VOYAGE EN BELGIQUE. ^'J
pompe militaire dont j'aie jamais été témoin, la distribution des croix de la Légion d'honneur : j'avais été nommé, peu de temps auparavant, au grade de commandant.
Pendant mon séjour à Paris pour le couronnement, lorsque l'empereur forma sa maison civile et celle des princes ses frères, j'avais été, sur la proposition du prince Joseph, nommé à l'une des places de chambellan de Son Altesse , et désigné pour l'accompagner à Milan , dans le cas où il aurait accepté la couronne de Lombardie , qui lui fut vainement offerte par son frère. Le prince Joseph avait, dès le commencement de la campagne , précédé l'empereur au camp de Boulogne, où il commandait le quatrième régiment d'infanterie dans la division du général Vandamme. Je fus appelé près de lui, et j'obtins du maréchal Davoust la permission d'accompagner le prince dans le voyage qu'il fit en Belgique. Il fut reçu à Bruxelles avec les plus vives acclamations; il visita le port d'Anvers, où l'ancien intendant de marine , M. Malouet , rentré en France et accueilli par Napoléon, justifiait par son activité et ses talents dans la prodigieuse création de l'arsenal d'Anvers, l'opinion que l'empereur avait conçue de son mérite et de l'utilité de ses services.
Après avoir accompagné le prince Joseph
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dans cette tournée , et visité les principales villes de la Belgique, je retournai reprendre mon poste au camp d'Ambleteuse. Le formidable armement pour l'expédition d'Angleterre était achevé; divers essais d'embarquement à Boulogne , et dans les petits ports adjacents , avaient donné la certitude que rien ne manquait dans l'admirable organisation de cette expédition. Quatre-vingtdix mille hommes de toutes armes avaient cha-
cun sa place marquée sur un des deux mille bâtiments armés dont se composaient les flottilles ; elles ne portaient pas moins de six mille pièces de canon , en y comprenant l'armement des bâtiments, l'artillerie de campagne et les équipages de sièges et de ponts. Elles portaient aussi d'immenses approvisionnements de munitions de guerre , d'armes , d'équipements , d'outils , de matériaux pour la prompte construction de forts et de retranchements , et trois mois de vivres pour toute l'armée.
Ces immenses préparatifs fixèrent les regards de toute l'Europe. Peu de personnes voulurent croire à la réalité de cette entreprise gigantesque. On ne concevait ni la témérité ni même la possibilité d'un combat de flottilles, et du débarquement d'une si nombreuse armée et d'un matériel si considérable, en présence de la moindre escadre anglaise, et l'on pensait généralement