MORT D YPSILANTI
autrichiens. En conséquence, on lui assigna Vérone pour résidence. Hélas ! la clémence autrichienne s'était trop fait attendre. Une lente agonie de sept années avait miné sa constitution et attaqué les organes de la vie. Passant par Vienne pour se rendre en Italie, il tomba malade, et après deux mois de souffrances aiguës, le 3i janvier 1828, n'étant âgé que de trente-six ans, il mourut entre les bras de la princesse R...ka. Cette dame lui fit rendre, dans l'église de Saint-Etienne, les honneurs funèbres dus à son rang, et dignes de l'estime qu'avaient inspirée son dévouement et ses malheurs.
Ainsi s'est terminée sa vie dans cette ville de Vienne, qui avait été, treize ans auparavant, le berceau de ses premières espérances pour la délivrance de la Grèce. Le rêve a fini aux lieux où il avait commencé. Maintenant, c'est aux amis de ce prince infortuné qu'il appartient de venger sa mémoire et de démasquer la politique tortueuse dont il fut victime. Il est un homme que la voix publique a accusé du meurtre moral d'Ypsilanti : cet homme est mort ; que la tombe protège sa mémoire ! C'est celui qui , au commencement de l'insurrection , avait refusé de venir combattre avec les hétairites ; c'est celui qui laissa Ypsilanti engager cette périlleuse partie, et qui, plus tard, recueillit le fruit d'une insurrection, dont un autre avait allumé les premières flammes. Mais, ce que j'avais prédit à Ypsilanti est arrivé. Les révolutions ne pardonnent pas; elles ont cela de terrible que, nées d'un mouvement irrégulier, produites par l'exaltation, elles sont incessamment prêtes à briser celui qu'elles se sont donné pour chef, s'il tente d'imprimer au pouvoir la force qui lui est indispensable. Placé à la tête de la révolution grecque , M. Capo d'Istria voulut en modérer le cours; sa fin fut encore plus déplorable que celle d'Ypsilanti.
La calomnie, qui disparaît à la mort de l'homme obscur, reste debout sur le tombeau de l'homme célèbre; elle s'occupe encore, après des siècles, à remuer sa cendre avec un poignard. Ypsilanti a été une
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de ses victimes. Elle a détiatiiré ses iiltentiotls, douté de son courage, de son patriotisme. Obéissant à cette voix passionnée, les partis n'ont pas craint de déverser le ridicule sur ce jeune iflfortuhé, dont les souffrances n'ont cependant répandu que plus d'éclat sur sa noble et religieuse cause. Mais Ypsilanti fut digne de trouver des défenseurs comme il avait trouvé des airiis. Confident de ses rêves à Pétersbourg, à Vienne, à Loliisebourg, convairicu de la pureté de ses vues patriotic|ues, je voudrais qu'un hommage éclatant dëdottimageât sa mémoire des reproches et des insinuations perfides dont on a voulu ternir sa gloire. J'ai tâché au moins d'élever la voix, heùreilx si j'ai pu le niôntrer te qu'il fut, uri soldat sacrifiant son repos, sa fortUiie, son avenir à un enthousiasme religieux et patriotique, méritant l'admiration de la moitié du monde et la touchante pitié de l'autre. Mais, tôt ôii tard, le courage et le malheur reconquièrent leurs droits. Le joUr dt la réhabilitation ne peut être éloigné pour Ypsilanti. La malveillance et la haine ont déjà cessé d'outrager sa mémoire ; pour lui, la postérité a commencé.
Ypsilanti a brillé et disparu comme uh rapide éclair dans la tempête. Son exemple, quelque grand et glorieux qu'il soit, n'est pas de ceux qu'on doive proposer à l'imitation. Fruit d'une organisation trop généreuse, son exaltation offre un terrible enseignement aux nobles âmes qui ne voient que le but, sans envisager les difficultés de la route.