‹ Souvenirs du Congres de Vienne, 1814-1815Chapitre 20 sur 156 · I.ES AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

I.ES AMBASSADEURS

selrode (i) et le baron de Stein; pour la France, le prince de Talleyrand et le duc de Dalberg ; pour la Prusse, le prince de Hardenberg ; pour TAutriche, M. de Metternich; pour la Bavière, le prince de AVréde ; pour le Wurtemberg, le comte de Wintzingerode; pour TEspagne, le chevalier de Labrador; pour le Portugal^ le duc de Palmella; pour la Sicile, le commandeur Alvaro Rufto ; et pour Naples, le duc de Campochiaro. Que se passa-t-il dans les séances si secrètes de ces diplomates éméritçs? Ici mon rôle s'arrête : c'est à la postérité à en apprécier les graves résultats.

Les souverains cependant consacraient généralement leurs matinées à des revues, à des parades, à des parties de chasse, soit au Prater, soit dans les résidences royales : seulement ils se réunissaient tous les jours une heure avant le dîner, et étaient censés discuter les objets dont s'étaient occupés leurs plénipotentiaires.

(i) Charles-Robert, comte de Nesselrode, né eu 1780, mort en 1862, diplomate russe de la plus grande habileté. Après avoir occupé plusieurs postes en Allemagne et à La Haye, il était conseiller d'Ambassade à Paris en 1807. Il sut révéler à son souverain, dès 18 10, les armements secrets que faisait Napoléon en vue d'une rupture avec la Russie, et, dès lors, son crédit sur l'empereur Alexandre I«r fut immense. Nesselrode fut appelé à la Chancellerie d'Etat, puis partagea, avec Capo d'Istria, la direction des Affaires étrangères. Il fut inspirateur de la coalition contre la France, en 181 3, et signa la Convention de Breslau, le Traité de subsides avec l'Angleterre, et la Ligue de Tœplitz. En 18 14, il suivit le Czar en France, signa le traité de Chaumont et traita, avec Marmont, de la capitulation. Il joua un rôle important au Congrès de Vienne. Plus tard, à Aix-la-Chapelle (18 18), à Laybach (1821), à Vérone (1822), il eut une influence prépondérante. Sous Nicolas l*^^, qui lui avait conservé ses fonctions, Nesselrode établit l'influence russe sur la jeune Grèce, lit signer deux traités humiliants pour la Turquie, Andrinople (1829), et Unkiar-Skelessi (i833); en 1840, il fut assez habile pour faire écarter la France du concert européen. Il avait su empêcher les puissances d'intervenir dans les affaires de Pologne (i83o-i83i); en 1848, après avoir gardé quelque temps ui>e attitude d'observation dans les affaires de Hongrie, il fit intervenir la Russie en faveur de l'Autriche, et augmenta la puissance de son maître en Orient. Il fut partisan de la paix en 1854 et tenta d'empôcher le conflit entre la France et la Russie; son dernier acte politique fut la conclusion de la paix et le traité de Paris. Il se retira alors des affaires, tout en conservant le titre de Chancelier de l'Empire. Les dépêches de Nesselrode sont des modèles de netteté.

A en croire la malignité publique, la politique faisait souvent défaut dans les augustes débats de cet Olympe; l'annonce d'une nouvelle partie de plaisir s'y glissait quelquefois. Les affaires étaient aussitôt détrônées, et les dieux devenaient de simples mortels.

Entre toutes les fêtes de la cour autrichienne, les plus éclatantes étaient, sans contredit, les grandes redoutes qui avaient lieu au palais impérial. Grâce au prince de Ligne, j'avais assisté à la petite redoute masquée donnée lors de l'entrée de l'empereur de Russie et du roi de Prusse. Dans ces réunions, les souverains ou portaient le masque, ou se dérobaient sous l'incognito. Lors des grandes redoutes, au contraire, ils paraissaient dans tout leur éclat, chamarrés de toutes leurs décorations, et les princesses parée-s de tous leurs diamants. J

Je n'avais pu me rendre à la premi<ère de ces grandes redoutes ; je désirais vivement assister à la seconde. Ce fut encore l'excellent prince de Ligne qui se chargea d'être mon introducteur et mon guide. Nous nous rendîmes au palais de Burg. Les souverains n'avaient pas fait leur entrée : j'eus le temps de repaître mes yeux du spectacle unique qui s'offrait à moi. Jamais ensemble ne fut plus éblouissant par le luxe des décors, la richesse et la variété des costumes, l'illustration des personnages,

A la grande salle des redoutes, on avait joint deux pièces contiguës réunies par une élégante galerie. La petite salle des redoutes était également ouverte. Enfin le manège impérial, qui est un chef-d'œuvre d'architecture, avait été disposé pour les danses. Ce serait une tache impossible à remplir que d'énumérer dans tous leurs détails les ornements intérieurs. C'était d'abord une profusion de fleurs et d'arbustes les plus rares qui couvraient les escaliers et les galeries. Une avenue d'orangers conduisait dans le salon principal ; d'immenses candélabres chargés de bougies et placés entre les caisses, des lustres avec des milliers de cristaux ctincelants, répandaient une lumière fantastique dans

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