que le général Macdonald prolongeait

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