‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 108 sur 156 · LE PRINCE DE METTERNICH · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE METTERNICH

aussi, tel que j'ai pu le Juger au travers de cette auréole de puissance et de réserve diplomatique dans laquelle il a vécu depuis sa jeunesse.

M. de Metternich, à cette époque, pouvait passer encore pour un jeune homme. Ses traits étaient parfaitement réguliers et beaux, son sourire plein de grâce ; sa figure exprimait la finesse et la bienveillance; sa taille moyenne était aisée et bien prise, sa démarche remplie de noblesse et d'élégance. C'est surtout dans le beau dessin d'Isabey, représentant les plénipotentiaires au Congrès, qu'on peut se former une idée exacte de tous ces avantages extérieurs auxquels son cœur n'était pas insensible. Au premier coup d'œil on se plaisait à voir en lui un de ces hommes auxquels la nature a prodigué tous ses dons les plus séduisants, et qu'elle semble n'appeler qu'aux frivoles succès de la société. Mais, si l'on considérait attentivement sa physionomie, où sont empreintes à la fois la souplesse et la fermeté; si l'on scrutait la profondeur de son regard, à l'instant la supériorité de son génie politique se décelait : on ne. voyait plus en lui que l'homme d'Etat habitué au gouvernement des hommes et au maniement des grandes affaires.

Mêlé depuis trente-cinq ans aux gigantesques commotions qui ont remué l'Europe, M. de Metternich a montré la haute aptitude de son esprit, cette rare pénétration et cette sagacité qui prévoit et dirige les événements. Sa décision, fruit d'une longue méditation, est immuable; sn parole est incisive, comme il convient à l'homme d'Etat qui est sûr de la portée de tout ce qu'il dit. Ajoutez à cela que M. de Metternich est un des plus charmants conteurs de notre époque.

En politique, on lui a reproché d'être asservi à la loi de l'immobilité : certes, un esprit aussi élevé que le sien a bien compris qu'il n'est pas dans la destinée de l'homme de rester stationnaire, et que, dans notre siècle, rester immobile ce serait reculer. Mais il sait aussi que les secousses ne sont pas le progrès, et qu'il faut, dans le gouvernement des hommes, tenir compte

de leurs habitudes et de leurs besoins réels. Si le moment n'est pas venu de porter sur M. de Metternich un jugement définitif, l'histoire contemporaine doit se borner à constater le bonheur calme et sans nuages que son gouvernement immobile et silencieux a su donner aux Etats héréditaires de l'Autriche ; ce bonheur, qui leur suffit, est déjà un titre de gloire qu'on ne saurait méconnaître.

Les fêtes de M. de Metternich lors du Congrès avaient un caractère particulier, tout à fait en rapport avec sa personne, si on peut s'exprimer ainsi. Au luxe le mieux entendu, à une recherche extrême dans les détails, se joignait un grandiose sans confusion. Il semblait que, sous ce point de vue, une sorte de préséance leur appartînt comme elle appartenait au prince dans les conférences diplomatiques de la chancellerie d'Etat.

Ce fut vers la fin de janvier que fut donnée cette réunion. Elle eut lieu à la maison de campagne que M. de Metternich possède à une petite distance de Vienne. Quoique le froid fût excessif, la foule des assistants était immense, et, comme d'ordinaire, on y voyait réunies toutes les illustrations de l'Europe, toutes les plus jolies femmes du moment, lie prince et la princesse en faisaient les honneurs à l'envi et avec une certaine grâce coquettt qui s'efface de jour en jour, maintenant que l'on croit avoir tout fait quand on s'est borné à ouvrir la porte de ses salons. En vérité, en voyant tout le soin que cet illustre maître de maison se donnait pour plaire à ses invités, on se rappelait que naguère, au début de sa carrière, il avait brillé à Paris par le charme de ses manières. Si, depuis, sa position avait démesurément grandi, elle ne lui avait rien enlevé d'une urbanité qui, pour un favori, ne laisse pas que d'être un parfait auxiliaire au bon vouloir de la fortune.

Une magnifique salle de danse avait été construite pour cette fête sur l'emplacement du jardin ; elle était ornée avec ce luxe et cette richesse de décors qu'on apportait dans tout. Les gradins étaient couverts de femmes éblouissantes de toilette et de beauté. L'œil ne

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