ROIS ET AMBASSADEURS
comte Alexis de Noailles, M. de la Tour-du-Pin et le prince de Talleyrand qui, dans cette circonstance difficile, soutint dignement sa haute réputation, et aux talents, aux efforts duquel on n'a peut-être pas rendu une assez éclatante justice. Les plénipotentiaires anglais étaient les lords Clancarthy, Stewart et le vicomte de Castlereagh.
Parmi toutes ces illustrations, je serais ingrat si je ne plaçais et le prince de Ligne, dont il sera souvent parlé dans ces souvenirs^ et le landgrave actuellement régnant Philippe de Hesse-Hombourg. Brave soldat, ce prince a conquis sur les champs de bataille son grade de feldmaréchal; et il prouve ses talents d'habile administrateur, en faisant le bonheur de ses sujets.
Toute cette royale compagnie avait trouvé dans la capitale de l'Autriche une hospitalité digne d'elle, digne aussi de cette mémorable réunion. Les rois de Wurtemberg et de Danemark étaient arrivés les premiers. L'empereur François s'était rendu pour recevoir chacun d'eux jusqu'à la résidence de Schœnbrunn. L'entrevue de ces princes avait été pleine de franchise et de cordialité. Mais la cérémonie qui, par sa pompe et son cclat^ sembla inaugurer cette série de merveilles du congrès, fut l'entrée solennelle d'Alexandre et du roi de Prusse.
De nombreux détachements d'honneur avaient été échelonnés sur la route que ces deux monarques devaient parcourir. Toutes les troupes sous les armes garnissaient les abords de la ville. L'empereur, accompagné de ses grands officiers, des princes, des archiducs, s'était porté au-devant de ses hôtes. La rencontre eut lieu sur la rive gauche du Danube, à l'extrémité du pont du Tabor. Les témoignages les plus affectueux, et en apparence les plus sincères, furent échangés, et tous trois se prirent par la main.
Une foule immense inondait les bords du fleuve et faisait retentir l'air de ses acclamations. C'était sans doute un spectacle aussi remarquable qu'inouï que cette réunion de souverains, éprouvés vingt ans par la
fortune, et qui maintenant, vainqueurs de celui qui avait été si longtemps victorieux, paraissaient étonnés d'un triomphe si chèrement acheté, si inopinément obtenu.
Cependant les trois monarques, en grand uniforme, montèrent à cheval au bruit de Tartillerie et se mirent en marche. Le nombre infini des généraux^ appartenant à toutes les nations de l'Europe, venant à leur suite, les brillants costumes étincelant aux rayons du soleil, les cris joyeux de la foule, le son des cloches de toutes les églises, l'air retentissant de plus de mille coups de canon, l'aspect en un mot de cette population saluant de ses acclamations le retour de la paix, tout, jusqu'à l'intimité de ces souverains, offrait le spectacle le plus expressif et le plus pompeux.
L'entrée de l'impératrice de Russie, qui eut lieu le lendemain, fut marquée par des fêtes d'un genre plus gracieux. L'impératrice d'Autriche partit avec toute sa cour et se rendit à une grande distance au-devant d'elle. Peu de temps après, les empereurs allèrent également à leur rencontre. Près de l'église de Maria-Brunn, les deux cortèges se réunirent. Une calèche découverte attendait les deux impératrices : leurs augustes époux y montèrent avec elles. Un détachement de la garde hongroise, un autre de uhlans, une foule de pages à cheval les entouraient. Arrivées à la porte de la cour, des jeunes filles vêtues de blanc vinrent présenter des' corbeilles de fleurs. Une multitude immense remplissait les avenues du palais, et chacun admirait cette cordialité sans apprêts, cette bienveillance sans étiquette qui brillaient sur les traits de ces personnages si peu façonnés à des habitudes d'égalité.
Vienne prit dès lors un aspect aussi riant qu'animé. Une foule d'équipages magnifiques parcouraient les rues en tous sens, et se reproduisaient incessamment, vu l'exiguïté de la ville. La plupart étaient devancés par ces coureurs si lestes, si brillamment vêtus, qu'on ne trouve plus qu'à Vienne, et qui, la canne à grosse pomme d'argent à la main, semblent voltiger devant