‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 132 sur 156 · POUR L INDEPENDANCE · texte numérisé non relu

POUR L INDEPENDANCE

ques? Vous connaissez depuis si longtemps mon cœur, ^ vous ne le laisserez pas accuser: jamais rien de bas, jamais une vue d'ambition personnelle n'y eut accès. Aussi, dans l'exécution de mon patriotique dessein, je

suis inébranlable. FrangoVy non flector Voici un

manuscrit que je vous remets : il contient des détails sur les principaux événements de ma vie, sur cette association de frères qui a pris naissance à Vienne, enfin, sur les causes qui ont amené ma résolution actuelle. Je vous le confie : des documents officiels y sont joints : si je succombe, il vous servira à justifier de la pureté des sentiments qui me guident. »

Je le reçus de ses mains en lui promettant de ne le rendre public que lorsqu'il m'y aurait autorisé. Nous étions arrivés aux portes du château : il fallut nous séparer. J'embrassai mon ami, et mes regards, Tattendrissement de ma voix, durent sans doute lui dire combien cet adieu m'était pénible. Hélas! je l'avais vu pour la dernière fois.

Appelé, ainsi que je l'ai dit, par l'hétairie grecque pour diriger l'entreprise dont le but était l'émancipation nationale, il se rendit en Bessarabie au mois de janvier 1821. Ses amis l'y attendaient. Il concerta ses mesures avec eux. On admit dans le secret l'hospodar de Moldavie, Michel Soutzo, qui promit une entière coopération. Sur ces entrefaites, un Valaque, nommé Théodore Wladimiresko, levait l'étendard de l'insurrection à Bukharest; bientôt il parvint à réunir un corps de quinze à seize mille hommes, composé en majeure partie de pandours et d'Arnautes. Ypsilanti conçut l'espoir de s'appuyer sur les insurgés de la Valachie, et crut qu'il était temps de hâter sa propre entreprise en agissant de concert avec Wladimiresko. Il arriva donc à Yassi à la tête de deux cents Grecs armés en Bessarabie, et y publia une proclamation dans laquelle il s'annonçait comme l'avant-coureur des armées russes : ce factum se terminait par ces mots :

« Si quelques Turcs désespérés faisaient une incur-

sion sur votre territoire, ne craignez rien, car une grande puissance est prête à punir leur insolence. »

Tous les aventuriers grecs, ainsi que beaucoup de Moldaves et de Valaques se joignirent à lui : dans peu de temps il eut formé un corps de quatre mille hommes. La Moldavie, et bientôt après la Valachie, se déclarèrent en sa faveur. Fort de ces appuis, il marcha sur Boukharest.

Cependant, le rapprochement entre les compagnons dTpsilanti et les corps de Wladimiresko avait été très froid. Les aventuriers qui le composaient s'étaient plutôt réunis pour piller et ravager le pays que pour servir la cause nationale, et leur chef ne cessait point d'agir de concert avec les Turcs. Ypsilanti, certain de sa trahison, envoya à Pitesck, où il se trouvait, un parti de trois cents Amantes sous les ordres du capitaine Ghiorgaki. Ce dernier surprit Théodore dans sa tente, l'arrêta et le conduisit enchaîné au quartier général. Traduit devant un conseil de guerre, le traître fut immédiatement condamné et fusillé.

Les pachas du Danube avaient réuni à la hâte toutes les troupes disponibles, et envoyèrent vingt mille hommes contre Ypsilanti. Manœuvrant avec habileté, le prince voulait éviter une bataille générale et se retirer peu à peu jusqu'à des montagnes inaccessibles à la cavalerie turque. Il fut attaqué à Tergovitz par l'armée ottomane. Un moment la victoire parut se décider en sa faveur : mais un corps de Valaques, commandé par Kaminari-Sava, passa du côté de l'ennemi, ce qui occasionna la déroute des insurgés. Bientôt après ce revers arriva la défection de (Constantin Dukas. Enfin, une nouvelle bataille fut livrée à Dragaschan. Le premier corps en ligne était ce fameux bataillon sacré, composé uniquement d'hétairies. Il repoussa d'abord avec intrépidité à la baïonnette l'attaque de l'infanterie : mais, au moment où la cavalerie ottomane tombait sur ses flancs, un corps d'Amantes et de pandours, commandés par Basile Caravia, au lieu de soutenir les braves Hellènes, se rejette brusquement sur les troupes

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